Regard

Amérique latine (Haïti) : La fin du patriarche colombien Gabriel Garcia Marquez !


vendredi 18 avril 2014

Par Roody Edmé *

Spécial pour AlterPresse

Le célèbre écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez a écrit, le jeudi 17 avril 2014, à 87 ans (né le 6 mars 1927, il est décédé à Mexico le jeudi 17 avril 2014) la dernière page du roman de sa vie.

L’auteur, Prix Nobel de Littérature en 1982, qui aura marqué la littérature mondiale, spécialement celle de notre région, a été l’incarnation vivante des forces profondes qui ont agité, pendant plusieurs décades, l’Amérique latine.

Révolutionnaire dans l’âme, écrivain prolifique, Gabo a été sur tous les fronts et de tous les combats !

On le retrouve au début des années 1960, collaborant à la création de l’Agence de presse, Prensa Latina, créée par la révolution cubaine, pour faire front, sur le plan idéologique, aux attaques de la grande presse américaine contre les révolutionnaires de la Sierra Maestra rentrés victorieux à la Havane (Cuba).

Il s’est battu pour la liberté d’opinion dans son pays, la Colombie, mais aussi au Guatemala, à Mexico, et partout sur ces terres de feu et de magie qui forment cette Amérique latine rebelle et irréelle dans son histoire, ses mythes, ses caudillos et ses guerilleros.

L’auteur des « Cent ans de solitude » et de « chronique d’une mort annoncée » est le meilleur story teller de la sous-région. Il a ce don de faire du récit une véritable jubilation et son phrasé a le débit des fleuves tropicaux.

Son imagination embrasse tous nos fantasmes et sait décrire, avec profusion, les mille et une histoires qui peuplent le vécu latino-américain et caribéen.

Comme Dany Laferrière, il a nourri son imaginaire des histoires que lui contait sa grand-mère et qui enchantaient ces nuits. Ces légendes immortelles de nos territoires en souffrance, de nos terres ensanglantées et de nos espérances têtues.

Il a su les traduire dans une langue riche et belle, qui rendait, chaque fois, hommage à l’art d’être un scribe.

Il a rendu, troublantes de vérité, dans son roman « Pas de lettre pour le colonel », ces paroles de Marthe Robert : « Le roman n’est jamais ni vrai ni faux, il ne fait que suggérer l’un ou l’autre. Le mensonge le plus innocent étant aussi le plus voyant… le roman n’arrive à convaincre de ses relations avec la vérité que lorsqu’il ment à fond ».

Marquez, le militant, l’ami de Yasser Arafat, de Fidel Castro ou Hugo Chavez, n’est jamais tombé dans une littérature de slogan ; sa verve se nourrissait de la sève de la pampa ou de la forêt amazonienne.

Il croyait, comme Sartre, que le roman ne donne pas les choses, mais leurs signes.

Celui qui, pendant longtemps, a combattu pour sa propre survie contre un cancer lymphatique, a écrit un texte autobiographique aux accents inoubliables, « vivir para contarla », ou encore : « Mémoires de mes putains tristes », un texte osé sur les amours interdits d’un vieil homme.

Il y a eu une constante dans la vie du patriarche : sa passion pour l’amour et la vérité.

Journaliste et passionné de cinéma, il a conté la vie sur toutes ses coutures, surtout celles qui saignaient et qui faisaient mal. Mais l’amour a toujours primé, même au temps du choléra.

Il a aussi joué un rôle dans les diverses tentatives pour négocier une issue acceptable à la longue guerre civile qui déchire, depuis longtemps, son pays, la Colombie.

Gabriel Garcia Marquez est un grand écrivain, mais surtout un grand humaniste.

Le dernier intellectuel engagé ?

* Educateur, éditorialiste