Rendez-vous Culture

14 mai 1944 - 14 mai 2014

Haïti-Culture : Le Centre d’Art renait au printemps de ses 70 ans


lundi 1er décembre 2014

Par Jean Elie Paul

P-au-P, 1er déc. 2014 [AlterPresse] --- Le Conseil d’administration du Centre d’Art a marqué, le vendredi 28 novembre 2014, la renaissance de cette institution, dans le cadre d’une double célébration : les 70 ans (14 mai 1944 - 14 mai 2014) de ce berceau de l’art haïtien ainsi que sa réouverture moins de cinq ans après sa destruction le 12 janvier 2010, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

« Contrairement à une rumeur qui a circulé, le Centre d’art n’est pas mort. Li p ap janm mouri, li te anba dekonm, (il ne mourra jamais, il était enseveli sous les décombres), mais il était bien vivant », a clamé la présidente de la Fondation Connaissance et liberté (Fokal), Michèle Duvivier Pierre-Louis.

Il a fallu des efforts conjugués du staff et du conseil d’administration pour sauver les collections, ce patrimoine artistique d’une grande valeur, et pour garder vivante la mémoire de 70 ans d’une épopée artistique unique, a-t-elle souligné.

La commémoration des 70 ans de cette institution survient dans un tournant tout à fait spécial, propice à l’art : l’exposition au Grand Palais en France, l’entrée de Dany Laferrière à l’Académie française, le prix Femina à Yanick Lahens, le festival 4 chemins, l’art plastique, le théâtre, la littérature, la musique et toute la créativité haïtienne en plein essor, a encore signalé Michèle Duvivier Pierre-Louis.

Un lieu symbolique de la création

Le Centre d’Art a joué un rôle fondamental dans l’histoire de la peinture haïtienne.

Il a été reconnu d’utilité publique en 1947, alors qu’il a été créé, en 1944, sous l’impulsion de l’aquarelliste américain Dewitt Peters.

« A la fois galerie et espace de formation, le Centre d’art est un lieu de brassage social unique en Haïti : intellectuels, autodidactes, artisans et visiteurs étrangers de renom s’y croisent », indique un document sur le Centre d’art.

Une exposition de planches, de portraits et de photos de différentes personnalités, qui ont marqué ce patrimoine culturel, a accueilli les invités lors de la réouverture du vendredi 28 novembre 2014.

Le Centre d’art a permis l’éclosion de plusieurs générations d’artistes de renom, tels Hector Hyppolite, Rigaud Benoit, Georges Liautaud, Edouard Duval-Carrié.

Aux nouvelles générations d’artistes, Michèle Duvivier Pierre-Louis demande de continuer de créer, d’inventer, et d’étonner, se disant certaine que « veillent toujours l’ombre des anciens et les esprits de tous les autres qui enseignent la beauté », à l’instar de Wilson Bigo et de son Coq, de Georges Liautaud et de son taureau, de Jasmin Joseph et de son lapin.

« Le Centre d’art a eu un rayonnement extraordinaire. Nous avions profité, par une conjonction d’éléments, à créer quelque chose d’exceptionnel. C’est le village de Noailles, qui est l’un des héritages de la première génération des artistes du Centre d’Art, qui dure jusqu’à aujourd’hui et qui permet à un village de créer et de fonctionner », a argué, pour sa part, Axelle Liautaud, l’une des membres du conseil d’administration du Centre d’art.

Pour la présidente de la fondation Daniel et Nina Carasso, Marina Nahmias, « le Centre d’art, c’est avant tout la voix du peuple haïtien. Les artistes, qui ont fait son histoire, sont autant de porteurs de mémoire et de porte-parole de l’avenir rêvé pour ce pays ».

Le film « Le Centre d’art de Port-au-Prince. Emergence et Renouveau » d’Anne Lescot a été projeté en vue de retracer l’histoire du Centre.

Les membres du conseil d’administration du Centre d’art sont Axelle Liautaud, Mireille Perodin Jérôme, Lorraine Mangonès, Nathalia Alcindor, Antonio Joseph père et fils, Marie Josée Nadal, ainsi que deux ressortissants américains, Kay Heller et Beverley Sullivan, absents lors de la célébration.

Un hommage a été rendu à Antonio Joseph, le doyen du Centre d’art, à qui une petite sculpture de Nacius Joseph a été remise.

Michèle Duvivier Pierre-Louis a également rendu hommage à Francine Murat (2 décembre 1918 - 25 février 2010), pour avoir, pendant plus de cinquante ans, tenu le Centre d’art.

« Le 12 janvier 2010, le bâtiment du Centre d’art n’était plus. Le chauffeur du Centre d’art et la voiture étaient ensevelis sous d’autres décombres. Dans les semaines qui suivirent, Francine Murat, la directrice dévouée, et Jacques Laroche, membres du conseil d’administration du Centre d’art, disparurent, eux aussi », a rappelé Duvivier Pierre-Louis.

Toute une série d’activités est prévue, du dimanche 30 novembre au vendredi 19 décembre 2014 pour marquer la réouverture officielle du Centre d’art. [jep kft rc apr 1er/12/2014 10:24]