Perspectives

Haïti-Économie : Le budget national 2015-2016, non conforme aux objectifs de développement national, selon des associations


mardi 6 octobre 2015

P-au-P.2 octobre 2015 [AlterPresse] --- Le budget national 2015-2016 « non conforme » aux objectifs de développement national ne pourrait pas permettre de relever les grands défis conjoncturels auxquels fait face Haïti, déplorent la Plateforme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (Papda) et l’Association des économistes haïtiens (Aeh).

Le directeur exécutif de la Papda, Camille Chalmers, estime que le budget national mérite d’être complètement révisé, car, selon lui, il ne s’agit pas seulement de revoir deux ou trois postes, mais il faudrait changer les procédures d’élaboration budgétaire. Le processus devrait commencer au niveau des collectivités territoriales, soutient-il, dans une interview à AlterPresse.

L’enveloppe globale du budget pour l’exercice fiscal 2015-2016 s’élève à 122,6 milliards de gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 53.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui), soit une augmentation de 11.8% par rapport au budget rectificatif 2014-2015.

« Il n’est pas normal que le budget soit élaboré en dehors de la constitution de 1987. Aujourd’hui le processus budgétaire est centralisé comme il l’était avant la constitution de 1987. Ceci va à l’encontre de l’esprit fondamental de la constitution de 1987 qui est la décentralisation », affirme le professeur Camille Chalmers.

Le fait que 94% à 98% du budget national soit concentré entre les mains de l’exécutif constitue une anomalie. De plus, le législatif, l’appareil judiciaire et le Conseil électoral sont marginalisés, dénonce-t-il.

Dans ce nouveau budget, le gouvernement prévoit de consacrer des investissements importants aux infrastructures agricoles et à la construction afin, dit-il, de soutenir la croissance économique.

Même si le gouvernement annonce souvent que 4 à 5% du budget est réservé à l’agriculture, ce pourcentage n’est pas effectivement décaissé, regrette, pour sa part, l’économiste Eddy Labossière, président de l’Aeh.

L’augmentation de la part de l’agriculture dans le budget serait très positive, parce que celle-ci a toujours été marginalisée dans le budget, alors que 50 % à 54% de la population travaille la terre, souligne-t-il.

Le fait que 95 % des investissements agricoles proviennent le plus souvent de l’aide internationale montre que l’État haïtien ne fait aucun effort pour promouvoir l’agriculture, critique-t-il.

D’autre part, c’est pour la première fois dans toute l’histoire de ce pays que nous avons un budget qui est financé à 75% par les ressources nationales, applaudit Eddy Labossière, saluant les efforts entrepris par le gouvernement pour réduire la contribution de l’aide internationale.

Pour arriver à financer le budget à 75% des ressources locales, il faudra vraiment une bonne volonté de l’État, estime-t-il.

Nous ne pouvons pas espérer grand-chose du fonds PetroCaribe parce que le coût du baril de pétrole va chuter puisque l’Iran compte s’ouvrir au marché international, anticipe-t-il.

Le prix du baril de pétrole Brent s’est élevé à $ 61.92 à l’échelle internationale en mars 2015, alors qu’il était en-dessous de 40 dollars américains en janvier 2015.

L’international n’a pas financé le budget cette année à cause des nombreux scandales de corruptions dans le pays, rappelle Labossière comme autres conséquences négatives.

Comment optimiser les ressources locales à partir de la douane ?, s’interroge l’économiste regrettant qu’une bonne partie de la douane ne soit pas contrôlée en vue de faire face aux problèmes de contrebande.

Ces problèmes vont probablement s’accentuer suite à la décision du Ministère de l’économie et des finances (Mef) d’interdire l’importation de 23 produits par voie terrestre, indique-t-il.

Le gouvernement haïtien a interdit l’importation des 23 produits par voie terrestre sur le territoire haïtien en vue d’un meilleur contrôle de qualité et de mieux assurer la sécurité de la population, indique une note du Mef, en date du 16 septembre 2015.

Ces 23 produits pourront être importés uniquement par voie maritime ou aérienne, a précisé la note. [nj emb gp apr 05/10/2015 12 : 10]