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Haïti-Médias : Les organisations de femmes solidaires avec la journaliste Liliane Pierre-Paul « figure emblématique de la résistance »


jeudi 4 février 2016

Déclaration des organisations de femmes appuyée par des citoyennes engagées

Soumis à AlterPresse le 3 février 2016

Nous, les organisations de défense des droits des femmes, exprimons notre plus profonde indignation et notre vive inquiétude face aux attaques orchestrées par la présidence à l’encontre de l’équipe de Radio Kiskeya, tout particulièrement envers la journaliste Liliane Pierre-Paul.

Les attaques et menaces envers Radio Kiskeya ont été systématiques depuis l’accession controversée à la présidence de Monsieur Michel Martelly. Ces agressions se sont récemment intensifiées avec la fusillade contre les locaux de la station, dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 2015.

Le gouvernement n’a jamais condamné cette agression, qui a fortement choqué la population. Cette violence a connu une nouvelle escalade, le 22 janvier 2016, lors de l’entrevue du Président de la République, Monsieur Martelly, à Radio-Télé Métropole ; entrevue au cours de laquelle il a indexé Liliane Pierre-Paul comme responsable des accusations de corruption et de trafic de drogue mettant en cause son fils Olivier Martelly.

Le Président s’est vanté de sa composition d’une meringue carnavalesque prenant à partie la journaliste. Il croit ainsi pouvoir ternir l’image de Liliane Pierre-Paul, qui est reconnue comme un symbole du combat pour la liberté d’expression et pour l’instauration de la démocratie en Haïti.

Dans cette campagne assidue de dénigrement, Ronald (dit Roro) Nelson et Joseph (Jojo) Lorquet, zélés serviteurs du régime, sont très actifs sur la chaine de Télévision STORM TV. D’autres détracteurs s’activent également sur les réseaux sociaux, multipliant les diatribes, les fausses informations, les calomnies, les insultes et les menaces envers Liliane Pierre-Paul et toute l’équipe de Radio Kiskeya ainsi que Jean Monard Métellus.

Nous tenons à rappeler, pour mémoire, que le musicien Michel Martelly, alias Sweet Micky, s’était éminemment distingué par ses propos sexistes, dénigrants et vulgaires envers les femmes et le Président Martelly a manifesté, à maintes reprises, son mépris envers les femmes, incluant son épouse.

En novembre 2014, dans une entrevue accordée à la chaîne française TV5 Monde, le Président banalisait le viol et stigmatisait les femmes ayant une nombreuse progéniture.

En juillet 2015, il a publiquement insulté une citoyenne, qui contestait les performances de son régime, et simulé un viol à son égard.

En février 2016, à la veille de la fin de son mandat, le Président-Sweet Micky compose une odieuse et ordurière meringue carnavalesque qui s’en prend aux journalistes Liliane Pierre-Paul et Jean-Monard Métellus.

Si le carnaval est une manifestation culturelle où traditionnellement la dérision est de mise, il n’est nullement acceptable qu’un Président de la République en exercice utilise cet espace pour professer sa misogynie, insulter et tenter de dénigrer une journaliste, en recourant à des mots et des gestes qui invitent clairement à des violences sexuelles à son encontre.

En agissant ainsi, le Président de la République s’adonne, encore une fois, à une agression qui s’apparente à de la violence d’État, dans un contexte où les filles et femmes violentées ont du mal à obtenir la protection nécessaire auprès de la police et de la justice.

L’attitude du Chef de l’État est une incitation à la banalisation de la violence envers les femmes et à l’impunité des agresseurs. Ainsi, les plaintes des femmes sont-elles souvent ridiculisées et le Ministère à la Condition féminine est-il réduit à sa plus simple expression.

Nous, les organisations de défense des droits des femmes, avons encore en mémoire les violences perpétrées par le régime dictatorial de François Duvalier sur la journaliste féministe Yvonne Hakim-Rimpel, dirigeante du journal L’Escale.

Dans le contexte tumultueux de fin de mandat du Président Martelly, arrivant à son terme le 7 février 2016, et compte tenu de l’appel au viol que constitue le carnaval du Président-Sweet Micky, nous sommes en droit de craindre la réédition d’un acte similaire de ce pouvoir néo-duvaliériste.

