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Journé Mondiale des Télécommunications 2002

Le défi des télécommunications en Haïti


vendredi 17 mai 2002

P-au-P., 17 mai. 02 [AlterPresse] --- La journée mondiale des télécommunications a été marquée ce 17 mai en Haïti par l’inauguration d’une foire sur les télécommunications, organisée par la Compagnie Nationale des Télécommunications (Téléco). Cette exposition, qui doit durer 2 jours, montre les équipements utilises par la Téléco a travers les années.

Le Directeur Général de la Téléco, Patrick Joseph, a fait savoir que beaucoup de progrès ont été accomplis durant ces dernières années par la Téléco.

De 60000 lignes en 1995, le nombre de lignes téléphoniques accordées par la Téléco est passe à 100.000, a indique le Directeur Technique du Conseil National des Télécommunications (CONATEL), qui a également pris la parole au cours de la cérémonie d’inauguration.

Cependant, le Ministre des Travaux Publics, Transport et Communication, Harry Clinton, a fait remarquer, dans son discours, que seulement 3% de la population haïtienne bénéficient de l’accès au téléphone. Il a parlé d’une forte concentration des activités de la Téléco à la capitale. 70% des activités de la compagnie s’effectuent à la capitale, alors que 70% de la population vivent en milieu rural, a souligné le ministre.

La Téléco devra continuer à investir dans la révision et la modernisation de ses centraux, à travailler à l’agrandissement substantiel de son parc téléphonique et la vulgarisation des Nouvelles Technologies de la Communication et de l’Information (NTIC), ont indiqué les dirigeants.

Le théme retenu par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) pour la journée mondiale des télécommunications cette année est, "NTIC pour tous : donner à chacun le moyen de franchir le fossé numérique".

Les secteurs public et privé doivent consentir de grands efforts en vue de l’accès de tout un chacun aux NTIC, a souligné dans un message circonstanciel transmis a AlterPresse, le Coordonnateur du Réseau de Développement Durable d’Haïti (RDDH), l’ingénieur Raymond Noel. Des investissements importants doivent être consentis dans le secteur des réseaux électriques et téléphoniques, écrit-il. (Lire le message plus bas)

Dans son message présenté au siège de l’UIT à Genève, le Secrétaire Général, Yoshio Utsumi, de nationalité japonaise a déclaré que beaucoup d’efforts ont déjà été faits en matière de technologie. Mais, a-t-il poursuivi, pour que l’ensemble de l’humanité tire parti des TIC, les gouvernements et la société civile doivent en faire davantage.

La technologie n’est que le début et représente dans un sens la partie facile, a dit le Secrétaire général de l’UIT, soulignant que la partie difficile concerne la manière dont la technologie est utilisée dans les domaines moins tangibles de la politique, des affaires, de la culture et du droit. (Lire l’intégralité du message plus bas)[gp apr 17/05/02 23:00]


NTIC pour tous : Les Préalables

Par Jean-Marie Raymond NOEL, Ing, MSc, Coordonnateur RDDH

En tant que coordonnateur d’une institution chargée de promouvoir l’utilisation des technologies de l’information et à l’occasion de la Journée Mondiale des Télécommunications, placée sous le thème : " NTIC pour tous : donner à chacun le moyen de franchir le fossé numérique ", je me sens interpellé par deux questions.

La première : comment faire pour élargir l’accès de ces technologies à toutes les couches de la population ?

Il suffit d’y réfléchir une toute petite minute pour se rendre compte de l’ampleur des interventions qu’elle suppose.
Néanmoins, son caractère ambitieux n’entame en rien ni sa pertinence, ni surtout son caractère actuel quand on considère, d’une part les objectifs de développement pour la prochaine décennie retenus au sommet du millénaire des Nations Unies en septembre 2000 (réduire la pauvreté, élever le niveau d’éducation, améliorer la qualité de la santé, accroître les capacités, etc… ) et d’autre part les tendances de plus en plus fortes à reconnaître la nécessité urgente d’exploiter les technologies de l’information et de la communication en vue d’atteindre des objectifs de développement.

La deuxième question qui se pose est alors : comment utiliser ces technologies pour améliorer les conditions de vie des populations ?

Il existe aujourd’hui encore une incertitude sur la nature de la relation entre les TICs et le développement, même s’il est constaté que :
a) les pays industrialisés qui ont une forte pénétration en TIC connaissent également des niveaux de vie et de développement humain plus élevés
b) l’accent explicite mis sur l’utilisation des TICs à des fins de développement permet aux pays d’atteindre une large diffusion des bénéfices récurrents et contribue à la fois à la croissance économique et à des objectifs spécifiques de développement.

Mais par-delà cette incertitude, il convient ici de tirer un enseignement : c’est celui de l’engagement et d’un engagement explicite. Quelle est, à ce sujet, la situation en Haïti ? Disons tout de suite qu’il existe un certain nombre d’initiatives ou de projets visant à promouvoir une exploitation des TICs à des fins de développement et/où à renforcer les capacités du pays à rentrer dans cette nouvelle ère. On peut citer à titre d’exemple : le projet Réseau de Développement Durable d’Haïti (RDDH)) du PNUD, le projet LEARNLINK de l’USAID, le programme de promotion des TICs du Group Croissance, le projet de formation à distance de la FOHFADD, le programme de formation MBDS à la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti, le projet d’implantation prochaine d’une académie CISCO en Haïti. Ces programmes sont pour la plupart menés de façon isolée, ce qui réduit significativement leur efficacité.

De toutes façons, il faut mieux que cela pour que les technologies de l’information soient mises au service du développement humain. Il faut non seulement des efforts d’investissement mais aussi un positionnement clair des dirigeants sur la question.

