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Haïti-Droits des femmes : Martelly maladroit sur la question de l’avortement


mardi 4 novembre 2014

P-au-P, 03 nov. 2014 [AlterPresse] --- Des organisations féministes, dont la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) et Fanm Deside (Femmes décidées), rappellent au président d’Haïti, Michel Martelly, que l’avortement pour être un « choix personnel » comme il l’affirme sur les plateaux de TV5 Monde, doit être dépénalisé.

Une dépénalisation amènera la pratique de cette opération médicale dans des conditions respectueuses de la vie, soutiennent-elles.

Martelly a répondu aux questions des journalistes de TV5 Monde/Le Monde/ Radio France international (Rfi) au terme de son récent séjour en France.

A une question de Sophie Malibeaux de Rfi sur le tabou entourant l’avortement, Martelly titube, soupire, hésite pendant 5 secondes avec une moue d’un interlocuteur embarrassé, puis lance, peu convaincant : « pour moi c’est une question de choix…personnel (aidé par la journaliste) ».

Quoique les journalistes rappellent au chef de l’Etat qu’il est interdit par la loi de son pays d’avorter, Martelly persiste : « je vous parle de moi ».

Le président haïtien dit ne pas « tranche[r] cette question », « ce dossier sensible » mais s’affirme comme partisan de la vie. « Je suis pour la vie », répète-t-il la main sur le cœur.

Olga Benoit de la Sofa estime que Martelly a cherché « vainement à évacuer la question » et regrette qu « ’il n’ait pas saisi l’occasion d’exprimer clairement sa position sur l’avortement. Car dire que c’est un choix, tout le monde le sait, tout le monde peut le dire ».

Rappelant que l’avortement est quand même la troisième cause de mortalité maternelle en Haïti, Olga Benoit assimile les propos « flous et ambigus » de Martelly à « un manque de responsabilité de l’autorité étatique qu’il représente ».

En 2013, à l’ouverture d’un atelier sur l’avortement, la titulaire du ministère de la santé publique et de la population a souligné qu’en Haïti on compte 630 cas de mortalité maternelle pour chaque 100 mille naissances vivantes.

« Se faire avorter, dans bien des cas est un choix personnel certes, mais l’acte doit être dépénalisé pour qu’il puisse sortir de la clandestinité dans laquelle il se pratique », commente Marie Ange Noel de Fanm Deside, précisant que Martelly ne peut pas « juste donner son avis comme le plus simple des citoyens ».

Sur sa page Facebook, l’Initiative pour un développement équitable en Haïti (Ideh) écrit « L’avortement est une question de choix en Haïti selon le Président de la République. Ce n’est tout même pas ce que dit l’article 262 du code pénal Haïtien ».

Cet article punit de « réclusion » quiconque « par aliments, breuvages, médicaments, violence, ou par tout autre moyen, aura procuré l’avortement d’une femme enceinte, soit qu’elle y ait consenti ou non ».

Si l’avortement est réussi, la même peine est prévue pour la femme enceinte.

« Les médecins, chirurgiens et les autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens qui auront indiqué ou administré ces moyens, seront condamnés à la peine des travaux forcés à temps, dans le cas où l’avortement aurait eu lieu », stipule également l’article 262 en question.

Pour « changer la loi » qui punit l’avortement, le président ne veut apparemment pas se jeter à l’eau, pour lui « ça dépend des parlementaires ».

Fanm Deside en profite pour inviter le parlement à « plancher » sur pareille proposition de loi voulant dépénaliser l’avortement.

Mais le président Martelly aurait-il eu vent qu’en mai 2013, le Mspp a organisé un atelier de deux jours autour de la question de l’avortement et que sa dépénalisation a été au cœur des débats ? Sait-il que le mouvement féministe haïtien fait un plaidoyer sur la légalisation de l’avortement ?, s’interroge Benoit de la Sofa.

En tout cas, la dernière sortie du président Martelly sur l’avortement, son embarras à se positionner reflète toute la controverse qui enveloppe le débat sur l’avortement en Haïti. [efd kft gp apr 3/11/2014 15 :15]