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Que faire pour éviter l’échec dans la gestion de l’après-Matthew en Haiti ? Réponse de l’économiste Leslie Péan

P-au-P., 21 oct. 2016 [AlterPresse] --- L’économiste et écrivain Leslie Péan met l’accent sur la transparence et la participation populaire pour éviter l’échec dans la gestion de l’après-Matthew, cet ouragan qui a complètement dévasté le Sud d’Haiti, les 3 et 4 octobre derniers.

« Si les Haitiens ne mettent pas en place des structures sérieuses et transparentes pouvant produire des résultats, ce sera bientôt l’apathie qui conduira au mécontentement », prévient l’économiste, invité à l’émission TiChèzBa, en diffusion les samedi 22 et dimanche 23 octobre 2016 sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7:00 am, 3:00 pm ; dimanche : 7:00 am, 1:00 pm, 5:00 pm).

Il faudra une comptabilité rigoureuse et un audit de l’aide, « mais cela ne correspond pas généralement à la vision que cultive les autorités des dépenses publiques », déplore-t-il.

Suite à beaucoup de plaintes concernant la gestion de l’aide humanitaire dans les zones affectées par l’ouragan, le gouvernement a annoncé l’adoption de nouvelles stratégies pour une meilleure distribution, dans un communiqué du Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales (Mict) en date du 19 octobre 2016.

« Pour sortir notre tête de l’eau, nous avons intérêt » à être transparents dans la gestion de l’aide fournie à Haïti, insiste Leslie Péan. Ce qui, d’après lui, permettra de maintenir la continuité de l’aide et de rétablir la confiance, jugée « fondamentale ».

Leslie Péan invite les Haïtiens à prendre les choses sérieusement en main, car « dans 3 mois, on (la communauté internationale) oubliera Haïti ».

D’autre part, l’économiste prône la « participation populaire » en vue du relèvement des zones dévastées par Matthew.

La participation populaire doit être au centre des interventions qui se font dans quelque soit le secteur, estime Leslie Péan. Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation ou des travaux publics.

C’est grâce à cette participation qu’on parviendra à établir une « hiérarchie des besoins », qui sont nombreux, et obtenir l’adhésion des populations.

Pour lui, il ne s’agit pas de passer des ordres, mais de dialoguer avec les communautés afin de pouvoir mettre en place des plans spécifiques de relèvement et de développement local.

L’économiste rappelle que l’impact de Matthew, notamment sur les 5 départements directement touchés, est considérable. Aujourd’hui, on est seulement au stade initial de l’évaluation des dégâts sur l’environnement naturel et l’agriculture, fait-il remarquer.

L’offre de certains produits agricoles va diminuer et Haïti sera obligée de les importer, ce qui aggravera le déficit commercial, anticipe-t-il.

Le pays pourrait faire face à des raretés, s’il ne bénéficie pas d’une assistance qui lui permet de relancer rapidement l’agriculture.

Dans ce sens, les agriculteurs ayant perdu leurs plantations devront bénéficier de programmes de crédit, d’accès aux semences et à l’assistance technique.

Des interventions publiques devront se faire également pour fournir aux sinistrés de rester sur place et de ne pas accentuer l’exode rural en émigrant vers Port-au-Prince la capitale, recommande Leslie Péan. [apr 21/10/2016 20:00]


TiChèzBa, édition du 15 octobre 2016, invités Estève Eustache, sociologue, et Marckingtoph Casimir, journaliste