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Haïti-Rép. Dominicaine : Bévues bilatérales


samedi 22 juin 2013

Débat

Par Edwin Paraison*

Soumis à AlterPresse le 21 juin 2013

Un différend commercial surgit entre les deux pays se partageant l’île, à propos de l’existence de la grippe aviaire H5N2, provoqua, en 2008, l’interdiction de l’importation de produits avicoles dominicains en Haïti.

À cette occasion, en tant que sortie alternative à la situation, les techniciens des deux parties avaient convenu d’un protocole qui comprenait un élément fondamental : la certification internationale des firmes dominicaines, intéressées à maintenir leurs opérations en Haïti.

Sous prétexte du caractère informel, marquant les échanges commerciaux s’effectuant à la frontière, la partie dominicaine n’a jamais rempli cet engagement pendant cinq ans.

C’est également le cas pour Haïti, dans d’autres aspects de l’agenda bilatéral.

Il est compréhensible que les traumatismes du tremblement de terre et du choléra maintiennent, dans un état d’alerte, les autorités haïtiennes. C’est ce qui pourrait avoir causé la prohibition précipitée du 6 juin 2013, pour les mêmes produits énumérés ci-dessus.

Selon des responsables haïtiens, cette mesure controversée proviendrait d’une confusion, à partir des rapports des médias et de l’Ambassade d’Haïti à Santo Domingo, sur le type de grippe détecté aujourd’hui en République Dominicaine.

Face à ce constat, la partie dominicaine est évidemment restée perplexe devant cette ambiguïté : d’ un côté, l’on reconnaît qu’il n’y a pas de grippe aviaire ; de l’autre, on rappelle qu’il y a une interdiction en vigueur, tout en sachant fort bien que les œufs et la volaille se vendent sans restriction en Haïti, en particulier après le tremblement de terre de janvier 2010.

En outre, ces produits n’ont pas été mentionnés dans l’annonce irréfléchie de la fermeture des marchés binationaux de juin 2012, faite par Port- au- -Prince.

D’où, une pluie de spéculations.

Par ailleurs, le contexte et le caractère unilatéral de la disposition haïtienne ont provoqué, en République Dominicaine, un malaise compréhensible.

Cependant, les virulentes réactions nationalistes de divers secteurs dominicains, en particulier de hauts fonctionnaires, anciens et actuels, qui ont tenté d’ignorer le droit des dirigeants haïtiens à prendre des mesures appropriées pour protéger leur population ou leurs producteurs, allant jusqu’à les dénigrer en les traitant d’ ingrats, avec eux le peuple haïtien en général, ont provoqué des « contre réactions » similaires en Haïti.

Dans ce contexte, les deux gouvernements ont été respectivement soutenus selon les "intérêts nationaux".

De leur côté, comme l’ont fait, à quelques reprises, les camionneurs transfrontaliers, les acteurs de la filière avicole - qui contrôlent seulement entre 5 et 7% du commerce binational -, appuyés par des personnalités politiques et des directeurs d’opinion, ont lancé des actions visant à la fermeture de la frontière.

Une possibilité, intelligemment rejetée par le chef d’État dominicain.

Il est entendu que c’est une idée insensée, qui allait devenir un boomerang pour la République Dominicaine et affecterait également le pays voisin, l’objectif stratégique étant de surmonter l’impasse pour ne pas nuire à d’autres secteurs d’exportation ou d’échanges.

Contrairement à la gestion faite par l’ambassade dominicaine à Port-au-Prince, Haïti, avec une mission diplomatique à Santo Domingo qui semble décapitée, n’a pas pu et n’a pas su expliquer publiquement les raisons techniques du maintien de l’interdiction d’ importation de 2008 et sa réaffirmation aujourd’hui.

Aucune précision, non plus, en rapport à l’engagement - face à la délégation ministérielle dominicaine, qui s´est rendue à la capitale haïtienne - de discuter du dossier au prochain conseil des ministres, qui n’a pas encore eu lieu jusqu’à présent, non par mauvaise foi, mais à cause de la situation politique interne.

Ainsi, laisse-t-on croître l’animosité, hautement médiatisée, contre la communauté haïtienne dans le pays, par des appels répétés de rapatriements massifs.

Au milieu de la maladresse et de l’incompréhension mutuelles, la demande officielle dominicaine, au cours des dernières négociations, de la levée "sans conditions" de l’interdiction d’Haïti, a été mal digérée à Port-au-Prince.

Pendant ce temps, les communautés frontalières interdépendantes sont les premières à payer le coût d’un manque de volonté politique d’aborder le problème, de façon réaliste, et de conclure des accords, à partir de l’espace de dialogue appelé Commission mixte bilatérale, sur les thèmes les plus complexes de l’agenda-haïtiano dominicain : migration et commerce.

Au-delà de la gesticulation diplomatique, le plus grand impact de cette situation est l’érosion de la confiance.

Il est approprié que les deux parties s’attellent à reconstruire leurs relations.

Dans les circonstances actuelles, le premier pas devrait venir de l’Ouest, avec un appel téléphonique du président haïtien à son homologue dominicain.

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*Prêtre anglican, ancien diplomate en RD, actuel Directeur Exécutif de la Fondation Zile, organisation binationale de promotion de la solidarité, la paix et la coopération entre les deux peuples de l’île /Santo Domingo 22 Juin 2013 - Ancien ministre des Haïtiens vivant à l’étranger.

 

 

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