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Haïti-Élections : Le rapport de la commission d’évaluation électorale, un verdict à la Ponce Pilate


lundi 4 janvier 2016

Par Claude Joseph*

Soumis à AlterPresse le 4 janvier 2015

Qui aurait cru que tout de suite après la célébration de la naissance de Jésus, quelques mois avant les festivités pascales, période consacrée par les chrétiens pour commémorer, entre autres, la résurrection du Christ, on assisterait à un spectacle réminiscence d’un jugement à la Ponce Pilate. En dépit du fait que le procurateur de Judée détenait, grâce à son discernement, des preuves que Jésus était innocent, au lieu d’utiliser l’autorité que lui conférait la loi, il choisit de fuir sa responsabilité en se lavant les mains en public pour signifier son innocence et laissa libre champ aux accusateurs juifs pour crucifier l’homme de Nazareth. « Je suis innocent du sang de ce juste, dit-il, cela vous regarde » (Mathieu 27 :24-25).

Le rapport de la commission d’évaluation électorale dite indépendante s’apparente au verdict de Ponce Pilate en ce sens qu’en dépit du constat de la commission révélant que « certains résultats obtenus indiquent que le niveau de certaines irrégularités graves est très élevé » , malgré, en outre, que les témoignages recueillis par ladite commission soient unanimes à reconnaître que les élections du 25 octobre étaient entachées d’irrégularités, la commission propose, au-delà de toute attente, un « examen plus approfondi au plan technique de la responsabilité de la machine électorale dans les irrégularités souvent assimilée à de la fraude massive » . Quand on sait que le mandat confié à la commission autorisait les commissaires à « prendre toutes les dispositions nécessaires en vue d’évaluer le processus électoral et de faire des recommandations » , cette requête de la commission n’est qu’une façon démagogique utilisée par les commissaires pour se déresponsabiliser de la tâche qui leur incombait. De quelle technique parle t-on quand tout laisse à croire que la commission disposait d’un arsenal de techniciens formés au CTPEA pour la réalisation du travail ? La conclusion du rapport récidive les propos de Ponce Pilate qui décida de retourner la balle aux pieds des juifs accusateurs en leur disant « prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ».

En dépit des tractations des juifs qui voulurent mettre Pilate face à César en criant, d’après jean (19 :12), « si tu le relâches, tu n’es pas amis de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César », Pilate détenait quand même des preuves pour épargner Jésus de la crucifixion, mais il ne pouvait pas résister aux pressions politiques des Juifs d’autant qu’il ne souhaita pas perdre les privilèges attachés au poste de procurateur.

On doit imaginer que les commissaires se retrouvaient dans un « dilemme de Ponce Pilate », sinon qu’est ce qui expliquerait les conclusions du rapport en faveur d’un deuxième tour, en dépit du fait qu’il est démontré que 1) 46.9% de PV contiennent des CIN qui ne sont pas corrects, 2) dans 60% des enveloppes, le procès-verbal de carence soit absent, 3) 57.1% des PV manquent des signatures ou des empreintes sur des listes d’émargement et 4) il y a 30% de PV avec des numéros de CIN qui ne figurent pas sur les listes d’émargement.

De toute façon, ceux qui dès lors croyaient que Jésus était fils de Dieu savaient qu’il allait mourir malgré son innocence. Sa mort était programmée, une décision qui transcendait toute volonté humaine. Tout comme, ceux qui croyaient que les irrégularités graves/fraudes furent concoctées par l’actuel régime dans une volonté de se pérenniser au pouvoir savaient qu’une commission présidentielle ne pourra pas aider à faire la lumière sur le hold-up électoral du 25 octobre. Néanmoins, le rapport est édifiant en ce sens que la tendance constatée dans l’analyse de l’échantillon des 78 PV est confirmée. Ainsi, deux choix s’imposent à nous : 1) continuer dans l’indifférence et au mépris de la volonté populaire en s’orientant vers un deuxième tour, ou 2) stopper l’hémorragie d’élections frauduleuses qui ont caractérisé notre transition démocratique depuis 1988 en punissant les coupables conformément à la loi, mais, le plus important, tout en prenant des dispositions d’organiser des élections générales crédibles dans un plus bref délai pour assurer une bonne stabilité démocratique.

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* Adjunct Professor
Fordham University
Bronx, NY