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Haïti : Les 29 ans du massacre des petits paysans de Jean-Rabel et de Beauchamps


samedi 23 juillet 2016

Par Stephen Williams Phelps*

Soumis à AlterPresse le 23 juiillet 2016

Attention, ci-dessous, photo choquante, retravaillée

23 Juillet 1987- 23 juillet 2016 : 29 ans déjà depuis le déclenchement du Massacre des Petits Paysans de Jean-Rabel et de Beauchamps (7e section de Port-de-Paix / Nord-ouest) par le CNG des généraux Namphy et Regala des FADH et la collation des grands dons de la zone (familles Lucas et Poitevien) et leurs alliés sur le terrain (syndicat jaune/ Cath-Clat, ONG CARE et leurs animateurs macoutes et anciens SD, divers prédicateurs de l’Eglise Baptiste Conservatrice exécutant les directives du Pasteur Américain WT, mercenaires au service de grands dons venus de l’Artibonite) ; toute cette macabre opération criminelle étant coordonnée par des agents de l’ambassade a… de Port-au-Prince.

Résultats : 139 petits paysans membres des Groupement « Tèt Ansanm » sont massacrés et la plupart de ceux-ci sont laissés en pâture aux chiens dans la localité de La Montagne et dans les environs du bourg de Jean Rabel. Des centaines de blessés graves (surtout à la machette) arrivent à s’échapper et une cinquantaine de blessés réussiront à atteindre l’hôpital de Jean Rabel. Sur ordre du Jude de Paix d’alors, des dizaines d’autres seront achevés et enterrés dans des fosses communes a l’entrée du bourg, les autorités locales et les grands dons ne voulant plus recevoir de blessés à l’Hôpital.

La chasse aux petits paysans des Groupements « Tèt Ansanm » se poursuivra jusqu’au 28 juillet 1987. Des milliers de petits paysans traumatisés doivent abandonner maisons, jardins et animaux pour échapper à la mort. Leurs maisons seront brûlées et/ou saccagées par la coalition des grands dons au service de l’impérialisme américain ; les jardins seront détruits et la horde sanguinaire n’épargnera même pas les animaux domestiques !

Le 29 juillet 1987, les macoutes et grands dons de Jean Rabel fêtent leur « victoire » : ils ont fait couler à flots le sang des petits paysans revendicatifs qui réclamaient la fin des privilèges des nantis sur les terres de l’Etat, la fin des abus des chefs de sections et des percepteurs de marché (Contributions) , demandaient du crédit pour les paysans, la restitution du cheptel porcin créole (« Kochon Planch ») éradiqué par le PEPPADEP sous JC Duvalier et l’arrêt de l’invasion du marché national par le riz américain et les « manje sinistre »(pseudo aide alimentaire).

Devant la presse nationale et internationale et en particulier sous les caméras de la Télévision Nationale d’Haïti les 2 représentants des grands dons : Remy LUCAS et Nikol POITEVIEN, font un premier bilan de cette opération criminelle et sanguinaire. Selon Nikol Poitevien : « Nous dans le camp des américains, nous avons perdu 7 hommes et nous avons tué 1042 communistes » !!! En fait, il n’y a jamais eu d’affrontement véritable, ni de « bataille entre paysans » comme a voulu le faire croire la propagande officielle d’Etat : il y a eu massacre et seuls les petits paysans des groupements « Tèt Ansanm » affiliés à l’organisation nationale : « Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen » alors fraichement créée ont été Victimes !!! Cette Interview passera en boucle sur la TNH dans le cadre de l’opération de terreur enclenchée par les militaires macoutes du CNG pour tenter de briser la résistance et la mobilisation populaire contre l’ordre ancien et son puissant allié de toujours : l’impérialisme américain ! D’autres épisodes douloureux suivront dont le plus médiatisé est le massacre de la ruelle Vaillant lors des Elections avortées du 29 novembre 1987.

Après le 7 février 1991, l’organisation « Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen » trainera certains des commanditaires et ou exécutants de ce massacre par devant les instances judiciaires. Plus d’une quinzaine d’entre eux seront arrêtés et formellement inculpés dont les sinistres Remy Lucas et Nikol Poitevien. Ces derniers seront relâchés à la faveur du coup d’etat du 30 septembre 1991 et les dossiers de justice seront détruits ! Après le retour à l’ordre dit constitutionnel (15 octobre 1994), les individus inculpés seront à nouveau arrêtés puis, à cause des failles du système judiciaire certains seront provisoirement relâchés, d’autres libérés suite à d’autres bouleversements politiques (évènements de 2004 entre autres).

En dépit de la répression physique et psychologique subie de manière continue par les petits paysans organisés de Jean Rabel et de Beauchamps depuis ces 29 dernières années, ceux-ci n’ont jamais baissé les bras et ont continué ponctuellement à réclamer Justice pour toutes les victimes : les 139 petits paysans assassinés, les centaines d’autres estropiés pour la vie et les milliers d’autres qui ont perdus bétails, jardins et maisons !

Aujourd’hui encore, en ce 23 juillet 2016, les membres de « Tèt Kole » et les organisations paysannes partenaires, se réuniront au niveau de plusieurs communes (Jean Rabel, Plaisance…) pour réclamer Justice et Réparation et pour exiger de l’Etat Haïtien : la terre et l’eau pour produire des aliments afin de consolider la souveraineté alimentaire d’Haïti ! Il est à prévoir que leurs cris seront emportés par le vent et ne viendra point émouvoir les autorités « nationales » (toutes catégories confondues), traditionnellement peu sensibles aux justes revendications paysannes.

Ce 23 juillet passera comme un jour ordinaire, sous l’indifférence de la grande majorité de la population, surtout les urbains, par ignorance et manque de conscientisation, alors que le 23 juillet devrait être un jour de Souvenir et de Solidarité avec les petits paysans haïtiens qui portent ce pays sur leur dos depuis 212 ans. Rappelons que depuis 7 ans déjà (2009), l’organisation « Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen » demande que la date du 23 juillet soit officiellement reconnue comme « la journée nationale des paysans ». Combien d’années devront-ils encore attendre avant la matérialisation / l’officialisation de cette juste revendication par l’Etat Haïtien ?

Nous ne pouvons plus continuer à avoir un pays ou les paysans qui constituent encore la majorité de la population soient considérés comme des « Citoyens » de second rang astreints à tenter de survivre dans des conditions infra humaines ! Cet état de fait Inacceptable doit être transformé et la Lutte pour la construction d’une société plus juste et égalitaire en Haïti doit donc se poursuivre !

* Agronome et militant du mouvement démocratique

Photo originale du paysan blessé et recevant des soins : Equipe missionnaire de Jean Rabel