Perspectives

Haïti-Langue : L’Académie du Créole finalement installée, en l’absence de Martelly


vendredi 5 décembre 2014

P-au-P, 05 déc. 2014 [AlterPresse] --- Le recteur de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh), Jean Vernet Henry, a procédé, le jeudi 4 décembre 2014, à l’installation de 31 Académiciennes et Académiciens du Créole haïtien sur les 33 désignés jusqu’ici, en l’absence du président Joseph Michel Martelly.

Bien qu’il ait appelé le rectorat, la veille (le mercredi 3 décembre 2014) de la cérémonie, pour confirmer sa présence, Martelly ne s’est, finalement, pas présenté le jour-J. Auparavant, il avait argué d’un agenda chargé pour exiger un report de la cérémonie d’installation des Académiciennes et Académiciens du Créole.

Plusieurs des nouveaux Académiciens, qui résident à l’extérieur du pays, ont fait le déplacement en Haïti pour participer à la cérémonie d’installation.

Cependant, trois ministres du gouvernement de Laurent Lamothe ont répondu présents. Il s’agit de Rose-Anne Auguste, ministre déléguée auprès du premier ministre chargée des droits humains et de la lutte contre la pauvreté extrême, Wilson Laleau, ministre du commerce et de l’industrie, et de Monique Rocourt, ministre de la culture.

L’événement du 4 décembre 2014 a également eu lieu en absence des académiciens Lainy Rochambeau et Jacques Max Manigat.

« Il faut se réjouir de ce grand pas, que le peuple haïtien ainsi que tous les autres peuples sur terre, qui parlent le Créole, sont parvenus à faire sur le chemin de la libération de leur langue et de leurs âmes », indique Fritz Deshommes, vice-recteur de l’Ueh.

Pierre Michel Chéry, le porte-parole des 33 Académiciennes et Académiciens du Créole, critique le fait que « le journal officiel du pays, Le Moniteur, ne contient pas une version créole, [langue] que tout le peuple haïtien parle.

Cette situation mérite une correction rapide.

L’Académie du Créole est appelée à encourager l’Etat à prendre de meilleures décisions, adopter de bonnes lois, mettre de l’ordre dans la situation linguistique au sein de la fonction publique en Haïti ».

Il n’est pas normal que plus de 65% de la population ne peut pas lire un acte de naissance, ni une prescription de médecin, ni un papier notarié, déplore Chéry, qui a dessiné l’urgence d’une politique conséquente de l’éducation, articulée à une autre vision dans l’apprentissage.

« La mission de l’Académie du Créole, c’est d’encourager la production dans la langue Créole, faire des recherches sur la langue Créole, permettre que la langue ait un très bon rayonnement, pour que les institutions étatiques ou privées l’utilisent convenablement, faire l’inventaire des ressources humaines qui produisent dans la langue, travailler pour les institutions régionales, se servir de la langue Créole pour l’intégration de toutes les sociétés créolophones ».

L’installation du Conseil des Académiciennes et Académiciens du Créole est un pas en plus, dans la construction de l’identité haïtienne en tant que peuple, considère Max Elibert, l’un des représentants du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj).

« L’Académie est un satellite, qui est là pour guider, orienter le développement du pays, en tout sens », ajoute Elibert.

Le représentant du Cspj espère qu’avec l’Académie du Créole, les instruments juridiques du pays, les codes, les lois, les arrêtés, les décrets, les jugements, pourront se faire en Créole également.

« L’Académie du Créole doit jouer un rôle important sur le plan national et international. Sur le plan national, il doit encourager l’Etat à définir une politique linguistique, qui aura sa base dans la réalité sociale et économique du pays », proclame le recteur de l’Ueh, Jean Vernet Henry.

La population d’Haïti représente 65 %, des 13 millions de personnes qui parlent le Créole dans les Caraïbes, rappelle Henry, appelant à l’intégration du Créole dans la communauté économique caribéenne (Caricom).

En 2013, Martelly a soulevé l’ire des intellectuels et de plusieurs secteurs, lorsqu’il a demandé l’intégration du Français dans les activités de la Caricom, une langue (le Français) que seule la république d’Haïti utilise, parmi tous les pays de l’organisation régionale.

Martelly a, ensuite, longtemps tergiversé, avant de publier la loi relative à l’Académie du Créole haïtien.

Souhaitant la participation de Martelly, dans la cérémonie d’installation des membres de cette institution, le comité de l’Académie du Créole a annulé la date initiale d’entrée en fonction (28 octobre 2014) des 33 Académiciennes et Académiciens.

Michel Martelly a, de plus, annulé une rencontre officielle, prévue le mercredi 3 décembre 2014, avec ces derniers, avant de finalement bouder leur installation.

Outre un représentant du Cspj, un seul membre du parlement, le député Fredly Georges, a assisté à la cérémonie du jeudi 4 décembre 2014. [jep kft rc apr 05/12/2014 9:50]