Regard

Regard (Chronique hebdo)

Nelson Mandela : Un modèle de grandeur et d’humilité


jeudi 5 décembre 2013

Par Roody Edmé *

Soumis à AlterPresse le 5 décembre 2013

Nelson Mandela est mort. Et la planète entière lui fait un magnifique bouquet d’humanité. Aux quatre coins du Monde, on célèbre un homme qui a marqué l’Histoire par son engagement au service de ses frères noirs d’Afrique du Sud, mais aussi et surtout par sa foi dans un meilleur destin pour l’Humanité toute entière.

Ce qui fait de Madiba un modèle exceptionnel, c’est en plus de son courage sa verticalité de leader guidant son peuple, mais aussi et surtout c’est très rare, un homme politique qui a un grand souci de construire et de respecter les institutions de son pays. Rares sont les leaders qui, jouissant d’un tel charisme, ne l’auraient pas utilisé à des fins personnelles.

Un Robert Mugabe au Zimbabwe a terni son passé de militant pour l’émancipation de son peuple à travers les ombres d’une politique néfaste, et il existe pléthore de leaders qui, incarnant l’espérance de toute une nation, nonobstant les difficultés qu’ils ont eu à confronter, ont sombré dans les eaux glacées de l’opportunisme politique.

Mandela sort, en 1990, de sa prison de Robben Island, avec le statut incontestable d’un leader mondial, qui avait à ses pieds tout un peuple entièrement voué à sa personne et à sa lutte.

Il a su garder une humilité, un sens du compromis dans la plus grande fermeté. Sans jamais transiger sur l’essentiel, il a su négocier pour le bien de son peuple, et établir par ainsi les fondements de la nation la plus puissante d’Afrique, devenue la nation arc-en-ciel.

Mandela a été toute sa vie un exclu et un prisonnier d’Etat. Rappelons qu’en 1940, il l’a été de l’Université pour s’être joint au boycott dénonçant les conditions de vie des étudiants noirs.

D’abord un pacifiste avéré, il fonde devant l’ampleur des massacres contre ses frères noirs la branche armée de son parti. Malgré tout, le combattant magnanime qu’il est encourage beaucoup plus les sabotages que les assassinats.

Libéré de prison, le prisonnier le plus célèbre du monde plaide pour l’intégration de tous et affirme sans démagogie lutter contre la domination blanche et la domination noire.

Capable d’auto-critique, il se permet publiquement de revenir sur certaines erreurs commises par son administration.

La mort de Mandela, par delà le concert de louanges qui vont entourer la vie du personnage, doit servir aux vivants que nous sommes encore.

Elle doit nous faire méditer sur les qualités qu’il faut à un vrai chef. Elle doit nous enseigner que le courage seul n’est pas une vertu politique.

Il y a d’autres qualités comme le respect de l’opinion de l’autre, le sens du sacrifice pour le bien commun, le refus du reniement des valeurs que l’on a incarnées, la victoire sur son ego fusse-t-il aussi immense que la planète.

La force de caractère et une hygiène de vie qui font que l’on est un modèle et que le verbe, la parole politique se transforme en actes bienfaisants et non en sulfureuse confusion qui réduit en cendres les rêves les plus nobles.

Merci Madiba de nous avoir toujours fait croire que l’espérance pouvait triompher de l’injustice.

………..

* Enseignant, éditorialiste