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HaitiWebdo Semaine du dimanche 8 au samedi 14 septembre 2013

Haïti–Politique : L’exécutif en pèlerinage, le parlement et la rue se mobilisent


mercredi 18 septembre 2013

P-au-P, 18 sept. 2013 [AlterPresse] --- Dans un contexte, marqué fondamentalement par l’échéancier électoral, le président de la république, Joseph Michel Martelly - en panne de capacité de convocation - est obligé de marcher vers l’opposition, relève l’agence en ligne AlterPresse.

Entre temps, 4 jours durant, le premier ministre Laurent Salvador Lamothe s’est tourné vers l’Europe : Belgique, la France et l’Union européenne.

Il semble que l’exécutif voudrait acculer l’Organisation des Nations Unies (Onu) sur l’épidémie du choléra.

Après la « faute morale » évoquée par l’ambassadeur auprès de l’Onu, Denis P. Regis, c’est le premier ministre en personne qui parle de « responsabilité morale ».

Comme si l’exécutif voulait une chose et son contraire. Une manifestation d’un regroupement de l’opposition est réprimée par la police nationale d’Haïti (Pnh).

Et les présidents des deux chambres du parlement haïtien appellent à la mobilisation populaire contre Martelly et son équipe, sur le point, selon eux, de dirigerle pays par décret.

Martelly chez les partis politiques : feinte ou volonté réelle de dialogue ?

Depuis le mercredi 11 septembre 2013, Martelly a entamé une série de visites à des dirigeants de partis politiques de l’opposition, pour parler des élections et de la requête d’évaluation de la possibilité d’organiser des élections fin 2013, qu’il a adressée à l’Organisation des États américains (Oea).

Des voix, comme celles de Marie-Denise Claude (regroupement politique Inite), dénoncent une demande (aux partis politiques rencontrés) de soutien du président dans son plan de dissoudre le parlement.

D’autres rappellent combien Martelly, « fin comédien » est expert en « ces sorties théâtrales ». Elles prennent, en référence, les visites chez les anciens présidents de la république.

Au cours de cette même semaine, Martelly ne s’est pas empêché de déclarer qu’il « est le seul chef qui décide de ce qui doit se faire ».

Martelly a déjà rencontré Serge Gilles de la Fusion des sociaux démocrates haïtiens, Evans Paul du parti Konvansyon Inite Demokratik (Kid) et des dirigeants de l’Organisation du peuple en lutte (Opl).

Que rapporte Lamothe d’Europe ?

La tournée de 4 jours du premier ministre Laurent Lamothe en terres européennes semble avoir donné quelques résultats.

L’Union européenne a confirmé s’engager pour 532 millions d’euros envers Haïti, entre 2014 à 2020.

Lamothe s’est entretenu avec de hautes personnalités, dont le premier ministre français, Jean Marc Ayrault, le ministre français d’outre-Mer, Victorin Lurel, le secrétaire général exécutif du Service européen pour l’Action extérieure de l’Union européenne, Pierre Vimont, le président de l’organisation internationale de la francophonie (Oif), le sénégalais Abou Diouf.

La Belgique, la France et les bureaux de l’Union européenne à Bruxelles ont été les destinations de Lamothe, du mardi 10 au vendredi 13 septembre 2013.

Martelly serait invité à faire une visite d’État, en France, par le président français François Hollande.

Lamothe n’a pas raté l’occasion pour présenter la candidature d’Haïti pour l’organisation, en 2016, du sommet des chefs d’État de la francophonie.

On dirait que ce gouvernement est piqué par la passion d’organiser des événements internationaux.

Mais qu’est-ce que cela rapporte concrètement au pays, si ce n’est le gonflement démesuré de l’ego de l’administration politique actuelle ?

Quel est le dessein de l’exécutif dans le dossier choléra ?

Le gouvernement aurait tenté de dialoguer avec l’Onu sur la nécessité de s’excuser formellement auprès des victimes du choléra, a révélé le premier ministre haïtien Laurent Salvador Lamothe, au cours de sa tournée européenne.

Ces tentatives se sont soldées par des échecs.

Lamothe a même expliqué que l’organisation mondiale a « une responsabilité morale évidente » dans la lutte contre le choléra.

Le 28 août 2013, le gouvernement haïtien - par l’entremise de son représentant à l’Onu, Denis P. Regis - signalait « la faute morale » de la Mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah) dans l’introduction (à partir de la mi-octobre 2010) du vibrio cholerae dans le pays.

Pourtant, le 19 octobre 2012, le même gouvernement, par le biais de son ministre des affaires étrangères, Pierre Richard Casimir, a même tenté de blanchir la MMinustah dans cette affaire.

D’aucuns se demandent qu’est-ce qui explique cet entêtement soudain, de l’actuelle administration politique, à responsabiliser l’Onu dans l’introduction du choléra en Haïti, au beau milieu du mandat de 5 ans du président Martelly ?

Peut-on protester contre le gouvernement en Haïti ?

Le 12 septembre 2013, les gaz lacrymogènes et les matraques d’une unité du Corps d’intervention et de maintien de l’ordre (Cimo) de la police nationale d’Haïti (Pnh) ont fait comprendre à un regroupement de l’opposition les difficultés à surmonter pour protester contre le mode de gestion de l’équipe au pouvoir.

Le Mouvement patriotique (des partis politiques) de l’opposition démocratique (Mopod) réclamaie la libération des « prisonniers politiques » Enold et Josué Florestal, l’annulation du mandat d’amener et de l’interdiction de départ lancées contre Me. André Michel, avocat des frères Florestal, et l’exigence de justice et réparation pour la mort, le 13 juillet 2013, du juge d’instruction Jean Serge Joseph.

Cependant, le samedi 14 septembre 2013, à l’appel du regroupement « collectif pour libérer Haïti », des centaines de manifestantes et manifestants ont pu, sans incidents, faire une grande démonstration hostile à Martelly dans les rues du Cap-Haïtien (à 248 km au nord de la capitale Port-au-Prince).

Le parlement appelle la rue en renfort contre Martelly

Le lundi 9 septembre 2013, dans son discours de clôture de l’année législative, le président de l’Assemblée nationale, le sénateur Simon Dieuseul Desras a appelé à la mobilisation populaire, pour sauvegarder les acquis démocratiques et assurer la protection du parlement contre les tentations autoritaires du président de la république.

Martelly est soupçonné de vouloir dissoudre le parlement le 2e lundi du mois de janvier 2014 (soit le lundi 13 janvier 2014).

Le vice-président de l’assemblée nationale (président de la chambre des députés), Jean Tholbert Alexis s’est déclaré « solidaire des propos » de Desras.

Martelly détesterait-il le Créole ?

A l’occasion de la journée internationale de l’alphabétisation, le dimanche 8 septembre 2013, la société d’animation et de communication sociale (Saks), le Centre de recherche et d’action pour le développement (Crad) et l’Institut culturel Karl Lévêque (Ickl) ont exigé du président Joseph Michel Martelly la publication de la loi sur l’académie du Créole haïtien dans le journal officiel Le Moniteur.

Alors que toute la population haïtienne parle le Créole, Martelly préfère se battre pour demander l’adoption de la langue française au sein de la communauté des États des Caraïbes (Caricom).

Ce qui semble plaire à la France.

Plusieurs mois après, le ministre français d’Outre-Mer, Victorin Lurel, a confié au premier ministre Lamothe (en visite en France) qu’il remercie Martelly pour ce geste. [efd kft rc apr 18/09/2013 11:45]