Perspectives

Haïti-Île-à-Vache : Absence de communication et réponse répressive du gouvernement, confirme une enquête indépendante


vendredi 4 avril 2014

P-au-P, 04 avril 2014 [AlterPresse] --- Au lieu d’engager une véritable communication sur le projet de développement touristique avec les habitantes et habitants de l’île, les autorités gouvernementales ont préféré apporté une réponse répressive aux revendications, confirment les résultats d’une enquête indépendante, conduite par huit organisations de défense des droits humains sur la situation de tension à Île-à-Vache (Sud).

Outre des rencontres ratées - entre, notamment, la titulaire du ministère du tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin et les responsables d’organisations de l’île - les autorités ont renforcé la présence policière sur l’île.

Elles n’ont pas pu donner d’explications convaincantes à la population sur le projet touristique envisagé.

« Une absence flagrante de communication entre les initiateurs du projet de développement touristique, à savoir le gouvernement en place, et la population (…) », souligne le rapport d’investigation des organisations dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Comme l’ont évoqué plusieurs comptes-rendus de presse, une telle situation ouvre la porte à une vague de « peur », suivant les données recueillies par les organisations de défense de droits humains.

Une quarantaine de policiers nationaux, du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo) et de la Brigade d’intervention motorisée (Bim), sont déployés à Madame Bernard, principale localité de l’Île-à-Vache.

« Ce renforcement (de la présence policière...) a eu pour conséquence la multiplication des actes de répression contre la population », lit-on dans le rapport d’investigation.

Cette disposition institutionnelle a contribué à une augmentation des cas d’arrestations et à la bastonnade de plusieurs habitants.

« Violences physiques », « menaces armées » et d’autres contraintes figurent parmi les violations de droits humains, liées à l’accroissement de l’effectif policier sur l’île.

Une des femmes, frappées par les policiers lors des manifestations, souffre encore d’une hémorragie, signale le rapport d’enquête.

Aucune des activités, mises en œuvre dans le cadre du projet, n’a jusqu’à présent reçu l’approbation de la population.

Les organisations de défense de droits humains, qui ont réalisé l’enquête, appellent les autorités, en particulier les deux chefs de l’exécutif Joseph Michel Martelly et Laurent Salvador Lamothe, à travailler, de préférence, pour le respect des droits « à la santé, à l’éducation, au travail (…) » des habitantes et habitants de l’Île-à-Vache.

Le gouvernement devrait « dédommager les personnes victimes d’expropriation et de destruction de champs », et « impliquer la population dans les différentes phases de la mise en œuvre et le suivi du plan » de developpement touristique.

Les autorités doivent aussi mettre en place « une formation ultra intensive pour les habitantes ethabitants de l’île, en vue de créer une main d’œuvre qualifiée ».

Les 8 organisations de défense de droits humains recommandent des sanctions contre les agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh), soupçonnés de participation aux actes de violence sur la population.

Le 10 mai 2013, un arrêté présidentiel a décrété l’Île-à-Vache et l’étendue du territoire maritime « zones réservées et zones de développement touristique ».

Les habitantes et habitants, qui souhaitent le retrait de cet arrêté, n’ont toujours pas obtenu de garantie de la part du gouvernement central.

Le réseau national de défense des droits humains (Rnddh), la plateforme des organisations haitiennes de défense de droits humains (Pohdh), la Commission épiscopale nationale (catholique romaine) justice et paix (Jilap), la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr), Défenseurs Sans Frontières de Droits Humains (Desafrodh), Défenseurs des opprimés (Dop), Fòs refleksyon ak aksyon sou koze kay (Force de réflexion et d’action sur le logement, FRAKKA) et la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement Alternatif (Papda) sont les organismes auteurs de cette investigation.

Elle a été conduite du mardi 11 au jeudi 13 mars 2014. [apr 04/04/2014 1:55]