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Haiti-Élections : L’Ocid n’observera pas un éventuel scrutin le 24 janvier

Les conditions ne sont pas réunies pour la tenue d’élections démocratiques
jeudi 21 janvier 2016

Communiqué de l’Ocid

Transmis à AlterPresse le 20 janvier 2016

Poursuivant son travail d’observation indépendante et non partisane des processus politiques dans le pays, l’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie (Ocid) a continué de scruter l’environnement électoral et les opérations préélectorales dans un contexte très controversé.

Au niveau du contexte électoral, l’Ocid s’inquiète sérieusement face à la détérioration du climat sociopolitique et au durcissement des positions des protagonistes de la crise électorale, née des joutes du 25 octobre 2015.

En ce qui concerne les opérations préélectorales, du 17 au 19 janvier 2016, l’Ocid a déployé ses 45 observateurs long terme et ses 18 coordonnateurs régionaux sur le terrain aux fins de collecter des données sur l’état de l’environnement électoral et des préparatifs pour les élections fixées au 24 janvier.

Suite à des entrevues, conduites auprès de 110 responsables de Bec et de dix responsables de Bed, les observateurs de l’Ocid ont constaté que, sur le plan logistique, les préparatifs pour les « élections » du 24 janvier laissent pour le moins à désirer.

Il ressort de leur observation que, dans les 355 centres de vote visités, les listes électorales ne sont pas encore affichées dans 94% des cas. Si 80% des responsables de Bed affirment avoir acheminé les listes électorales aux Bureaux électoraux communaux (Bec), 34.8% des 110 Bec visités n’avaient pas encore reçu les listes électorales au moment de l’enquête.

De plus, si 80% des responsables de Bed disent avoir reçu du Cep tous les matériels nécessaires au vote, il n’en demeure pas moins que 90% avouent ne pas avoir encore acheminé tous les matériels aux Bec, information que les responsables de Bec ont confirmée.

Concernant la formation du personnel électoral, selon ces responsables de Bed, elle serait finalisée à 80% pour les superviseurs, à 60% pour les agents de sécurité électorale et rien qu’à 10% pour les membres des bureaux de vote.

Ajoutons que cette dite formation n’est dispensée que pendant quelques heures, encore au détriment des recommandations de la Ceei. Sans oublier le fait que 70% des membres de Bed interrogés informent que les membres du personnel électoral engagés pour le 25 décembre dernier n’ont pas encore été rémunérés.

Par ailleurs, l’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie (Ocid) constate, qu’en plus du retard dans la mise en place de certains préalables, comme la formation du personnel ou l’affichage de listes électorales, signalé plus haut, il existe un problème de dysfonctionnement au niveau du Conseil Electoral lui-même, qui ne dispose que de cinq membres actifs sur neuf.

Ainsi, sera-t-il pratiquement impossible de réunir la majorité des 2/3 des signatures requises à l’article 172 du décret électoral pour la transmission des résultats au Président de la république.

D’un autre côté, l’Observatoire déplore que la non prise en compte des deux principales recommandations de la Ceei (dialogue politique, remaniement du Conseil électoral provisoire) par les acteurs concernés auraient pu compromettre sérieusement la crédibilité d’un second tour des présidentielles et des élections législatives complémentaires, s’ils devaient se tenir dans les circonstances actuelles.

Les tensions politiques s’aggravent de façon inquiétante, les actes de violence se multiplient, un climat d’incertitude, de peur et d’insécurité s’installe au sein de la population.

Autant de facteurs qui, s’ajoutant à l’absence de compétition au niveau présidentiel, rendent pour le moins incertaines et compromettantes les élections annoncées pour dimanche prochain.

Fort de toutes ces considérations, l’Ocid estime donc que les conditions ne sont pas réunies pour tenir, le 24 janvier, des élections susceptibles de garantir la légitimité du Président qui serait élu, ni sa capacité à créer le climat de paix et de stabilité nécessaires au bon fonctionnement de la vie sociale et politique et à la relance de l’économie du pays.

En attendant que ces conditions soient réunies, l’Ocid a décidé de ne pas observer un éventuel scrutin du 24 janvier, mais demeure vigilant en ce qui concerne le processus démocratique en général.

Aussi, l’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie, recommande-t-il aux Responsables des trois Pouvoirs de l’Etat, de se concerter et de consulter les acteurs politiques concernés et les différents secteurs de la vie nationale, pour proposer à la Nation une solution qui permette la poursuite du processus électoral dans des conditions acceptables et la continuité au sein du Pouvoir Exécutif après le 7 Février, conformément aux dispositions de la Constitution haïtienne.

L’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie (Ocid), consortium de la société civile, formé de l’Initiative de la Société Civile, du Centre Œcuménique de Droits Humains et de JURIMEDIA, renouvelle son engagement à travailler à la consolidation de la démocratie en Haïti et, en particulier, à l’instauration d’un système électoral garantissant aux citoyens haïtiens de pouvoir choisir librement et démocratiquement leurs dirigeants.

« Une démocratie pérenne par la vigilance citoyenne »

Membres du Comité de Pilotage
Sylvie BAJEUX
Pour le Centre Œcuménique des droits humains (Cedh)

Abdonel DOUDOU
Pour JURIMÉDIA

Rosny DESROCHES
Pour l’Initiative de la Société Civile (Isc)