Perspectives

Haïti : Nouvelle mobilisation à l’Ile à Vache contre le projet « Destination touristique »


mercredi 4 février 2015

P-au-P, 4 févr. 2015 [AlterPresse] --- Des habitantes et habitants de l’Ile à Vache (Sud) projettent un mouvement de mobilisation, le samedi 7 février 2015, dans la perspective d’exiger le départ de la compagnie dominicaine Estrella, le retrait de l’arrêté présidentiel daté du 10 mai 2013 et le dédommagement de tous les habitants expropriés de l’Ile, apprend AlterPresse.

Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre d’une série de manifestations, engagée par l’organisation Konbit Peyizan Ilavach (Kopi) contre des expulsions forcées, entraînées par le projet dit de modernisation « Destination touristique Ile à Vache ».

« Nous avons repris la mobilisation qui avait été stoppée suite à mon arrestation, la mort du président de Kopi, Macdonald Lainé, des mandats d’amenés émis contre plusieurs membres de l’organisation, et des persécutions qui continuent sur l’île », affirme Jean Mathulnès Lamy, joint au téléphone par AlterPresse.

Le policier national Jean Mathulnès Lamy a été libéré, le vendredi 12 décembre 2014, après avoir été incarcéré au pénitencier national durant plus de 9 mois (le 21 février 2014).

Lancé le 20 août 2013, le projet prévoit la construction d’un aéroport international avec une piste de 2.6 kilomètres ; la construction de l’axe routier qui y mène ; le dragage du port, l’électrification et l’éclairage de toute la zone environnante ; la construction de plusieurs hôtels-ressorts (1,000 chambres), de 2,500 villas ; d’un centre communautaire ; d’une radio communautaire ; d’un centre d’urgence, ainsi que la mise en place d’infrastructures agricoles.

Le coût du projet s’élève à plus de 230 millions de dollars américains (US $ 1.00 = 48.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui).

Dans ce même arrêté, plus particulièrement dans l’article 2, la présidence proclame « possessions de l’État » toutes les propriétés et terrains de ces zones, ayant fait l’objet de bail ou de transactions entre particuliers, et ce, rétroactivement, soit cinq (5) années auparavant.

Cela signifie que l’État haïtien annule, de façon unilatérale, tout droit de propriété légale, qui découlerait soit de la vente, soit de l’affermage, ou de legs entre particuliers.

« Nous allons nous mobiliser pour que l’Etat haïtien dédommage la population de l’île pour leurs biens qui ont été détruits, notamment leurs jardins qui ont été saccagés », prévient Jean Mathulnès Lamy.

Le vendredi 23 janvier 2015, l’organisation Kopi avait pris la décision de stopper le travail de la compagnie Estrella.

Une situation, qui a été vite prise en main par les agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh), qui ont facilité le retour de cette compagnie sur les chantiers.

Certains membres de Kopi seraient sur une liste d’assassinat, affirme Lamy, parlant de répression de la police nationale.

Par ailleurs, par rapport à son statut de policier, l’institution policière aurait pris une sanction contre Jean Mathulnès Lamy, objet de mesures conservatoires.

« Jusqu’à maintenant, les travaux continuent sur l’ile », affirme l’un des responsables du service de communication du Ministère du tourisme et des industries créatives - maître d’œuvre de l’ensemble des projets qui se réalisent sur l’Ile -, joint au téléphone par l’agence en ligne AlterPresse.

Les firmes devraient remettre ces travaux à la fin de l’année 2015, a-t-il argué.

L’Île-à-vache, île de 55 kilomètres carrés au Sud d’Haïti, aurait été promise à des investisseurs du Qatar, de la République Dominicaine, de la Chine, de la région des Caraïbes, du Royaume-Uni et des États-Unis d’Amérique.

De Kay Kòk à Bale Raz, il est fort probable qu’il y ait entre deux à trois mille personnes victimes d’expropriation dans le cadre du projet.

Toutes les routes principales de l’Ile à Vache seraient détruites dans le cadre de ce programme d’aménagement de la commune. [jep kft gp apr 4/02/2015 10:30]