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Haïti-Elections : Irrégularités, « un euphémisme pour camoufler des fraudes massives », selon le statisticien Claude Joseph


samedi 9 janvier 2016

P-au-P, 8 janv. 2016 [AlterPresse] --- Les termes « irrégularités graves », utilisés pour caractériser les problèmes constatés lors de l’élection présidentielle du 25 octobre 2015, constituent un euphémisme visant à camoufler des fraudes massives, enregistrées lors de ce scrutin, selon Claude Joseph, professeur adjoint de statistiques à Fordham University (New York).

Cette élection est entachée de fraudes massives, car il y a 47% de procès-verbaux qui ne réfèrent pas à des Cartes d’identification nationale (Cin) correctes, fustige Claude Joseph, invité à l’émission Ti chèz ba, prévue pour être diffusée ce samedi 9 janvier 2016 sur AlterRadio (7:00, 15:00).

Il explique qu’avec une marge d’erreur de 3 pour cent, cela veut dire qu’entre 44% et 50% de procès verbaux contiennent des références de Cin incorrectes.

En considérant la population des procès-verbaux, il existe une très forte probabilité pour que « ce pourcentage soit plus élevé », dépassant les 50%.

A propos des Cin, le contrôle a révélé que plus de 46% des numéros, qui figurent sur les listes d’émargement, sont faux, selon les éléments issus des travaux statistiques, sur lesquels est basé le rapport de la commission d’évaluation électorale, rendu public en date du dimanche 3 janvier 2016.

Ce rapport constitue un fiasco total, critique le professeur de statistiques, qui estime que les recommandations ne sont pas en adéquation avec le constat effectué au Centre de tabulation des votes (Ctv).

Il n’y a pas d’autre issue que l’annulation des élections, si l’on veut respecter l’expression de la souveraineté populaire contenue dans la Constitution de 1987, conseille-t-il, appelant à organiser d’’autres élections générales pour sortir le pays de cette impasse.

Il déplore les entêtements gratuits, qui se manifestent dans le pays par une volonté de se pérenniser au pouvoir.

Le président Michel Martelly a officiellement fixé, au 24 janvier 2016, la tenue du deuxième tour des élections présidentielle et législatives partielles, alors que le Conseil électoral provisoire (Cep) enregistre la démission d’un de ses membres, Ricardo Augustin, représentant de l’Eglise catholique romaine au sein de l’institution.

Divers secteurs socio-politiques du pays condamnent l’arrêté présidentiel du 6 janvier 2016, qui convoque les citoyennes et citoyens aux urnes.

Pour sa part, le Conseil électoral provisoire (Cep) accorde ce qu’il appelle une « période additionnelle » de campagne électorale, allant du vendredi 8 au vendredi 22 janvier 2016, dans un communiqué en date du 7 janvier 2016.

Mais, ces dispositions ne découragent nullement des initiatives de secteurs politiques et sociaux en faveur de l’annulation des élections des 9 aout et 25 octobre 2015.
[emb gp apr 08/01/2016 16:50]