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Haïti : Vous avez dit élections ?

Ou quand l’USAID finançait un mouvement lié à Martelly, dans le contexte électoral controversé de 2010-2011
samedi 8 août 2015

Par Jake Johnston

Traduction d’un article publié en juillet dernier par Aljazeera autour de l’aide apportée par l’USAID à un mouvement lié à Martelly et sur la conjoncture électorale de 2010

Port-au-Prince, Haïti - L’Agence américaine pour le développement international a fait don de près de 100.000 $ à un mouvement politique haïtien ayant des liens étroits avec le président Michel Martelly lors des élections de 2010 en Haïti. C’est ce que révèlent des documents obtenus par Al Jazeera. L’argent a été alloué peu de temps après que Washington a aidé à renverser les résultats des élections qui ont propulsé Martelly au pouvoir.

Dans l’après-midi des élections du 28 novembre 2010 en Haïti, 12 des 18 candidats à la présidentielle s’étaient réunis au luxueux Hôtel Karibe, perché sur les montagnes qui entourent la capitale. Les élections ont été un gâchis frauduleux, ont-ils dit à un parterre de journalistes, et le seul moyen d’en sortir était d’annuler le scrutin et tout recommencer. Vite Port-au-Prince et d’autres villes ont plongé dans le chaos lorsque des milliers de jeunes Haïtiens, la plupart vêtus de rose, synonyme de Michel « Sweet Micky » Martelly, gagnèrent les rues pour dénoncer une fraude électorale et simultanément annoncer la victoire de leur candidat, plusieurs jours avant même que les résultats officiels soient annoncés.

En plein milieu du chaos, les acteurs internationaux clés se mobilisèrent. Lors d’une réunion d’urgence à la maison du chef de la mission de maintien de la paix de l’ONU, Edmond Mulet, des diplomates bien en vue poussèrent alors le président René Préval à accepter leur offre d’un avion pour le faire sortir du pays et éviter de nouvelles confrontations. Mulet avait également contacté les candidats en tête de liste, y compris Martelly, en leur disant qu’ils avaient obtenu une place au second tour et de cesser les appels à l’annulation de l’élection. Quelques jours plus tard, lorsque le Conseil électoral a annoncé les résultats préliminaires dans lesquels Martelly ne figurait pas au second tour, des manifestants largement pro-Martelly envahirent encore les rues. L’ambassade américaine publia un communiqué mettant en question les résultats annoncés, alimentant ainsi les manifestations à Port-au-Prince.

La pression de ces manifestants pro-Martelly – le jour des élections et pendant les semaines suivantes – a été un facteur clé pour convaincre les Etats-Unis et d’autres acteurs internationaux d’intervenir dans les élections en Haïti et forcer l’autorité électorale à changer les résultats du premier tour, de manière à faire en sorte que Martelly reste dans le scrutin.

Selon de nombreux témoignages de première main, le Mouvement Tèt Kale (MTK), une organisation politique ayant des liens étroits avec Martelly, a été actif dans ces mobilisations de rue. Aujourd’hui, des documents obtenus grâce à la Loi américaine sur la Liberté d’Information révèlent que plus tard, le gouvernement américain a fourni près de 100.000 $ en soutien au MTK, à travers l’Agence américaine pour le Développement International (USAID). La branche de l’USAID qui a financé le MTK peut apporter un soutien à des groupes politiques, dans la mesure où ce support est fourni à tous les partis politiques de façon égale et n’influence pas les résultats des élections.

Le second tour de cette élection tenue en Mars 2011, a été la dernière élection tenue en Haïti. Les maires à travers tout le pays ont vu leur mandat arrivé à expiration en 2012 et ils ont été remplacés par d’autres nommés par Martelly, qui sont encore au pouvoir aujourd’hui. Toujours en 2012, un tiers du Sénat est parvenu au terme de son mandat ; sans de nouvelles élections. Cette situation a gravement entravé la capacité du Sénat à réunir un quorum pour légiférer.

Le 12 janvier 2015, au cinquième anniversaire du tremblement de terre, les mandats de l’ensemble de la Chambre des députés et d’un autre tiers du Sénat ont pris fin, laissant à Martelly le loisir de gouverner par décret.

