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Haïti : La diaspora demande des comptes


mercredi 24 février 2016

Par Leslie Péan*

Soumis à AlterPresse le 23 février 2016

La raison semble refuser de rentrer dans certains esprits même sous ses formes les plus simples. Pour ces obscurantistes, il faut continuer à nager dans le surnaturel et l’irrationnel ! Haïti est comme un navire en perdition et qui va de Charybde en Scylla. Telles sont les conclusions à tirer des déclarations de certains idéologues du PHTK. Ces derniers refusent de se soumettre à la volonté populaire de transparence et déclarent à la radio qu’ils sont contre toute enquête sur les pratiques financières du gouvernement Martelly.

Ils évoquent les prétextes ridicules que les enquêtes ne font pas partie de l’Accord publié le 6 février 2016 et que si enquête il y a, elle doit porter sur toutes les administrations passées de 1986 à nos jours. Quels maléfices ont subi ces Haïtiens pour sombrer dans des approches aussi scabreuses ? Il faut avoir un esprit desséché de toute rationalité pour soutenir de telles aberrations. Cette résistance des théoriciens du PHTK ne peut se justifier que par la peur d’un dévoilement au grand jour des malversations commises. Les dispositifs d’extorsion mis en place par le PHTK pour soutirer de l’argent des Haïtiens vivant en Haïti et à l’extérieur étaient complètement inconnus en Haïti jusqu’à l’arrivée du gouvernement Martelly au pouvoir.

Soulignons que nous n’avons rien contre de telles enquêtes surtout quand on sait que le produit intérieur brut par habitant a baissé d’une moyenne de 2 % par an au cours des 30 dernières années. Mais nous disons que les taxes collectées par le gouvernement Martelly sur la diaspora méritent une attention spéciale. Une firme internationale d’audit doit être recrutée le plus tôt possible pour dire la vérité sur l’utilisation de ces fonds collectés par le gouvernement Martelly. C’est la seule manière de passer du flou au clair dans la gestion des finances publiques.

Taxation sans représentation

La censure que voudrait imposer le PHTK, en refoulant tout ce qui ne participe pas à leur système de vol et de pillage, constitue une déclaration de guerre contre la société. Le déblocage doit se faire dans les esprits que le temps est venu pour Haïti de passer de l’ambigu au précis. C’est le prix à payer pour une vraie réconciliation des Haïtiens avec eux-mêmes. Martelly avait à peine un mois au pouvoir qu’il a décidé de taxer la diaspora. En effet, dès le 15 juin 2011, il instituait par décret un prélèvement de 5 centimes par minute sur chaque appel international et 1,50 dollar sur chaque transfert de la diaspora. Ceci en violation de l’article 218 de la Constitution qui dispose : « aucun impôt au profit de l’Etat ne peut être établi que par une loi…. »

Avec des transferts totalisant 2 milliards par an, à raison d’une moyenne mensuelle de 50 dollars par transfert, cela fait 30 millions de dollars par an collectés par le gouvernement Martelly, soit 150 millions de dollars au cours des cinq dernières années. De l’aveu même de ce gouvernement, les taxes colletées sur les appels téléphoniques entrants représentent un minimum de 8.5 millions de dollars par mois, soit un total de 510 millions de dollars sur 5 ans. Le PHTK a ainsi enfoui dans son sac la rondelette somme de 660 millions de dollars américains. Un vrai pactole ! Un saccage d’autant plus fracassant que cette taxation a lieu sans représentation au parlement des Haïtiens de la diaspora. De retour en grand à la pratique des comptes non fiscaux créée par le dictateur François Duvalier.

