A travers Haiti

Haiti-Rép. Dom/Pnre : Inquiétude grandissante chez les migrants haïtiens dans les zones frontalières


mardi 16 juin 2015

Correspondance Pénia Bonicet

Anse-à-Pitres, 16 juin 2015 [AlterPresse] --- L’inquiétude grandit chez les migrants haïtiens vivant dans les régions frontalières dominicaines, et qui n’ont pas pu jusqu’à aujourd’hui s’inscrire au Plan national de régularisation des étrangers (Pnre), alors que le délai d’inscription arrive à terme.

A partir du 17 juin 2015, les non-inscrits au Pnre en République Dominicaine, encourent le risque de se faire rapatrier, croient les migrants, malgré un moratoire de 45 jours officiellement annoncé par le Dominicains.

Les migrantes et migrants haïtiens vivant à Pédernales et Oviedo (Sud-Ouest de la République Dominicaine) ont rencontré d’énormes difficultés pour trouver toutes les pièces requises pouvant leur permettre de s’inscrire au Pnre, selon les témoignages recueillis par AlterPresse.

Pour qu’un migrant haïtien sans papier puisse s’inscrire au Pnre, il lui faut une fiche d’achat qui dépasse 10 mille pesos (1.00 peso = 1.05 gourde), apprend-on.

De plus, la personne migrante doit avoir son passeport, sa Carte identification nationale (Cin), une fiche d’impôt, son acte de mariage, un certificat de bonnes vies et mœurs, un compte bancaire de 10 mille pesos, son contrat de loyer et la signature de sept témoins dominicains dans le quartier où elle réside.

Beaucoup d’haïtiens en situation irrégulière vivant à Oviedo, El Manuel, El Platon n’ont pas pu s’inscrire au Pnre, ni au Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (Pidih), à cause de la non disponibilité des pièces demandées auprès des autorités haïtiennes.

Le Pidih a été lancé par les dirigeants haïtiens le 21 juillet 2014.

« J’ai vécu toute mon enfance à El Platon, mon père est dominicain, je ne sais pas où est-ce que je vais trouver toutes ces pièces qu’on me demande (…) », déclare Carline Henry, une haïtiano-dominicaine, mère de trois filles et deux garçons.

« Depuis juillet 2014, j’ai payé mille pesos pour le dépôt des pièces. Je fais le va-et-vient (en vain) au consulat haïtien à Barahona pour obtenir un passeport. Je n’ai aucun espoir que je vais le récupérer à cause de la lenteur des autorités haïtiennes, je ne sais pas ce que je vais faire si on me rapatrie, je n’ai personne en Haïti », s’inquiète Henry.

Des dispositions sont mises en place par les autorités dominicaines pour se préparer à mettre à exécution le plan de rapatriements des migrants haïtiens et de Dominicains d’origine haïtienne.

Pris le 23 septembre 2013, un arrêt 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain a enlevé la nationalité dominicaine de plusieurs centaines de milliers de Dominicaines et Dominicains, d’origine haïtienne pour la plupart.

La Direction générale de l’immigration dominicaine effectue des travaux de construction d’un centre de transit à Pédernales et sur les autres frontières.

Des bus sont mis à disposition par le gouvernement dominicain pour pouvoir déporter les migrants haïtiens sans papier.

Le Corps spécialisé dominicain de sécurité frontalière (Cesfront) a également renforcé sa présence sur la frontière de Pédernales.

Ce mardi 16 juin 2015, le gouvernement haïtien entend donner des précisions sur son plan de contingence dans l’éventualité de rapatriements de milliers de compatriotes en situation irrégulière en République Dominicaine. [pb emb gp apr 16/06/2015 11:10]