Pendant tout ce temps, le gouvernement américain a soutenu le président. Le 11 janvier, alors que des dirigeants s’étaient lancés dans une course effrénée pour concocter un accord de dernière minute de façon à empêcher la dissolution du parlement, l’ambassade américaine a fait paraître une déclaration qui a été une douche froide pour ceux qui espéraient un accord. Même si aucun accord n’a été réalisé, a-t-elle écrit, « les États-Unis continueront à travailler avec le président Martelly et quelles que soient les institutions gouvernementales haïtiennes légitimes restées en place. »

Fonds d’aide aux groupes politiques

C’est à travers le Bureau des Initiatives de Transition (OTI), branche de l’USAID, notamment par l’entremise de Chemonics, une entreprise à but lucratif, que le soutien au MTK a été fourni. Le contrat de Chemonics avec l’USAID explique que son objectif principal est de « soutenir les objectifs de la politique étrangère des États-Unis. » En outre, tout en notant que le « OTI ne peut pas créer une transition ou imposer la démocratie », le bureau peut « identifier et soutenir des individus et des groupes clés ... Bref, l’OTI agit comme un catalyseur pour le changement là où il y a suffisamment de volonté politique de la part des autochtones ».

Dans le cadre des préparatifs de l’élection de Haïti, l’OTI a financé des campagnes visant à accroître la participation électorale des jeunes d’Haïti, ainsi que les premiers débats télévisés en Haïti et il a créé un site web pour suivre les nouvelles se rapportant aux élections et leur analyse. Il a également fourni des fonds à des organisations politiques d’opposition, selon un ancien conseiller technique qui a travaillé pour le programme OTI pour Chemonics et qui a parlé sous couvert d’anonymat en raison d’un accord de confidentialité avec l’entreprise. Le financement des partis politiques par l’USAID n’est pas en soi une violation de leur politique, même si elle est limitée. Les documents indiquant 100.000 $ en soutien au MTK ont expurgé les informations sur tout financement à d’autres groupes. La politique d’aide aux partis par l’USAID, conçue en 2003 sous l’administration de George W. Bush, encourage le soutien (PDF) à des partis politiques comme un moyen de favoriser des « amis et alliés » et de développer des relations avec de nouveaux gouvernements. Cette politique couvre également les ONG qui « opèrent de facto comme des partis politiques. »

Toutefois, le soutien n’est autorisé qu’à certaines conditions, y compris que tous les partis démocratiques reçoivent ”des niveaux d’aide équitables” et que le financement n’affecte pas les résultats des élections. Les dérogations doivent être obtenues auprès de l’administrateur de l’USAID pour tout financement en dehors du champ de la politique [de l’USAID]. L’attaché de presse de l’USAID, Lisa Simpson-Hibbert, a confirmé dans un courriel qu’aucune dérogation n’a été demandée en Haïti depuis le tremblement de terre.

« Il était très difficile d’être impartial », a dit l’ex-conseillère technique. À l’époque, le programme de l’USAID était exécuté à la fois par Chemonics et Development Alternatives Inc. (DAI). « Si un partisan de [Mirlande] Manigat approchait le DAI et demandait un soutien ... alors OTI demandait à Chemonics comment aider l’autre partie. » Un rapport (PDF) du Congressional Research Service en 2009 sur les activités de l’OTI a caractérisé cette branche de l’USAID d’« ouvertement politique » et a déclaré que tandis qu’elle est sujette à la politique d’aide aux partis, son travail se prête souvent à des enchevêtrements politiques qui peuvent avoir des implications diplomatiques. »

Assad Volcy, un porte-parole de la plateforme politique d’opposition « Pitit Dessalines », n’a pas été surpris lorsqu’il lui a été montré les preuves du soutien américain au MTK. « Ils donnent de l’argent pour contrôler le pouvoir », a- til dit.

Un mouvement électoral

En mai 2011, à quelques jours seulement de l’inauguration de Martelly, l’USAID a fourni $ 98,928 en aide au MTK. Selon la base de données des activités internes de Chemonics, le soutien était pour un nettoyage de la capitale « en prévision de l’inauguration présidentielle. » Chemonics et l’USAID ont refusé d’être interviewés sur cette affaire. Dans un communiqué envoyé par courriel, l’USAID a déclaré que des outils manuels avaient été fournis pour nettoyer les rues dans le cadre d’un programme « d’engagement civique »

