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HaitiWebdo, du dimanche 21 au mercredi 31 juillet 2013

Haïti-Conjoncture : Un carnaval pour quoi faire ?


mercredi 31 juillet 2013

P-au-P, 31 juil. 2013 [AlterPresse] --- Joseph Michel Martelly est à son quatrième carnaval en deux ans d’exercice de la présidence en Haïti.

Nostalgie d’un ancien chanteur, bien connu pour ses excès et sa grivoiserie, ou stratégie politique ?

En Haïti, l’histoire prouve que cette manifestation artistique a aussi des vertus politiques, comme celles de faire oublier des problèmes fondamentaux ou de sujets brulants de l’actualité impliquant les autorités.

Pendant que le carnaval des fleurs à la filiation duvaliériste détrône la triste commémoration du débarquement des yankees le 28 juillet 1915, le mouvement social haïtien a fait acte de mémoire.

Le carnaval dit "des fleurs", semble-t-il, n’a pas suffi à faire oublier la cruciale question des élections sénatoriales et des collectivités territoriales.

Les victimes du choléra, qui ne désarment pas, traquent l’organisation des Nations Unies (Onu) devant un tribunal newyorkais. Et le plan d’éradication de cette épidémie est encore dans l’impasse.

Le carnaval des fleurs roses : le bilan

3 jours de festivités au Champ de Mars à Port-au-Prince. 12 groupes musicaux pour créer l’animation pour des milliers de personnes et prendre une trêve avec l’insoutenable quotidien.

Des yeux ébahis devant des carrosses faits par des artisans haïtiens et des oreilles soulagées de l’absence des décibels infernaux des discs jockeys sur les stands.

Deux morts et plus de mille fêtards, dont 4 enfants en bas âge, sont soignés pour des malaises, des blessures à l’arme blanche, des accidents, par les services infirmiers.

Environ 2 millions de dollars étasuniens ont été mobilisés pour d’hypothétiques retombées économiques.

Pourtant, concrètement, les élections pointent à l’horizon, tandis que des compatriotes - victimes dans le séisme du 12 janvier 2010 - croupissent encore sous les bâches ignobles.

Faut-il aussi rajouter, au bilan, le mépris de l’histoire en organisant une fête populaire un 28 juillet (débarquement des marines en Haïti) et le 29 juillet (anniversaire de création des tontons macoutes, sbires des Duvalier) ?

Le mouvement social haïtien a bonne mémoire

Autour du thème, « occupation d’hier, occupation d’aujourd’hui : quelle leçon à tirer pour la lutte de libération du peuple haïtien ? », le mouvement social haïtien a marqué les 98 ans du débarquement des marines en Haïti, le 28 juillet 1915.

Le 28 juillet 2013, malgré le vacarme insouciant des préparatifs du carnaval des fleurs, les professeurs d’université Georges Eddy Lucien et Didier Dominique ont prononcé une conférence à la faculté d’ethnologie.

Ils ont tenté d’expliquer les causes de l’occupation hors des sentiers battus des causes internes.

Cette occupation a été comprise comme « tentative pour résoudre la crise du système capitaliste à cette époque », comme ce fut le cas dans d’autres pays latino-américains.

Au total, 8 conférences-débats ont été tenues dans différentes communes du pays à l’appel de plus d’une dizaine d’organisations, dont Ayiti Djanm, Kay Fanm, Mouvement démocratique populaire (Modep), Tèt kole ti peyizan ayisyen, la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) et le parti Kanpèp.

En plus de « l’occupation téléguidée » de l’oncle Sam depuis 1934, le défi majeur n’est-il pas « la libération d’Haïti de la domination étrangère » ?

Succession d’enquêtes sur la mort du juge Jean Serge Joseph

Au Québec, une quatrième enquête est lancée pour clarifier les circonstances de la mort du juge Jean Serge Joseph, qui était en charge du dossier d’accusation de corruption et d’usurpation de fonction de Sophia Saint-Rémy et d’Olivier Martelly, respectivement épouse et fils du chef de l’État haïtien, Michel Martelly.

C’est le bureau du Coroner (officier de police judiciaire) du Québec, qui a diligenté l’enquête sur ce magistrat, citoyen canadien d’origine haïtienne décédé officiellement d’accident vasculaire cérébral, le samedi 13 juillet 2013.

Sur des radios privées de Port-au-Prince, Fritz Joseph, un frère du juge décédé, privilégie la thèse de l’empoisonnement, selon des informations dont il serait en possession.

Il a tout de même précisé ne pas encore détenir le rapport d’autopsie.

A partir du portable de modèle iphone 4S de son frère, Fritz Joseph promet de démontrer que les réunions des mercredi 10 et jeudi 11 juillet 2013 ont bel et bien été tenus au cabinet Lissade à Port-au-Prince.

Deux enquêtes au parlement haïtien, une au conseil supérieur de la police judiciaire, cherchent à établir les faits et fixer les responsabilités dans la mort du magistrat.

La Minustah et le choléra en Haïti

Plusieurs victimes du choléra veulent engager des poursuites judiciaires devant des tribunaux nationaux de pays (en dehors d’Haïti).

L’un de leurs avocats, Mario Joseph, prépare une plainte à déposer devant un tribunal de l’État de New York aux États-Unis, ou éventuellement dans d’autres juridictions d’autres pays.

Les victimes ne semblent pas avoir l’appui de l’actuelle administration politique.

Les 2,5 millions de dollars américains (US $ 1.00 = 44.00 gourdes : 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui), annoncés par l’Onu en aide à la lutte contre le choléra dans le pays, sont jugés insuffisantes par le bureau onusien des affaires humanitaires en Haïti (Ocha).

Le manque de financement du plan d’éradication de l’épidémie pourrait causer que le choléra reste endémique dans le pays pendant longtemps.

De janvier 2011 à juin 2013, le pays est passé de 285 centres de traitement du choléra à 28.

Raisons : manque de financement et retrait de la majorité des acteurs qui opéraient dans le secteur.

De surcroit, l’un des deux grands centres de traitement d’excrétas post-séisme est aujourd’hui fermé.

Contre l’homophobie des sectes protestantes

Des voix se sont élevées pour protester contre les dérives homophobes de la société haïtienne, aiguisées depuis la marche des sectes protestantes contre la communauté gay, le vendredi 19 juillet 2013.

Tout en se positionnant contre le mariage entre homosexuels, la Mission sociale des églises haïtiennes (Misseh), dans une note en date du 24 juillet 2013, condamne « énergiquement » l’agression contre deux prétendus homosexuels, le 19 juillet dernier, lors de la marche anti-gay.

Le jeudi 25 juillet 2013, des organisations de défense des droits humains ont tiré également la sonnette d’alarme sur l’intolérance et la stigmatisation des homosexuels, depuis qu’ils ont décidé de prendre place, à visière levée, dans l’espace public haïtien.

Les droits des homosexuelles et homosexuels ainsi que leur dignité humaine doivent donc être respectés, ont soutenu les signataires.

La plateforme groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (Garr), l’Action citoyenne pour l’abolition de la torture (Acat), le Mouvement des femmes haïtiennes pour le développement (Moufehd), les Défenseurs des opprimés (Dop), entre autres, ont signé le document. [efd kft rc apr 31/07/2013 10 :45]