Perspectives

Haïti-Médias : Concert de condamnations de la chanson sexiste de Martelly contre la journaliste Liliane Pierre-Paul


jeudi 4 février 2016

P-au-P, 3 févr. 2016 [AlterPresse] --- La meringue carnavalesque du chef de l’Etat Michel Martelly, de son nom d’artiste Sweet Micky, constitue une attaque contre la journaliste Liliane Pierre-Paul, considérée comme un symbole de la démocratie en Haiti, selon des positions exprimées par plusieurs personnalités de la vie nationale.

Comme tant d’autres, le sociologue et professeur à l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh), Julien Sainvil voit cette meringue comme une attaque à un symbole de la démocratie. Il en profite pour condamner les discours sexistes et dévalorisants véhiculés par Martelly à travers ses chansons à l’égard des femmes en général.

« Il a construit sa popularité et son discours sur des obscénités et des sottises à l’égard du sexe des femmes », fustige-t-il.

Déjà en circulation sur les réseaux sociaux, la méringue carnavalesque ciblant Liliane Pierre-Paul, également directrice de programmation de la station privée Radio Kiskeya, est sortie officiellement le weekend écoulé. Elle attaque aussi le journaliste vedette Jean Monard Metellus de la radio privée Caraïbes FM. 

En poursuivant cette pratique sexiste au pouvoir, le chef de l’Etat ne s’est pas élevé à la dimension de son poste, critique Sainvil.

Depuis l’arrivée de Martelly au pouvoir en mai 2011, il prend un malin plaisir à s’attaquer aux fondements de la société comme les valeurs morales, historiques, symboliques et démocratiques et aux personnes, comme Liliane Pierre-Paul, qui en sont porteuses.

La coordonnatrice de l’organisation Kay Fanm, Danièle Magloire, se dit choquée qu’un président de la république soit descendu à ce niveau en attaquant une journaliste et une femme à travers sa meringue carnavalesque.

Ce faisant, Martelly s’en prend à la liberté d’expression de la journaliste.

La promotion de la meringue du président effectuée à travers des médias et des réseaux sociaux est inacceptable et constitue une insulte à la nation haïtienne, dénonce Magloire.

Cette affaire, qui ne concerne pas seulement Liliane Pierre-Paul et les organisations de femmes, devrait interpeller toute personne, quelle que soit son opinion.

Elle appelle les citoyens et citoyennes à dire non à cet acte inacceptable et à la déperdition des valeurs dans le pays.

Cette musique représente une insulte du président à la presse haïtienne, déplore la responsable de la salle des nouvelles de la station privée Radio Ibo et dirigeante de l’Association des journalistes haïtiens (Ajh), Marie Raphaëlle Pierre.

« Liliane Pierre-Paul et Jean Monard Métellus sont des icônes de la presse haïtienne, qui ont pris des engagements dans la société », fait-elle valoir.

Le président, en fin de règne, devrait faire le bilan de ses réalisations durant son quinquennat au lieu d’attaquer systématiquement les journalistes qui critiquent sa gestion du pouvoir, estime-telle.

La presse est un miroir qui reflète que ce qu’elle voit, fait-elle remarquer.

Elle encourage une manifestation de solidarité en faveur de la directrice de programmation de Radio Kiskeya en réponse à ces dérives et écarts.

Face à l’outrage de Martelly, l’artiste Jean Jean Roosevelt a cru bon de rendre un hommage à la journaliste à travers une chanson intitulée « Reste debout », l’invitant à rester telle qu’elle tout en continuant son travail parce qu’elle est un modèle dans la société.

« Reste debout, n’abandonne pas, ne change surtout pas. Si ma mère voulait que mes sœurs soient comme Liliane, c’est qu’elle a compris que tu es un modèle et si mon père parle de démocratie et qu’il cite ’Lili’ pour sa contribution, alors ne change pas », chante l’artiste.

L’Association nationale des médias haïtiens (Anmh), entre autres, avait dénoncé la méringue carnavalesque de « Sweet Micky », avant même sa sortie officielle, dans une note datée du 16 décembre 2015.

Depuis quelque temps, la Radio Télé Kiskeya, particulièrement Liliane Pierre-Paul, est la cible d’attaques tantôt voilées, tantôt ouvertes de la part du pouvoir en place, représenté par la figure dominante de Martelly.

Dans la nuit du lundi 30 novembre au mardi 1er décembre 2015, les locaux de Radio Télé Kiskeya ont été la cible de tirs d’armes automatiques, à hauteur de personne, à la Rue Villemenay (quartier au coeur de Port-au-Prince).

Peu de temps après, Joseph (Jojo) Lorquet ainsi que Ronald (Roro) Nelson se sont arrogés le droit de tenir des propos vexatoires à l’endroit de la journaliste, devant les caméras de la station Storm Tv.

Face aux menaces des sbires du pouvoir, le directeur général de la Radio Télé Kiskeya, Marvel Dandin, a lancé un appel, le samedi 23 janvier 2016, aux divers secteurs de la vie nationale face à des menaces du pouvoir, qui pèsent sur la vie du personnel de la station. [bd emb gp apr 03/02/2016 13:40]