Et Chemonics et l’USAID, dans des emails différents, utilisaient exactement le même langage pour décrire le MTK, appelant le groupe un « réseau d’organisations communautaires » - et non pas une organisation politique. Cependant, une personne qui était un membre du MTK de 2010 à 2014 et qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, a expliqué que dès le début le MTK « était un mouvement politique. » L’ancien membre du MTK a expliqué qu’avant l’élection, de nombreux Haïtiens avaient acheté des cartes d’adhésion roses se déclarant la Base de Michel Joseph Martelly (BMJM). Les cartes roses étaient censées obtenir des emplois aux gens avec le nouveau gouvernement ainsi que des réductions dans les commerces locaux. C’était aussi un moyen extrêmement efficace pour obtenir des renseignements personnels sur des milliers d’électeurs potentiels. À l’époque, les analystes ont noté la similitude avec les infâmes Tontons Macoutes, la brutale police secrète active sous la dictature de François « Papa Doc » Duvalier, qui avait un système similaire de cartes d’adhésion qui assurait patronage et privilèges à leurs détenteurs.

Le premier tour de l’élection était irrémédiablement voué à l’échec dès le début. Avec plus d’un million de personnes encore déplacées par le séisme et une épidémie de choléra balayant le pays, un désenchantement massif était prévisible, avec la plupart des électeurs potentiels gardant simplement la maison. Les premiers résultats publiés par l’autorité électorale placèrent Manigat et le successeur préféré de Préval, Jude Célestin, au deuxième tour des élections.

Pendant des jours, une multitude de partisans de Martelly sont descendus dans les rues de la capitale cherchant à placer leur candidat au second tour. Ils étaient vêtus de rose, leur couleur d’identification, et bruyamment déclaraient leur soutien au MTK. Ils étaient nombreux ceux-là qui également affichaient leurs cartes d’adhésion roses. Manigat, son rival éventuel au deuxième tour, avait traité de « milice rose » les partisans de rue de Martelly et averti de la menace à la tolérance politique qu’ils représentaient.

« Ce fut un mouvement électoral, » a eu à déclarer, lors d’une récente interview à Port-au-Prince, un membre actuel du MTK qui a occupé divers postes dans l’organisation et a parlé sous couvert d’anonymat pour éviter des représailles. « Après le premier tour, nous étions ceux-là qui protestaient dans les rues... C’est bien le mouvement qui a porté Martelly au pouvoir. »

L’ancien membre du MTK a rapporté qu’au début, les premiers membres avaient reçu des cartes BMJM ; mais que, après les élections, ils ont reçu de nouvelles cartes à l’effigie du MTK. Il a exhibé ses deux cartes aujourd’hui expirées.

Les pressions de rue et la pression diplomatique menée par les USA ont réussi à renverser les résultats du premier tour, ce que Ricardo Seitenfus, de l’Organisation des États américains (OEA) plus tard a décrit comme un « coup d’État silencieux. » Une mission venant nominalement de l’OEA, mais en réalité financée en grande partie et contrôlée par le gouvernement des États-Unis, selon les analystes, est allée en Haïti pour analyser les résultats. Ce que l’OEA a recommandé était sans précédent. Ne se basant sur aucune base statistique, la mission déclara que Martelly était arrivé second, évinçant Célestin du deuxième tour. Lors d’une réunion privée en 2011, le directeur de l’équipe des statistiques de l’OEA, Fritz Scheuren, a reconnu que, pendant toutes ses années [comme statisticien], il n’avait jamais vu ailleurs les résultats d’une élection inversés sans recomptage.

Dans une interview donnée chez lui, en Janvier 2015, dans le quartier historique de Pacot à Port-au-Prince, le Premier ministre de l’époque, Jean-Max Bellerive a déclaré que la première fois qu’il avait reçu le rapport de l’OEA sur les élections, il était clair que les conclusions auxquelles elle [l’OEA] était parvenue ne s’appuyaient sur aucune preuve. Selon Bellerive, pour Mulet, il était hors de question d’accepter un résultat plaçant Célestin au second tour. Hillary Clinton, la secrétaire d’État américaine à l’époque, a voyagé en Haïti à la fin de Janvier 2011 pour faire pression de façon à inverser le premier tour des élections.

« Nous avons essayé de résister et de fait avons résisté jusqu’à la visite de Hillary Clinton. Préval comprit alors qu’il n’y avait pas moyen pour lui de s’en sortir et a accepté » le rapport de l’OEA, a dit Bellerive.

