Perspectives

Haïti-Duvalier : La cour d’appel contestée par la defense, le dossier porté en cassation

Plusieurs organisations appellent à la mobilisation pour prévenir toute opération de "blanchissement" de Duvalier
mardi 19 février 2013

P-au-P, 19 févr. 2013 [AlterPresse] --- Alors qu’une mobilisation semble en cours, au niveau national et international, pour aboutir au jugement de "Baby Doc", le dossier de Jean Claude Duvalier a été porté devant la cour de cassation, plus haute juridiction haïtienne qui rend des décisions sans aucune autre possibilité de recours, apprend AlterPresse auprès de Reynold Georges, avocat de Duvalier.

Le pourvoi (ou recours) en cassation annulerait ainsi la séance en appel prévue pour ce jeudi 21 février, précise t-il, alors que l’ex-dictateur était attendu en personne à la cour d’appel.

Selon Reynold Georges, la défense conteste la « compétence de la cour d’appel » à poursuivre le dossier.

En réclamant la comparution physique de Duvalier, en reconnaissant la partie civile, qui défend les victimes ayant porté plainte pour crimes contre l’humanité, la cour d’appel aurait franchi la ligne rouge, aux yeux de Me. Georges qui dit avoir déposé toutes les pièces le lundi 18 février 2013.

L’avocat justifie également son recours par le fait que « des morts ont été signifiés », à l’image de Simone Ovide Duvalier (mère de Jean-Claude Duvalier) et de Gérard Prophète.

« Ces gens sont morts depuis des lustres », affirme t-il, moqueur.

« On n’appelle pas les morts au tribunal. En plus, ils n’ont même pas l’autorisation de Baron Samedi [’’lwa’’ du panthéon vaudou, gardien des cimetières] », plaisante t-il encore.

« Ce qui me fait plaisir, c’est qu’ils n’ont pas osé signifier François Duvalier », ajoute t-il, provocateur.

Des organisations nationales et internationales sont pourtant mobilisées à l’approche de la séance à la cour d’appel, qui devrait avoir lieu ce jeudi 21 février 2013.

Amnesty International et Human rights watch, qui suivent le dossier depuis les premières plaintes déposées début 2011, ont annoncé la présence, sur place en Haïti, de leurs délégués à partir du mercredi 20 février 2013, notamment.

Suite à l’ordonnance de non lieu concernant les crimes contre l’humanité émise en 2012, les victimes avaient fait appel.

Jusqu’à la dernière séance, le dossier a été dominé par le refus des avocats de Duvalier de le reconnaître.

L’ex-dictateur ayant, en même temps, fait appel de l’ordonnance invitant la justice à le poursuivre pour crimes économiques, objet d’une plainte de l’État haïtien, la défense a souhaité surtout que la cour d’appel rejette ces conclusions.

Une décision, qui reviendrait à blanchir totalement Jean-Claude Duvalier de tous les faits de crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés, durant son administration politique (21 avril 1971 - 7 février 1986).

Il faut, à tout prix, éviter un tel scénario, appellent le mouvement démocratique populaire (Modep), le cercle en littérature gramscienne, Tèt kole ti peyizan ayisyen et six autres organisations qui ont publié une note commune.

« Si nous ne nous mobilisons pas, les victimes du régime ‘’macoute’’ n’obtiendront pas justice, et la dictature naissante deviendra, pour nous, un fardeau », indiquent-elles.

Ces organisations sociales et universitaires associent le comportement de l’administration actuelle de Joseph Michel Martelly à "cette dictature naissante qui cautionne le silence de la justice autour des peines infligées à de nombreuses familles haïtiennes".

Elles font référence particulièrement au récent communiqué du ministère de la justice mettant en garde la presse, l’arrestation d’un député en fonction fin 2011, ou encore des agressions de partisans de Duvalier contre des manifestants. [kft rc apr 19/02/2013 11:50]