Le Président Martelly et ses supporters doivent savoir que les violences contre Liliane Pierre-Paul constituent une violation des lois de la République ainsi que des Conventions relatives aux droits des femmes ratifiées par Haïti, notamment la Convention contre la discrimination envers les femmes (Cedef) et celle traitant des violences envers les femmes (Belém Do Pará).

Cette dernière stipule en son article 7 que : « Les États parties s’engagent en outre : à ne commettre aucun acte de violence et à ne pas pratiquer la violence contre les femmes et à s’assurer que les autorités, les fonctionnaires et les agents et institutions respectent cette obligation ». Les violations répétées de ces engagements par le Président Martelly et certains de ses collaborateurs méritent d’être sanctionnés.

Nous interpellons :
• Les autorités responsables de la sécurité publique, qui ont pour devoir de prendre des mesures sérieuses pour garantir la sécurité des journalistes Liliane Pierre-Paul et Jean-Monard Météllus, directement ciblé dans la meringue carnavalesque du Président-Sweet Micky, ainsi que celle des équipes de radio Kiskeya et de radio Caraïbes ;
• Le Ministère à la Condition Féminine qui, traditionnellement, intervenait durant la période carnavalesque pour prévenir et combattre le sexisme et les violences envers les femmes conformément à ses attributions ;
• Le Ministère de la Culture et le Comité chargé de l’organisation du carnaval, afin qu’ils s’arment du courage nécessaire pour interdire la diffusion, dans les médias et le défilé des jours gras, la meringue infâme du Président-Sweet Micky qui est une honte pour la nation toute entière et une offense à toutes les femmes, incluant celles de son clan ;
• Les institutions responsables de veiller à la bonne utilisation des fonds publics (Unité centrale de renseignement financier –Uc, Unirefté de lutte contre la corruption –Ulcc, Cour supérieure des comptes) pour enquêter sur les montants éventuellement utilisés pour cette meringue de la honte.

Nous sommes solidaires de Liliane Pierre-Paul, une figure emblématique de la résistance à la dictature des Duvalier et du combat pour la liberté d’expression. Nous sommes solidaires de Jean-Monard Météllus, un journaliste qui œuvre également pour la liberté de la presse.

Nous encourageons les citoyennes et citoyens indignés, les organisations de défense de droits humains, nationaux et internationaux, à être vigilants sur ce dossier.

La lutte des femmes est celle de tout le peuple !

Kanaval fatra pa ka fè nou bat ba !

Port-au-Prince, le 3 février 2016.

Pour la SOFA (Solidarité des Femmes Haïtiennes), Marie-Frantz Joachim

Pour Kay Fanm, Danièle Magloire

Pour authentification : Marie-Frantz Joachim, SOFA

Organisations et citoyennes engagées adhérant à cette prise de position

Asosyasyon Fanm Solèy d Ayiti (Association des Femmes Soleil d’Haïti / Afasda)
Fanm Deside /Femmes Décidées
Konbit Fanm SAJ /Femmes du Groupe SAJ
Groupe d’Appui au Développement du Sud (Gades)
Biwo Teknik Fanm Demokrat /Bureau Technique des Femmes Démocrates
Tribune politique des femmes.

Maryse Jean-Jacques
Magguie Rigaud
Magalie Comeau-Denis
Mirlène Joanis
Rachèle Magloire
Mitzy-Lynn Hyacinthe
Marie Antoinette Gautier
Yolette Étienne
Carine Clermont
Maryse Jean-Charles
Chrislie Lucas Napoleon

Copie conforme aux instances suivantes :

Mme Gabrielle Hyacinthe, Ministre à la Condition féminine
Mme Dithny Joan Raton, Ministre de la Culture
M. Pierre Richard Casimir, Ministre de la Justice et de la sécurité publique
Mme Florence Élie, Office de la Protection du Citoyen (Opc)
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
Unité Centrale de Renseignement Financier – Ucref
Unité de Lutte contre la Corruption –Ulcc
M. Jean-Claude Muenda, Représentant Résident d’ONU Femmes en Haïti
Commission de la Condition des Femmes de l’ONU /ECOSOC
Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (Cidh)
Amnesty International
Marche Mondiale des Femmes (MMF).