La consolidation du pouvoir

Assis dans un bureau climatisé retranché dans Auction City, une maison de vente aux enchères située dans le riche quartier de Pétion-ville en Haïti, Georges Racine, le président du MTK, a défendu la mission sociale du groupe et a discuté de la relation entre le mouvement et le parti.

« Nous avons commencé l’organisation sur la base des besoins en Haïti, et nous avons donc commencé à former les premiers à avoir répondu à l’appel », a-t-il dit, ajoutant que l’objectif initial était d’avoir les premiers participants du MTK dans chaque localité en Haïti. Et des membres du groupe sont apparus aux côtés de la première dame haïtienne et actuelle candidate au Sénat, Sophia Martelly, lors de grands événements, comme le Carnaval. Ces membres ont été invités au Palais National à recevoir des certificats pour leur formation à titre de secouristes. « Au début, il y avait bien plus de soutien », a-t-il dit, mais maintenant « les sponsors ont peur d’appuyer l’organisation parce qu’ils la perçoivent comme une entité politique ».

Mais il a insisté que le MTK est « totalement distinct » du parti politique de Martelly, le Parti Haitien Tèt Kale (PHTK). Cependant, il n’en a pas été aussi sûr en 2012, après la formation du PHTK, lorsque Le Nouvelliste, le principal quotidien en Haïti, s’informa à propos des relations entre le MTK et le parti [PHTK]. « Je ne peux pas vous dire si c’est un mouvement, si c’est un parti. Contactez-moi lundi, et je serai en mesure de vous donner plus d’informations », a- t-il déclaré au journal.

Michel Martelly, un célèbre musicien de konpa qui fréquemment a effectué des prestations pour les membres de la brutale junte militaire d’Haïti sous Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier, a finalement émergé triomphalement des décombres d’élections entachées d’irrégularités en Haïti. Mais il l’a fait sans une vraie base politique. Ayant fait campagne sous la bannière d’un petit parti, Repons Peyizan, il a été élu sans alliés au Parlement et avec moins de 5 pour cent de l’électorat à avoir voté pour lui.

L’USAID a été prompt à souligner que le Mouvement Tèt Kale n’est pas la même chose que le Parti Tèt Kale, né en 2012 – un an après l’inauguration et la subvention. Mais Bellerive a expliqué qu’en Haïti, les politiciens accèdent aux postes, portés par la dynamique électorale, ensuite ils consolident leur parti. Il en a été de même avec Martelly, a-t-il dit.

Du quartier général du PHTK, retranché derrière une magnifique barrière et entouré d’une végétation luxuriante, le représentant du parti, Roudy Chute, a expliqué le rôle du MTK, la voix couverte par le bourdonnement d’un climatiseur. « Le MTK est un mouvement de campagne, mais nous avions besoin d’un parti politique, et le président a accepté, » a-t-il dit. « A partir du MTK nous avons donc formé le PHTK. »

« Après avoir formé le PHTK, certains ont voulu rester en dehors du parti afin de ne pas être limités à des activités auxquelles ils auraient à s’engager, » a-t-il dit. « Nous recevons de l’aide de l’extérieur ... le MTK existe parce que nous en avons besoin. »

Racine, qui est actif dans le PHTK, a reconnu que lors de l’élection lui et d’autres partisans ont formé le MTK pour « aider Martelly. » Interrogé sur son rôle de chef du MTK et son activisme politique, Racine a répondu qu’il « porte deux chapeaux. » Du couloir on apercevait une affiche de la campagne de Martelly en 2010. En 2011 Racine est devenue secrétaire d’État de l’Intérieur, le puissant ministère en charge de la sécurité intérieure ; mais il a ensuite tranquillement démissionné, suite à des controverses soulevées à propos de sa citoyenneté haïtienne.

En attendant de parler avec Racine, Al Jazeera a été témoin d’une voiture SUV avec vitres teintées et plaques d’immatriculation officielles en stationnement. L’épouse de Georges Racine, Magalie Racine, en descendit. Sa mère, une Fiyètlalo (Tonton Macoute) redoutable, a dirigé un camp de torture notoire pendant la dictature de François Duvalier, et les liens de famille avec des figures de cette époque sont profonds. Au début de 2013, elle est devenue ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture dont le ministère a été au centre d’allégations de corruption impliquant la famille présidentielle pendant des années.

