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Haïti-Société : Les chiffres de la dérive


dimanche 21 août 2016

Débat

Par Samuel Simonis*

Soumis à AlterPresse le 19 aout 2016

De subterfuge à l’incapacité à prendre le train du développement, Haïti n’a malheureusement pas trouvé mieux que le rabaissement des standards. Dans une perspective de réussite facile, exprimée en "argent et vedettariat", tout est permis et rien n’est exigé par la société aux citoyens en quête de leurs heures de gloire. Leur succès peut être entaché de corruption ou d’immoralité, seuls comptent le nombre de leurs supporteurs et l’état de leurs comptes en banque. Il en résulte une nation sans repères moraux où la corruption est plébiscitée et la grivoiserie exposée aux plus jeunes. Dans de telles circonstances, il va sans dire que la violence et l’insécurité deviennent des auxiliaires importants du succès. Le tableau est sombre et le constat amer, mais tel est l’état de l’Haïti actuel.

Face à de tels maux, on serait tenté de se référer à l’éducation comme remède, mais comble de malheur, le cas de notre société est à l’image d’un labyrinthe où la solution est partie intégrante du problème. La banalisation de l’ÉDUCATION a pris une proportion exagérée et incontrôlable depuis qu’il a été prouvé qu’en Haïti on peut devenir l’homme ou la femme le plus important tout en étant non-éduqué. "Cela ne sert à rien d’avoir des diplômes" a raisonné comme un évangile dans le subconscient d’une frange importante de la population et s’est concrétisé dans les institutions les plus prestigieuses du pays. Cet évangile de la bêtise semble avoir trouvé écho non seulement dans le cœur de la population, mais aussi dans celui de la présidence et du parlement. De nos jours, l’éducation laisse place à l’immoralité, la violence, la trivialité, la grivoiserie et autres. Celles-ci deviennent ainsi les "QUALITÉS" nécessaires pour réussir.

C’est dans cette optique qu’il faut apprécier les résultats des examens officiels qui affichent 28,85% de réussite globale (après que des jeunes aient passé de 16 à 20 ans d’études et même plus). Puisse qu’il faut quand même se poser des questions, autant aller droit au but et se demander clairement : que signifie 28,85% de réussite aux examens officiels ?

1- À cette question une grande partie ne répondra rien. De toute façon qu’a-t-on à faire d’un tel résultat, dans les perspectives de réussite sociale actuelle, quelle valeur possèdent les examens ou résultats officiels ? Avouons toutefois que cette catégorie n’aura pas tout à fait tort en considérant la réalité du pays.

2- Une autre partie, encore réticente à l’idée de se laisser gagner par la bêtise systémique, fera l’effort de dire que cela signifie que, sur chaque 100 élèves ayant participé à ces examens, moins de 29 ont réussi. Mais pour celle-ci, ces résultats importent peu ou pas du tout. Elle est complètement indifférente aux conséquences désastreuses pour le pays. Pour elle, ce qui est arrivé est dans l’ordre du possible, donc pourquoi s’alarmer ?

3- Mais pour d’autres, ce constat d’échec est encore plus retentissant. En effet parmi ces 28 pourcent de réussite, il faut enlever le pourcentage de :

• ceux qui ont triché ;

• ceux qui ont réussi sans avoir composé ;

Mais quel que soit la façon dont ils ont obtenu le diplôme, la plupart d’entre eux sont candidats au départ car ils espèrent trouver mieux en terre étrangère. Donc de ces 28 pour cent de réussite, le pays tirera très peu de bénéfice. Donc, de cette génération environ 5 à 10% de jeunes ayant réussi leur baccalauréat seront capables de servir le pays dans 10 ou 15 ans. Ces 28,85% de réussite globale signifient purement et simplement que la relève n’est pas assurée et que dans 15 à 20 ans, si l’on ne fait rien, le pays n’aura plus de ressources intellectuelles. Cela signifie aussi que l’immoralité actuelle, la corruption et l’insécurité augmenteront de façon exponentielle.

Bien entendu, si l’espoir d’une nouvelle Haïti intéresse encore, il faudrait réagir et vite. Pour stopper cette banalisation et ce désintérêt des plus jeunes pour l’éducation, il faudrait revaloriser ce secteur, mais surtout juguler cette tendance à honorer la corruption, à récompenser l’immoralité. Mais de nombreuses questions se posent alors :

• Qui le fera ?

• Comment y arrivera-t-on ?

• Et quand va-t-on commencer ?

À ces questions, il n’existe pas encore de réponses, mais quant à la première, une réponse est sûre : 28,85% de réussite signifie que l’on n’est pas prêt de sortir de l’auberge. Mais bien au contraire, on s’enfonce encore plus loin dans sa cave.

*Microblogueur
Twitter : @samuelsimonis
Email : Simonissamuel@gmail.com

 

 

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