Perspectives

28 octobre, journée internationale de la langue Créole

Haïti-Langue : Les préjugés de Martelly bloquent la création de l’Académie du Créole, selon plusieurs organisations


mardi 29 octobre 2013

P-au-P, 29 oct. 2013 [AlterPresse] --- La loi sur la création de l’académie de la langue Créole est toujours coincée dans les tiroirs de la présidence, depuis son vote, à deux reprises dans les mêmes termes en 2012 (renouvelé en 2013, malgré les contestations du président Joseph Michel Martelly) par les deux chambres du parlement.

Cette position de Martelly est mue par ses préjugés et discriminations contre le Créole, la langue de la majorité nationale, estiment plusieurs secteurs.

L’attitude du président Joseph Michel Martelly retrouve celles et ceux qui, « pleins de préjugés, continuent à croire, à tort, que le Créole n’est pas une langue », relève Sony Estéus, directeur exécutif de la société d’animation et de communication sociale (Saks) et membre du comité d’initiative de l’académie du Créole.

Croire que la seule langue, parlée par la plus forte partie de la population, n’en est pas une, c’est affirmer, du même coup, que ces gens ne sont pas des humains, selon Journo Lafalaise, membre de l’ Asosyasyon kominikatè ak kominikatèz Popilè (Akp) une organisation d’universitaires qui fait la promotion de la langue Créole.

Sur la non-publication, jusqu’à date (octobre 2013) de loi sur l’académie de la langue Créole, Lafalaise juge le comportement de Martelly « discriminant ».

Lanbi Akp (de Akp) est la seule des trois revues scientifiques de la Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh) à être produite complètement en Créole.

Dans un premier temps, le président a fait objections, prétextant ne pas avoir reçu la version française de la loi.

Les parlementaires ont revoté la loi dans les mêmes termes.

Martelly n’a légalement plus d’autre choix que de promulguer la loi, ce qu’il se refuse à faire jusqu’ici.

Les 18 et 19 février 2013, lors de la 24e rencontre intersessionnelle de la Communauté économique des Caraïbes (Caricom) en Haïti, Martelly a fait la proposition du Français, comme langue de travail de l’organisation régionale, au lieu du Créole.

Un non-sens, tout de suite dénoncé par des universitaires et promoteurs du Créole, puisque seule la république d’Haïti a le Français pour langue officielle au sein de la Caricom, alors que plus de la moitié de la population de l’organisation régionale parlent Créole.

Il a été, finalement, décidé d’introduire l’interprétation française lors des réunions de la communauté.

Dès 1987, la Constitution haïtienne dans son article 213, a exigé la création d’une académie haïtienne avec pour mission « de fixer la langue créole et de permettre son développement scientifique et harmonieux ».

Un comité d’initiative a été formé.

Il est composé, entre autres, de l’Université d’État d’Haïti (Ueh) ; du Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp) ; de la Secrétairerie d’État pour l’alphabétisation (Sea) ; la Faculté de linguistique appliquée (Fla) de l’Ueh ; la Confédération nationale des vodouisantes et vodouisants haïtiens (Knva en Créole) et la Société d’animation et de communication sociales (Saks).

A l’occasion de la journée internationale de la langue et de la culture Créole, plusieurs organisations d’étudiantes, d’étudiants et d’autres universitaires ont écrit au conseil exécutif de l’Ueh pour lui exiger de la cohérence dans la « démarche en favorisant l’utilisation réelle du Créole à l’université ».

Akp, le Collectif des étudiants haïtiens en linguistique appliquée (Cehla), le Centre d’étude et d’intervention en travail social (Ceits), le Cercle d’étude en littérature gramscienne (Celg) sont quelques organisations qui demandent au rectorat de commencer, au moins, par exiger que tous les documents administratifs de l’Ueh soient écrits en Créole et en Français. [efd kft rc apr 29/10/2013 9:15]