Un soutien continu ?

Dans la cour d’entreposage du MTK, des boîtes de vêtements usagés étaient empilées sur au moins 15 pieds de haut, mêlées à des rangées de vieux appareils électroménagers et des meubles. Tandis que les camions allaient et venaient, déposant les marchandises et partant avec une nouvelle cargaison, un jeune homme aux alentours a expliqué que la plupart des équipements provenaient des douanes haïtiennes qui fournissent des marchandises saisies à Auction City et destinées à être vendues. Auction City est une grande cour de vente aux enchères et également le siège du MTK. Ce que Georges Racine a confirmé. Cette relation est antérieure à l’élection de Martelly.

Racine a d’abord déclaré que le groupe n’a reçu aucun fonds du gouvernement américain ; mais après la présentation des éléments de preuve du financement, il a reconnu que l’USAID a fourni un soutien juste après l’élection en 2011. « Après, ils ont cessé de le faire. Je pense que c’était par appréhension. Ils ne l’ont jamais dit, mais je soupçonne que c’était parce qu’ils nous percevaient comme un groupe politique », a-t-il dit. Quand la première fois il a approché le gouvernement des États-Unis pour financement pendant la campagne, les responsables ont offert de construire le premier centre du mouvement ; mais plus tard ils ont reculé, a-t-il dit.

L’USAID a confirmé par courriel que « c’est la seule subvention fournie par l’USAID / OTI au MTK, par le truchement de Chemonics,. » Mais que ce soit délibérément ou non, le gouvernement américain continue de fournir un soutien au mouvement. Racine a dit qu’il a eu de la difficulté à lever des fonds pour le MTK et que le principal support pour le mouvement en ce moment provient des ventes aux enchères à Auction City.

Depuis au moins 2003, l’ambassade américaine vend son vieux matériel, y compris les voitures, à travers Auction City, fournissant à Racine et à ses groupes politiques un soutien indirect de façon continuelle. Un ancien responsable de l’USAID, qui n’a pas été autorisé à commenter la relation [entre l’ambassade et Racine] et qui a demandé à ne pas être identifié, a confirmé que Racine « réalise de grandes ventes aux enchères, souvent de l’équipement de la communauté internationale, en particulier l’USAID ... Ils le connaissent très bien. »

Les prochaines élections

Sans un parlement fonctionnel depuis Janvier, Martelly a fait l’annonce de la tenue d’élections par décret, avec le premier tour des législatives prévues pour le 9 août. Pourtant, selon un récent sondage une majorité d’Haïtiens ont dit qu’ils ne croient pas que les élections auront lieu. Si elles ont lieu, le parti politique de Martelly sera dans une position de force.

Jean André Victor, le coordinateur de la plateforme de l’opposition MOPOD, a déclaré dans son petit bureau, encombré de vieux dossiers et de documents, que le gouvernement consolide son pouvoir dans le but d’affaiblir les partis d’opposition. « Des élections juste pour avoir des élections ne riment à rien, » dit-il. « Pour la communauté internationale, ce sera le grand Jour des élections, mais pour nous, c’est le processus qui compte.

Après avoir passé trois ans à la consolidation de son réseau, sans avoir déjà participé à aucune élection, le PHTK a pu enregistrer plus de candidats qu’aucun autre parti politique. Victor et d’autres affirment que près de la moitié des 128 partis politiques enregistrés sont étroitement alignés avec le parti du président, leur présence sur les bulletins de vote ne servant qu’à masquer et diviser le processus de vote.

Mais si le PHTK s’en sort avec succès, ce ne sera pas sur la base du soutien qui a porté Martelly à la présidence. La désillusion avec son gouvernement s’est vite installée. Un récent sondage a montré sa cote de popularité à près de 20 points de moins que la moyenne nationale dans le département très important de l’Ouest, abritant les nombreux quartiers pauvres d’où sont sortis ses partisans pour occuper les rues en 2010.

L’ancien membre du MTK s’est allongé dans sa chaise de jardin en plastique, sa frustration avec le mouvement était évidente. « Avant l’élection, ils sont vos amis, mais après, ils sont partis. Ceux-là qui cherchent le changement seront déçus ... Il n’y a pas de changement avec le MTK », a-t-il dit en secouant la tête.

Traduction approuvée par l’auteur