Développement durable

Haïti-Dictature : En souvenir du massacre, en 1964, de paysans dans le Sud-Est


mercredi 24 février 2016

P-au-P, 23 février 2016 [AlterPresse] --- L’institution baptisée Devoir de mémoire-Haïti (Ddm-H) se donne un satisfecit pour la réussite des activités réalisées, le samedi 20 février 2016, à Thiotte (département du Sud-Est), en mémoire des paysans massacrés en 1964 dans ce département géographique, sous la dictature de François Duvalier (22 septembre 1957 - 22 avril 1971).

« C’était un événement historique pour la zone. Ce massacre, très mal connu dans le pays, été perpétré, en juillet-août 1964, à Thiotte, Mapou, Grand Gosier et Belle Anse (Sud-Est), », indique à AlterPresse Anne Fuller, une des membres de Devoir de mémoire-Haïti.

Les activités de souvenir se sont déroulées dans une ambiance de désolation, avec une messe célébrée à l’église (catholique romaine) du Sacré Cœur de Thiotte, suivie d’une procession jusqu’au lieu d’exécutions publiques, où les victimes furent jetées dans des fosses.

Cette procession a réuni plus de 200 personnes, dont des familles éplorées des victimes du massacre.

L’activité, assimilée à une sorte de funérailles, a été l’occasion pour des familles des victimes d’assister à une inhumation symbolique de leurs proches, massacrés durant la période de dictature des Duvalier.

Les membres des familles des victimes, dont certains étaient en pleurs, n’ont pas caché leurs émotions par rapport à l’action ignominieuse des sbires du régime des Duvalier.

Des gerbes de fleurs et des bougies ont été déposées devant une plaque-souvenir des événements de 1964, installée en l’honneur des centaines de personnes tuées.

Les noms de 189 personnes défuntes recensées sont l’objet d’une exposition de photos-souvenir, qui durera pratiquement deux semaines dans la ville de Thiotte.

« Les habitants de la zone ne connaissaient pas la raison du massacre. Ils ne savaient même pas qu’il y avait eu un groupe de rebelles, un groupe de révolutionnaires, dirigé par Fred Baptiste, dans le but de renverser la dictature de Duvalier », fait savoir Fuller.

Une prière à la mémoire des multiples victimes, estimées à 500, a été également suivie d’une conférence-débat, au centre culturel communautaire de Thiotte, autour du thème « la vérité sur les massacres de Thiotte, Mapou, Grand Gosier, Belle Anse, en juillet-août 1964 ».

À cette occasion, des enfants de victimes, des survivants du massacre et des compagnons de lutte du militant politique Fred Baptiste (né à Jacmel en 1963 et décédé de tuberculose, le 16 juin 1974, dans la cellule No. 1 de Fort Dimanche à Port-au-Prince) ont eu à témoigner de cette horreur.

Cette activité a été organisée en présence de diverses personnalités, des familles des victimes, des rescapés, dont Alix Pierre-Louis, un compagnon de Fred Baptiste, un opposant au régime.

L’ex-dictateur François Duvalier a fait perpétrer des massacres dans plusieurs départements du pays, notamment dans le Sud-Est (Thiotte, Mapou, Belle-Anse et Grand Gosier) et dans la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest d’Haïti).

Des représailles ont été orchestrées contre treize membres du groupe « Jeune Haïti », dont des mulâtres, après leur entrée dans la ville de Jérémie (chef-lieu du département de la Grande Anse), en août 1964.

Plus d’une vingtaine de personnes, issues de familles des membres de Jeune Haïti, ont été massacrées à Jérémie.

Les deux familles les plus touchées par ce massacre demeurent respectivement celle de Madoumbé (38 décès) et celle de Fandal (18 décès), dont les membres ont été fusillés à Thiotte.

Créée en 2013, l’institution Devoir de mémoire-Haïti s’inscrit dans la perspective de réveiller la conscience du peuple haïtien sur les divers massacres, perpétrés en Haïti au cours de la période des Duvalier (père et fils). [jep emb rc apr 23/02/2016 13:50]