Perspectives

Haïti-Duvalier : Secteurs politiques et sociaux en faveur de funérailles privées


jeudi 9 octobre 2014

P-au-P, 8 oct. 2014 [AlterPresse] --- Plusieurs partis politiques et mouvements sociaux ont élevé la voix contre l’idée d’accorder des funérailles nationales à Jean Claude Duvalier, quoiqu’aux dernières nouvelles les autorités semblent faire retrait sur cette possibilité.

Duvalier ne représente pas un modèle et l’honorer c’est cracher sur les familles des victimes, condamne le secrétaire général de la Fusion des sociaux-démocrates, Rosemond Pradel, interrogé par AlterPresse.

« Nous ne comprenons pas pourquoi ce pouvoir veut donner à un dictateur pareil des funérailles nationales. On donne un hommage national à des citoyens ayant fait le bien dans un pays, des gens-modèles, défendant des intérêts nationaux », fait-il remarquer.

« Comme symbole, c’est mauvais », cela aura un impact négatif sur les valeurs et la jeunesse de ce pays, met en garde Pradel.

Assassinats, exils et dislocation familiale sont les principaux méfaits du régime dictatorial de Duvalier, rappelle la Fusion.

L’idée d’organiser d’éventuelles funérailles nationales pour l’ex-dictateur a suscité une vive polémique au niveau national et international.

Une pétition en 4 langues contre des funérailles nationales pour Jean-Claude Duvalier a obtenu à son lancement plus de 900 signatures, le mardi 7 octobre 2014, et 1200 en 24 heures.

« La mort de Jean Claude Duvalier, c’est la mort d’un tyran, d’un oppresseur du peuple haïtien. Mais avec cette mort le duvaliérisme et les séquelles de ce régime sur notre pays ne disparaissent malheureusement pas. La disparition du tyran doit servir à raviver notre devoir de mémoire. », lit-on dans la pétition.

Un appel est lancé au chef de l’Etat élu, Michel Joseph Martelly, pour qu’il « respecte la mémoire et la dignité du peuple haïtien en s’abstenant de cautionner par des funérailles nationales la dictature, la violence et l’oppression qui ont meurtri Haïti ».

L’Organisation du peuple en lutte (Opl) se dit également contre des funérailles nationales pour l’ancien président, qui pourraient affecter les personnes victimes sous le régime sanguinaire et barbare des Duvalier.

Toutefois, des funérailles officielles discrètes peuvent être accordées à Duvalier parce que c’est quand même un ancien chef d’Etat, concède t-il.

La famille de Duvalier, elle-même, devrait opter pour des funérailles officielles mais privées, estime le coordonnateur de l’Opl, Sauveur Pierre Etienne, appelant le gouvernement à un bémol sur ce sujet.

On devrait faire le procès du régime criminel des Duvalier au lieu de faire uniquement le procès d’un homme, estime t-il.

Le dictateur Jean Claude Duvalier ne doit avoir « ni funerailles offiicielles ni funerailles nationales », exige la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa).

Pendant son régime, Duvalier a fait assassiner plusieurs milliers d’hommes et de femmes, indique cette organisation féministe.

Le combat pour la justice n’est pas terminé, car le régime de Duvalier doit être jugé, soutient Sofa, demandant dédommagement pour les familles, victimes d’actes d’assassinats, de viols de la part du régime de Duvalier.

« Un dictateur, un tyran, un criminel comme Duvalier qui a commis tant de crimes ne mérite pas de funérailles nationales », affirme Guy Numa, membre du Mouvement démocratique populaire (Modep).

En plus, Duvalier n’était pas un président élu par le peuple, rappelle t-il.

Il regrette que l’ancien dictateur n’ait pas eu le temps de comparaitre devant la justice en personne pour les crimes commis contre l’humanité sous son règne.

L’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier est l’objet de poursuites pour crimes économiques et crimes contre l’humanité, depuis son retour en Haïti, le 16 janvier 2011, après un exil de 25 ans en France.

Modep appelle à une mobilisation nationale au cas où il y aurait des funérailles nationales pour Duvalier.

La mort de Duvalier ne doit pas arrêter les enquêtes et les poursuites concernant les milliers de personnes tuées, torturées, arrêtés arbitrairement et disparues sous son régime, met en garde Amnesty International.

Dans ce dossier, les autorités haïtiennes doivent faire preuve de volonté politique pour enquêter sur les personnes soupçonnées de responsabilité pénale pour les violations des droits humains, souhaite l’organisation.

N’ayant pas pu répondre correctement à la justice haïtienne, il reste désormais à Duvalier de faire face à la justice divine, espère la dirigeante du parti Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (Rdnp), Mirlande Manigat, jointe au téléphone par AlterPresse.

Le Rdnp « s’incline devant la dépouille mortelle de Duvalier » et présente ses condoléances à sa famille et ses amis, affirme la dirigeante du parti, qui n’a pas voulu réagir sur l’idée du gouvernement d’organiser, éventuellement, des funérailles nationales pour Duvalier.

Pour le moment, la consigne est de ne pas entrer dans le débat concernant la possibilité d’organiser d’éventuelles funérailles nationales pour Duvalier, précise le coordonnateur du Mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod), Jean André Victor.

La position officielle du Mopod a été d’encourager la poursuite des criminels et la lutte contre les persécutions politiques, tient-il, toutefois, à rappeler.

Une source gouvernementale requérant l’anonymat a écarté ce 8 octobre toute possibilité de funérailles officielles ou nationales pour l’ex tyran. « Ni funérailles officielles, ni funérailles nationales », a déclaré la source à AlterPresse.

Mais cette décision n’a toujours pas été rendue officielle à travers un communiqué.

Selon des informations recueillies par AlterPresse, l’entourage du président Michel Martelly serait tenté par ces hommages officiels. [emb kft gp apr 8/10/2014 14 :25]