Ce montant que le PHTK a fourré dans sa poche n’est qu’un minimum. Il faudra un audit technique pour déterminer si la diminution des minutes sur les cartes d’appel téléphonique correspond à ce qui a été prévu par la loi. Des plaintes ont été enregistrées sur ce plan. Des cartes d’appel de 22 minutes ne durent plus que 6 minutes et d’autres 4 minutes. Il est nécessaire de réaliser l’audit des fonds collectés sur les appels internationaux entrants par le Gouvernement et provenant des opérateurs Natcom et Digicel et déposés à la Banque de la République d’Haïti (BRH) et à la Banque Nationale de Crédit (BNC). Cet audit s ‘appliquera aussi au CONATEL et à la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) ainsi qu’au Ministère des Finances.

Cet audit doit procéder à la conciliation des comptes du « Rapport Fonds National Pour l’Education » et ceux du « Rapport des Opérations Financières » dans les états financiers audités de la CONATEL. Des coïncidences troublantes ont déjà été révélées dans les soldes de ces deux entités d’une année fiscale à l’autre. Pour cela, ces comptes doivent être défalqués de tous les montants provenant des montants collectés par le CONATEL au titre de numérotation, concession, frais de dédouanement, frais d’inspection, frais de procédures, fréquences, etc. C’est la seule manière d’avoir une vision claire des sommes collectées en provenance des appels internationaux entrants et de leur affectation.

Quand la contribution de la diaspora qui progresse ne rimera plus avec tristesse

L’argument appelant à des audits des appels internationaux entrants et des transferts est d’une logique imparable. Cet argument sort de la politique d’envoûtement et d’ensorcellement qui est l’hypothèse de travail des charlatans du PHTK refusant les audits et vérifications. Les faits sont irréfutables. La « situation financière chaotique » dont parle le président Privert doit être déchiffrée et décryptée. Il faut déterminer Les pistes parcourues par les bandi légal. Les origines du désastre pour une remise en cause effective.

C’est le cas aussi pour la liste des suspects et leurs mobiles internes. Pour une fois, Haïti doit mettre la main sur les coupables et les sanctionner en ne disant plus avec aura « l’enquête se poursuit ». Les démocrates se doivent de trouver une réponse logique à la situation d’absurdité qui prévaut en Haïti. À mille lieux de toute discussion stupide et fastidieuse. On ne peut pas continuer à faire la politique en prêtant à des individus des facultés et compétences qu’ils n’ont pas. L’extorsion n’est pas seulement mauvaise en soi, elle affaiblit surtout la capacité des gouvernements futurs à faire appel à l’épargne de la diaspora pour aider Haïti à se relever.

Si un exemple n’est pas tracé une fois pour toutes, l’impunité va bloquer les possibilités de mobilisation des fonds des Haïtiens de la diaspora qui se verront simplement considérés comme les vaches à lait des bandits au pouvoir en Haïti. Ce n’est donc pas le moment à faire dans le flou. Les signes des prochains jours seront interprétés dans un sens ou dans un autre. Loin du sur-mesure et du fait à la main, la loi doit être appliquée.

L’histoire d’Haïti se résume à celle d’une personne qui a perdu une pièce de monnaie dans l’obscurité et qui la cherche sous un lampadaire. Un ami qui passe lui demande où il pense qu’elle est tombée, il désigne un coin à dix mètres dans l’obscurité.
- Mais pourquoi cherches-tu ici ?
- Parce qu’il y a de la lumière ici.

Haïti pourra toujours continuer à se faire des illusions et à chercher sa voie de développement pendant une éternité, si elle continue d’appliquer la politique coloniale esclavagiste de l’impunité et son pendant local du marronnage. Le colon pouvait toujours faire du mal à l’esclave sans avoir de comptes à rendre. Un fonds de ténèbres qui emprisonne notre inconscient collectif de peuple et maintient Haïti dans la nuit des temps. Le système de pensée qui fait la promotion de l’impuissance devant la bêtise doit cesser. La rupture est irrévocable. L’écheveau du chaos financier doit être démêlé. La diaspora demande des comptes. Sa passion pour Haïti sera encore plus confiante quand sa contribution qui progresse au fil des ans ne rimera plus avec tristesse.

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*Économiste, écrivain