Dépêches

Haïti-Médias : La presse haïtienne dans le collimateur de l’exécutif


jeudi 14 février 2013

P-au-P, 14 févr. 2013 [AlterPresse] --- La note du dimanche 10 février 2013 du ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp) - évoquant le décret (anachronique) du 31 juillet 1986 sur la presse et des articles du code pénal, relatifs à la diffamation - ravive l’inquiétude des acteurs de la presse haïtienne quant à un retour des pratiques duvaliéristes.

« Cette note, qui menace la presse et d’autres secteurs de sanctions, suscite beaucoup d’interrogations sur une tentation d’un retour au passé, aux années de plomb des Duvalier », analyse l’association des journalistes haïtiens [et haïtiennes / Ajh], tranchante sur la question.

Ce décret-loi, pris avant la ratification de la Constitution du 29 mars 1987, rapporte celui du 31 mars 1980 sur la presse, adopté sous la présidence à vie du dictateur Jean Claude Duvalier. Il a été publié sous le conseil national de gouvernement (Cng) dirigé par Henri Namphy, général de l’armée réputé fidèle aux Duvalier.

Le préambule de ce décret-loi de 1986 « considère qu’il convient de rapporter le décret du 31 mars 1980 sur la presse et de le remplacer par une législation plus conforme aux normes démocratique en cours ».

En son article 10, il préconise une carte d’identité professionnelle pour les journalistes haïtiens.

Les journalistes devraient déposer au [ministère de l’information et de la coordination dans le texte du décret] « acte de naissance ; certificat de fin d’études secondaires (2e partie) ; diplôme Universitaire ou équivalent ; carte d’identification de journaliste, délivrée par un organe ou une entreprise de presse légalement enregistrés ; récépissé de la direction générale des impôts pour la patente requise ».

L’Ajh décèle, en filigrane, des relations entre la publication de la note du Mjsp et la bastonnade de deux (2) journalistes de la radio Rfm par des agents de l’unité de la sécurité générale du palais national (Usgpn), le mardi 12 février 2013 ainsi que l’expulsion, le samedi 9 février 2013, de l’équipe de la radio-télévision Caraïbes (Rtvc) au bal des reines, tenu sur les ruines du Palais Sans Souci à Milot (Nord).

Les journalistes de Rfm, Watson Phanord et Etzer César, ont été malmenés consciemment et en toute pertinence par leurs « bourreaux », selon la note de protestation de l’association.

« Les premiers éléments d’information laissent croire que les journalistes de la Rtvc ont été contraints d’éteindre leur camera et, du coup, vider les lieux sur demande d’un conseiller du président Michel Joseph Martelly, propriétaire d’un média et membre de l’Association nationale des médias haïtiens (Anmh) » selon le même document transmis à AlterPresse.

« Il y a délit de Presse lorsqu’un texte imprimé, ou une émission de radio ou de télévision, porte atteinte aux bonnes mœurs et à l’ordre », indique, en tout cas, l’article 18 du décret-loi de 1986 qui semble ouvrir une porte à certaines dérives se basant sur le « secret d’État » et la discrétion pure et simple des autorités.

Comme le relève l’Ajh , « des nuages semblent poindre à l’horizon ».

Mais, « nous ne devons absolument pas revenir à une civilisation de bouche cousue, de mutisme, de silence. En Haïti, pour aujourd’hui et demain, il faut que les bouches et les antennes restent ouvertes », signale le journaliste et éditeur de l’agence en ligne AlterPresse, Gotson Pierre, à l’occasion de la journée mondiale de la radio, le mercredi 13 février 2013.

Aussi, faut-il non seulement éviter de « tourner le bouton », mais aussi garder les yeux sur l’écran ou sur la page, et ne pas jeter la souris. [efd kft rc apr 14/02/2013 13:25]