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Haïti-Politique/Société : Le Rnddh et la Sofa s’élèvent contre la nomination de Josué Pierre-Louis comme secrétaire général de la primature

« Un personnage controversé, impliqué dans plusieurs scandales dont un dossier de viol contre sa subalterne, non encore élucidé »
lundi 2 mars 2015

Communiqué de presse du Rnddh et de la Sofa

Transmis à AlterPresse le 1er mars 2015

Le Président Martelly recycle son allié politique, Me Josué Pierre-Louis, en accord avec le Premier Ministre Evans Paul

Banalisation, abus de pouvoir, népotisme, tolérance, silence complice de la société, sont les meilleurs alliés de l’impunité structurelle qui gangrène notre société. Cette banalisation de l’impunité, est encore plus manifeste quand il s’agit de la violence liée au sexe, instrument puissant de la domination masculine.

La Solidarite Fanm Ayisyèn-SOFA et le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) élèvent la voix encore une fois contre la banalisation des actes et comportements répréhensibles des hauts fonctionnaires de l’Etat par les dirigeant-e-s étatiques.

Le gouvernement Martelly-Paul s’apprête à installer, ce lundi 02 mars 2015, M. Josué Pierre-Louis comme Secrétaire général de la Primature. M. Pierre-Louis, un personnage controversé, impliqué dans plusieurs scandales, dont un dossier de viol contre sa subalterne, non encore élucidé.

Cette nouvelle nomination de M. Pierre-Louis à occuper une haute fonction de l’Etat nous interpelle.

M. Josué Pierre Louis, qui agissait tantôt comme Conseiller spécial du Président Martelly, Ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Secrétaire Général du Palais National, puis Président du « Conseil Electoral Permanent-CEP/2012 » a fait l’objet de trois (3) scandales.

Les dirigeant-e-s n’ont jamais eu le souci de diligenter une enquête sérieuse pour que les Citoyens/Citoyennes sachent la vérité sur ces scandales. Au fait, les trois (3) pouvoirs de l’Etat - chaque entité en ce qui la concerne - n’ont pas su assumer cette responsabilité qui relève du droit à la justice et du droit à l’information.

Trois (3) scandales suite auxquels, le Président Martelly s’organise à recycler, M. Josué Pierre-Louis, son allié politique et membre influent du Parti Konvansyon Inite Demokratik (KID), duquel est issu le Premier Ministre Evans Paul.

Rappelons :

-  Octobre 2011, M. Josué Pierre-Louis, Ex-Conseiller spécial du Président, puis Ministre de la Justice et de la Sécurité publique, est accusé d’avoir ordonné l’arrestation d’un Député en fonction, le Député Arnel Belizaire ; enquête jamais conclue, il est mis à l’écart pour -être nommé l’année suivante, successivement, Secrétaire général du Palais national, Président du Conseil Electoral Permanent CEP-2012 ;

-  Août 2012, M. Pierre-Louis est désigné par le Président de la République pour représenter l’Exécutif au sein du « Conseil Electoral Permanent-CEP ». Malgré sa longue carrière professionnelle dans la Magistrature, dans la fonction publique ainsi que ses multiples expériences dans le système judiciaire haïtien et dans l’administration publique, il accepte d’assurer la présidence de ce CEP inconstitutionnel de six (6) membres ;

-  Novembre 2012, M. Pierre-Louis, lors Président du CEP, est impliqué dans un scandale sexuel, où une jeune femme, dont il est le supérieur hiérarchique, a porté plainte contre lui pour viol, accompagné d’agressions physiques perpétrées contre sa personne. Suite à l’action en justice de la plaignante, M. Pierre-Louis tente de s’expliquer, en évoquant, sans grande inquiétude, entretenir des relations amoureuses avec la jeune femme.

Les défenseurs de M. Pierre-Louis et ses alliés, comme arme de défense, ont lancé une farouche campagne de dénigrement contre la jeune femme. Une campagne à la faveur de laquelle, ils ont révélé des photos affichant M. Pierre-Louis dans des scènes pornographiques avec des jeunes femmes dans son espace de travail.

Il est tout aussi important de souligner, les tentatives de corruption par l’offre d’importantes sommes d’argent, de postes diplomatiques à l’étranger promis à la famille de la jeune femme, pour empêcher la poursuite du processus en justice. Une négociation qui aurait eu lieu au Bureau de M. Evans Paul, suivant les déclarations du père de la concernée. Cette dernière avait fini par signer un retrait de sa plainte en présence des avocats de M. Pierre-Louis.

Peu de temps après, en 2013, M. Josué Pierre-Louis est nommé à siéger en Belgique comme "Envoyé extraordinaire et plénipotentiaire d’Haïti auprès de l’Union Européenne et auprès du Royaume de Belgique".

Selon l’organe de presse La Libre Belgique (dans son numéro du 22 janvier 2015), son accréditation aurait été réfutée par la Belgique et l’Union Européenne.

Comment accepter que le Gouvernement haïtien puisse afficher une telle indifférence et se montre si irresponsable face aux trois (3) scandales dont fait l’objet M. Josué Pierre-Louis ?

En conséquence, par ce rappel historique, nous voulons :

a) En tant qu’Organisations de Défense des Droits humains, Droit des Femmes, Citoyennes/Citoyens responsables, dénoncer la nomination de M. Josué Pierre-Louis, à la fonction de Secrétaire Général de la Primature.

b) Attirer l’attention de la population sur cette nomination que nous considérons comme une insulte et une violation des Droits Humains et des Droits des Femmes, notamment le Droit à l’information.

Nous sommes stupéfié-e-s de constater que ce nouveau gouvernement crée dans un contexte pour rétablir la confiance des populations dans les institutions, ne fait que renforcer la méfiance avec cette nouvelle nomination.

Les femmes travaillant dans l’Administration Publique haïtienne ne se sentiront-elles pas en danger avec la présence de M. Pierre-Louis ? Le droit de cuissage ne risque-t-il pas de s’ériger en règle ? Tout compte fait, la récente nomination de M. Josué Pierre-Louis comme Secrétaire général de la Primature (2015), sans que la vérité soit établie par rapport à ces trois scandales, prouve une fois encore que l’Etat de droit prôné par ce gouvernement n’existe que dans les discours.

Ainsi, la Sofa et le Rnddh veulent interpeller la conscience de chacun et chacune et font appel à la vigilance citoyenne pour faire échec à tout type de violation des Droits Humains, des droits des femmes, et d’abus d’autorité.

De même, le népotisme, la corruption et le droit de cuissage ne doivent pas rester impunis.

Enfin, la Sofa et le Rnddh persistent à croire que les autorités étatiques, particulièrement le Parlement Haïtien, les Autorités judiciaires et l’Office de Protection du Citoyen –OPC doivent assumer leurs responsabilités face aux violations des droits des citoyens/citoyennes.

De plus, nous exhortons les Responsables concerné-e-s, lors du recrutement des cadres de l’administration publique, de se laisser guider par les valeurs de l’éthique, d’adopter des mécanismes de prévention et de contrôle, afin de garantir le respect des droits des fonctionnaires.

Pour la construction d’une Haïti socialement juste, nous devons vaincre l’indifférence. Chaque citoyen/citoyenne doit s’impliquer.

Port-au-Prince, 28 février 2015

Pierre ESPERANCE,
Directeur Exécutif Rnddh

Marie Frantz JOACHIM, Coordonnatrice Générale
Sofa