Perspectives

Haïti-Politique : Plusieurs secteurs appellent au respect du principe de la séparation des pouvoirs


mardi 16 février 2016

P-au-P, 15 février 2016 [AlterPresse] --- Plusieurs secteurs politiques exigent du parlement le respect du principe de la séparation des pouvoirs, notamment dans la mise en place du gouvernement de consensus, dans des interviews accordées à AlterPresse.

Le coordonnateur de la Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation d’Haïti (Lapeh), Jean Hector Anacacis, exhorte le parlement à éviter le cumul de pouvoirs par un seul secteur.

Lapeh est le parti du candidat à la présidence Jude Celestin, arrivé en deuxième position lors du premier tour de l’élection présidentielle du 25 octobre 2015, selon les résultats controversés publiés par le Conseil électoral.

Anacacis tient à souligner qu’il n’entend accepter aucun premier ministre qui ne sera pas issu du secteur politique et des affaires en vue de la mise en place d’un gouvernement de consensus.

Il dit être obligé d’accepter comme une situation de fait l’accession de Jocelerme Privert à la présidence provisoire.

L’investiture du nouveau président, Jocelerme Privert a eu lieu en présence de plusieurs personnalités, comme Mildred Aristide, épouse de l’ancien président Jean Bertrand Aristide du parti Fanmi lavalas, la coordonnatrice du parti, Dr. Maryse Narcisse, l’ancien sénateur et ex-candidat à la présidence, Simon Dieuseul Desras.

Étaient également présents le porte-parole du Mouvement national de l’opposition populaire (Monop), André Fardot, l’avocat et ancien candidat à la présidence, Newton Saint-Juste et Mathias Pierre de « Pitit Desalin », membre du Groupe des 8 candidats à la présidence, hostile au départ à l’accord de sortie de crise à l’origine de l’élection de Privert.

Des questions sans réponse pour le moment

Le président Jocelerme Privert se mettra-t-il à la hauteur de sa tâche ? Va-t-il mettre en place la commission de vérification électorale comme le réclamait le G8, s’interroge Anacacis.

Les membres qui vont composer le nouveau Conseil électoral provisoire doivent provenir d’institutions crédibles et honnêtes, exige-t-il.

Le mandat de 120 jours qui est celui du nouveau président ne sera pas suffisant pour démanteler la machine électorale qui a été mise en place en faveur de Jovenel Moïse, candidat à la présidence du parti Haïtien tèt kale (Phtk) de l’ancien président Michel Martelly, anticipe Anacacis.

Il recommande une évaluation et une re-vérification des élections controversées des 9 août et 25 octobre 2015.

De son côté, le député Gary Bodeau réitère avec conviction que l’accession à la présidence d’un parlementaire en fonction, en référence à l’accord du 6 février 2016, va à l’encontre du principe de la séparation des pouvoirs, dans un communiqué en date du lundi 15 février 2016.

Le président provisoire doit accomplir sa mission qui est de poursuivre le processus électoral pour compléter les législatives, les municipales et d’engager les collectivités, souhaite-t-il.

Il encourage à doter le pays, dans un délai ne dépassant pas 120 jours, d’un président légitime qui sera issu d’élections libres, honnêtes et crédibles, à l’abri de tous trafics d’influence et de toutes manipulations de rues.

Entre soulagement et critiques

Le coordonnateur du Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane), Edouard Paultre, estime que l’arrivée au pouvoir du nouveau président provisoire constitue un pas dans la bonne direction, parce que le pays, selon lui, ne peut rester sans un gouvernement.

Il appelle à un compromis pour la mise en place d’un gouvernement et du Conseil électoral en vue de la réalisation du second tour de la présidentielle, moyennant que le président donne la garantie qu’il respectera l’accord et le délai de 120 jours.

Autre son de cloche du coordonnateur de l’organisation Tèt kole ti peyizan Ayisyen, Osnel Jean Baptiste, qui qualifie de coup d’Etat parlementaire l’élection du nouveau président provisoire, issu de l’accord de sortie de crise entre l’exécutif et le législatif.

Cet accord a été trouvé sans le consentement de la majorité de la population, critique-t-il.

Face à l’ensemble des problèmes à résoudre, le nouveau gouvernement ne pourra pas mettre en œuvre cet accord dans le délai de quatre mois, estime-t-il, craignant une intensification de la crise politique.

Il prône un gouvernement de transition plus long pour répondre à l’ensemble des revendications de la population et souhaite une « annulation pure et simple des élections de 2015 ».

« Nous avons accompli notre engagement dans le temps qui nous était imparti. J’ai participé activement et avec fierté non seulement à la tenue de l’élection du président provisoire mais à son installation », se réjouit le sénateur Wesner Polycarpe.

Toutefois, il promet de rester vigilant par rapport au prochain gouvernement qui aurait à contribuer à la mise sur pied d’un autre Conseil électoral. [bd emb gp apr 15/02/2016 15 : 00]