Français

Haiti : Les féministes persistent à exiger le retrait d’une affiche publicitaire " sexiste "


mardi 11 janvier 2005

P-au-P., 07 janv.-05, [AlterPresse] --- Les féministes haïtiennes reviennent à la charge contre une publicité de la Brasserie Nationale d’Haiti (BRANA) jugée sexiste, après une mise au point du Président de cette compagnie, Michael Madsen, affirmant qu’il continuera a faire de la « publicité hardie ».

Le placard incriminé, une affiche géante montrant les fesses quasi nues d’une femme tenant une bouteille de bière sur une plage (photo logo), est de la « pure pornographie et réduit la femme à un simple objet sexuel » s’indigne Myriam Merlet, porte-parole de la Coordination Nationale pour le Plaidoyer des Femmes (CONAP), dans une interview accordée à AlterPresse.

« Je n’arriverai jamais à comprendre l’émoi suscité par ce placard chez des censeurs et des ligues féministes en mal d’occupation réelle », avait écrit Madsen dans un encart publié par le quotidien Le Nouvelliste du 5 janvier 2005. « Comme s’il n’y avait pas d’autres choses de plus à s’occuper en Haïti par celles-ciÂ… ? », avait-il ajouté.

« Les responsables de BRANA veulent construire une sorte d’identité basée sur le genre », rétorque Merlet, « ce qui est dangereux pour la société », ajoute-t-elle, « parce l’identité de genre entraînera l’exclusion dans le pays ».

« Diminuer une femme à l’état de fesses, et associer cette image à des produits réputés masculins, laisse croire qu’en consommant la bière, on peut avoir accès à l’objet qu’est la femme », considère Merlet. Elle exige le retrait pur et simple de l’affiche incriminée, qui « ne fait pas honneur à la femme haïtienne ».

En novembre 2004, des organisations feministes avaient inscrit sur l’affiche « Prestige ffeling » un slogan contre la marchandisation du corps de la femme. « Le corps des femmes n’est pas une marchandise » (voir photo logo).

Une action de ce genre a été entreprise en France par le réseau féministe « La Meute », qui jugeait une publicité de la compagnie Nestlé sexiste (photo ci-contre). Nestlé avait alors décidé de retirer les affiches publicitaires vantant son nouveau produit « Irresistibol », qui mettaient en scène une jeune femme blonde et une brune avec le slogan « 7 minutes d’intelligence par jour ».

Cette publicité se voulait humoristique et n’avait aucune volonté de sexisme ou de discrimination, mais son humour ayant heurté les sensibilités, la compagnie avait décidé de retirer les affiches, selon ce qui avait été affirmé par Nestlé.

En septembre 2004, environ une trentaine de jeunes femmes universitaires et professionnelles avaient appellé les autorités d’Haïti à prendre des dispositions administratives pour faire cesser la publication d’affiches dénigrantes ou utilisant le corps des femmes comme objet de convoitise commerciale.

Dans une note parvenue à AlterPresse et adressée au Bureau du Premier Ministre Gérard Latortue, aux ministères de l’Education Nationale, de la Culture, de la Condition Féminine et des Droits des Femmes, à l’Office de Protection des Citoyennes et Citoyens, aux mairies de Delmas, Pétionville, Port-au-Prince et Jacmel, ces femmes avaient désigné particulièrement l’affiche « Prestige feeling ».

Les jeunes femmes universitaires et professionnelles s’étaient déclaré choquées de l’indifférence des mairies concernées et du ministère de la Culture vis-à -vis des messages véhiculés à la population par ces genres de publicités, de nature à défavoriser davantage les femmes et à renforcer la tendance machiste de la société haïtienne.

« Quel modèle les autorités haïtiennes sont-elles en mesure d’offrir à la population ? », se demandaient ces femmes, constatant que le corps des femmes est exposé à la place des marchandises présentées au public à la télévision et dans les grandes pancartes publicitaires étalées dans les rues.

La trentaine de femmes universitaires et professionnelles, signataires de la prise de position, avaient convie la population haïtienne à garder les yeux ouverts en vue de pouvoir construire une société égalitaire, sans discriminations, ni violence, ni violence faite aux femmes, où la justice sociale sert de boussole dans la vie quotidienne de chacune et de chacun. [fl rc gp apr 11/01/2005 11:00]