Des investissements importants doivent être consentis dans le secteur des réseaux électriques et téléphoniques. Haïti dispose aujourd’hui d’à peine 1 ligne de téléphone fixe pour 100 habitants, soit dix fois moins que la moyenne de la zone Amérique Latine et Caraïbes. La consommation en énergie électrique par tête d’habitant est d’environ 35 kWh, soit près de 18 fois moins celle de la république voisine. Ces limitations compliquent sérieusement le déploiement des technologies de l’information dans tous les coins du pays. Pour son projet d’implantation de points d’information et de communication (PICs) dans certaines communautés du pays, le RDDH a évalué à 12000 dollars américains l’installation d’un PIC équipé d’un ordinateur connecté à l’Internet et d’une installation solaire. Il est évident qu’avec un tel coût, l’accès pour tous n’est pas garanti.

Par ailleurs, ce vœu de l’UIT, NTIC pour tous , ne se réalisera pas sans la volonté affirmée de l’Etat à s’engager dans cette voie. L’absence d’une politique nationale de l’information, le flou institutionnel au niveau du secteur des télécommunications vont aggraver la situation matérielle. Un ensemble de dispositions méritent d’être prises pour rechercher une croissance du secteur des technologies de l’information et développer une capacité technologique : exemptions fiscales, mise en œuvre effective du processus de dérégulation et de libéralisation du secteur des télécommunications, octroi de subventions à des programmes de formation spécialisée, ….

Mais, l’accès universel en Haïti nécessite des ressources que les seuls investissements publics ne pourront garantir. Il faudra, pour ce faire, compter sur l’initiative privée et l’accompagnement de la communauté internationale. A court terme, on pourrait souhaiter la mise sur pied par l’Union Internationale des Télécommunications d’un mécanisme de subvention des équipements (informatiques, solaires,…) destinés à être utilisés dans les pays moins avancés.

C’est au prix de tels efforts, tant sur le plan interne que sur le plan international, que Haïti peut rendre les TICs disponibles pour tous.

Jean-Marie Raymond NOEL
Coordonnateur RDDH
Mai 2002


"TIC pour tous : donner à chacun le moyen de franchir le fossé numérique"

Message de M. Yoshio Utsumi,
Secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications

Chers amis,

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont peut-être depuis Gutenberg et l’invention de la presse l’outil le plus puissant pour promouvoir l’évolution sociale et économique. Mais nous ne devons pas oublier tout ce qui a dû être fait avant la généralisation de l’accès aux livres. Il en est de même pour l’accès aux TIC.

L’accès à la technologie de l’information peut aider au lancement de petites compagnies et de groupes d’artisans dans les régions les plus pauvres et les plus isolées du monde afin de les relier aux circuits des marchés nationaux et même des marchés mondiaux.

La technologie de l’information permet de faire abstraction d’infrastructures médiocres de sorte que la distance qui sépare les marchés ne représente plus un inconvénient et les circuits de distribution peu efficaces deviennent ainsi une chose du passé.

Les TIC offrent la possibilité de fournir les services essentiels de santé et d’éducation de manière plus efficace car chacun y a accès depuis son domicile et sa communauté.

Les TIC peuvent aussi représenter une aide dans le domaine agricole, en donnant aux agriculteurs et aux communautés agricoles l’accès rapide à l’information météorologique, aux nouveaux marchés et aux nouvelles techniques de production, ce qui permet d’améliorer la productivité. Les commerçants et les entrepreneurs peuvent également tirer parti de l’information et des opportunités ainsi offertes pour promouvoir leurs affaires sur les plans national, régional et mondial.

Les TIC peuvent aussi être extrêmement efficaces dans l’amélioration de la gouvernance. Elles donnent la parole aux peuples des pays en développement qui jusqu’ici ont été isolés, invisibles et silencieux et leur permettent de s’exprimer indépendamment de leur sexe et de l’endroit où ils vivent.

Mais l’accès aux TIC n’a pas été équitable. L’utilisation de ces technologies et l’accès à celles-ci varient considérablement entre les pays, à l’intérieur des pays et également entre les zones urbaines et les zones rurales, entre les riches et les pauvres, entre les lettrés et les illettrés, entre les hommes et les femmes.

Beaucoup d’efforts ont déjà été faits en matière de technologie, mais pour que l’ensemble de l’humanité tire parti des TIC, les gouvernements et la société civile doivent en faire davantage. La technologie n’est que le début et représente dans un sens la partie facile. La partie difficile concerne la manière dont la technologie est utilisée dans les domaines moins tangibles de la politique, des affaires, de la culture et du droit.

Pour traiter ce sujet complexe, les Membres de l’UIT ont choisi cette année comme thème pour la Journée mondiale des télécommunications : Technologies de l’information et de la communication pour tous : donner à chacun le moyen de franchir le fossé numérique.

Compte tenu du potentiel énorme des TIC pour le développement socio-économique, il importe que les chances d’accéder aux TIC soient données à tous ceux qui n’ont pu jusqu’ici participer entièrement à une économie numérique fondée sur la connaissance.

Nous devons utiliser le potentiel des TIC de telle manière que les peuples puissent améliorer leurs conditions économiques, sociales et culturelles. Nous avons besoin que les gouvernements s’engagent fermement dans des stratégies qui accélèrent la généralisation de l’accès aux TIC. Cela est crucial pour le succès de toute initiative de développement et pour l’avenir de millions de personnes dans le monde qui jusqu’ici n’ont jamais entendu une tonalité de numérotation. La tâche est énorme, mais nous devons l’accomplir si nous voulons tenir les promesses de la société de l’information.

Yoshio UTSUMI
Secrétaire général UIT
Mai 2002