Perspectives

Haïti-Bilan 2015 : Des scandales de corruption éclaboussent le système judiciaire


lundi 28 décembre 2015

Par Jean Elie Paul

P-au-P, 28 déc. 2015 [AlterPresse] --- Au cours de l’année 2015, la justice haïtienne, éclaboussée par des scandales de corruption, a rendu méfiante la population haïtienne, constate l’agence en ligne AlterPresse.

Parmi les grandes affaires, figurent des accusations récentes de corruption, portées contre des juges et des conseillers électoraux, lors des élections du 25 octobre dernier. La justice haïtienne reste silencieuse dans ce dossier.

L’ancien président du Sénat de la République et ancien candidat à la présidence, Dieusseul Simon Desras a accusé les trois conseilleurs électoraux, Yolette Mengual, Vijonet Démero ainsi que Lourdes Edith Joseph d’avoir reçu de l’argent de la part de plusieurs candidats à la députation pour leur faire gagner les élections.

Les juges électoraux, Pierre Widly Charles, Jugnace Pierre et Frantz Drice, ayant siégé comme juges dans l’une des compositions du Bureau contentieux électoral national (Bcen), seraient également impliqués dans cette affaire.

La justice et la police impliquées dans une affaire de rançon

En mars 2015, la justice et la police ont été éclaboussées, aux Gonaïves (à 171 km au nord de Port-au-Prince), dans une affaire de rançon « faramineuse » pour libération d’un détenu du nom de Madsen Clervoyant, un homme d’affaires, a rapporté le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) dans une enquête réalisée sur ce dossier.

Le commissaire du gouvernement, près le tribunal civil des Gonaïves, Enock Géné Génélus, a été révoqué pour avoir permis à l’accusé « aux ordres de la justice » de se rendre à la banque pour déposer l’argent sur le compte de l’avocat Duclas Marcelin.

A l’appel de plusieurs organisations de base des Gonaïves, des milliers de personnes ont marché dans les rues de cette commune le mercredi 22 avril pour réclamer l’arrestation de tous ceux qui sont impliqués dans le scandale de corruption.

Woodly Ethéart et Renel Nelfort, libérés par la justice pour « insuffisance de preuve »

Siégeant sans assistance de jury, le tribunal criminel de Port-au-Prince, avait rendu le 17 avril, son verdict en faveur de Woodly Ethéart, alias « Sonson Lafamilia » et Renel Nelfort, surnommé « Le Récif », sur la base d’« insuffisance de preuve ».

Ces derniers étaient accusés d’enlèvements et de séquestration, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de la drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs.

L’ordonnance du juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Sonel Jean-François, en date du 5 mars 2015, avait renvoyé Woodly Ethéart et Renel Nelfort par devant le tribunal criminel en tant qu’« auteurs intellectuels » de plusieurs actes de grand banditisme, dont le kidnapping contre rançon.

Des sanctions de façade

La mise en disponibilité du doyen du tribunal de première instance de Port-au-
Prince, Raymond Jean-Michel, a été, de suite, décidée par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj).

Le commissaire du gouvernement, près le tribunal civil de Port-au-Prince, Kerson Darius Charles, a été, lui-même, limogé par le Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp).

L’affaire semble n’avoir eu aucune autre suite.

Une marche symbolique pour dire non à l’impunité

Plusieurs centaines de personnes ont marché, le mercredi 6 mai 2015, dans les rues de la capitale, pour dire non à l’ « impunité », quelques semaines après la libération jugée scandaleuse des deux présumés kidnappeurs, en l’occurrence Woodly Ethéart et Renel Nelfort.

Cette marche a été convoquée par plusieurs organisations, dont la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) et le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh).

Dans ce contexte, la réouverture de l’Institut médico-légal, peut-elle aider à faire la différence ?

C’est la question que l’on se pose en juillet 2015, lorsque le gouvernement procède à la réouverture de l’Institut médico-légal (Iml) d’Haiti. De nouveaux moyens sont mis à disposition de l’Iml afin d’offrir aux cours et aux tribunaux, l’expertise scientifique nécessaire pour mener des enquêtes.

Le Ministre de la justice et de la sécurité publique (Mjsp) Pierre Richard Casimir ainsi que le Ministre de la santé publique et de la population (Mspp), Florence Duperval Guillaume, remettent en fonctionnement, le 31 juillet, l’Iml, qui était fermé depuis plus de six ans.

Quel peut être l’apport de l’Iml dans un système judiciaire gangrené par la corruption et où les affaires, recouvertes d’un voile de silence, n’aboutissent pas dans les tribunaux ? [jep emb gp apr 28/12/2015 00:40]