Perspectives

Haïti-Remaniement ministériel : Cap vers... la même vision


jeudi 24 janvier 2013

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 24 janv. 2013 [AlterPresse] --- Le gouvernement actuel entend maintenir ses mêmes orientations socio-économiques et politiques dans la gestion du pays à travers le remaniement ministériel opéré le mardi 22 janvier 2013, estiment plusieurs acteurs de la vie nationale.

Le directeur exécutif de la plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Padda), Camille Chalmers, croit que ce remodelage n’apportera aucun changement dans le paysage politique, social et économique du pays.

Sept nouveaux ministres ont fait leur entrée au gouvernement, le mercredi 24 janvier 2013, et de nouveaux directeurs ont été aussi nommés.

L’économiste pense que le gouvernement va introduire ces nouveaux ministres à l’intérieur de choix politiques et économiques déjà arrêtés qui ne contribuent pas à améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.

« Il n’y a aucune volonté du gouvernement de corriger ses orientations politiques à travers ce remaniement », pense t-il.

Des revendications multiples de divers secteurs relatives aux questions de l’insécurité alimentaire, de logement et de l’agriculture restent et resteront sans réponse, prévient-il.

Les doléances des comités de camps de personnes déplacées ont été adressées au gouvernement comme la priorité à accorder au droit au logement au niveau des politiques sociales et la mise sur pied d’une secrétairerie d’État et d’un ministère du logement, rappelle t-il.

« Nous avons constaté la mise en place de secrétaireries d’État qui n’ont rien à voir avec cette priorité », déplore le professeur indiquant une absence de prise en compte des revendications de la population à travers ce remaniement ministériel.

Remaniement mal ciblé ?

Pour le député Sadrac Dieudonné, le remaniement ministériel ne touche pas les secteurs clés susceptibles de résoudre les problèmes du pays comme le chômage, la vie chère, la corruption, l’insécurité.

Les changements opérés dans les ministères de la communication, de la culture, de la jeunesse et des sports ne peuvent contribuer à changer la situation sociale de la population, avance Dieudonné.

Ce remaniement est cosmétique et n’apporte pas une vision nouvelle, souligne-t-il.

Il dit s’attendre, après le remplacement du ministre de la communication, Jean Gardy Ady, à plus de propagande gouvernementale.

En ce sens, il appelle la société civile et les partis politiques à ouvrir les yeux de la population pour qu’elle puisse se mobiliser pour le respect de ses droits.

Des reconductions insultantes...

La reconduction du ministre chargé des relations avec le parlement, Ralph Théano, et de celui des affaires étrangères et des cultes, Pierre Richard Casimir, s’apparente beaucoup plus à de la provocation qu’à une recherche de résultats, condamne, de son côté, le directeur exécutif de la Papda.

Le premier avait proféré des propos de guerre contre certains députés du groupe des Parlementaires pour le renforcement institutionnel (Pri), rappelle-t-il.

Cette attitude est contraire à la fonction de Théano, qui consiste à harmoniser les rapports entre le parlement et l’exécutif, fait-il remarquer.

Le deuxième (Pierre Richard Casimir) avait avancé, le 19 octobre 2012 devant la commission Santé de la chambre basse, qu’il n’y a aucune preuve indiquant que la force onusienne présente en Haïti est à l’origine de l’épidémie de choléra, contrairement à plusieurs études internationales.

Une déclaration, dit-il, qui prouve que Casimir ne manifeste aucun respect pour les milliers de victimes du choléra et leurs familles.

Politique isolationniste et renforcement du néo duvaliérisme ?

Avec ce remaniement ministériel, on assiste à un recentrage autour des personnages de confiance du pouvoir en place, analyse le parlementaire.

Pour sa part, le secrétaire exécutif de la plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh), Antonal Mortimé, pense que ce remaniement est un renforcement du néo duvaliérisme.

De plus en plus de macoutes, de gens d’extrême droite font partie du pouvoir de Martelly, constate Mortimé.

Il prévoit que ce remaniement va renforcer davantage la tendance du gouvernement à l’autoritarisme et au non respect de la loi et des prescrits constitutionnels.

« Cette tentative risque d’entrainer des troubles dans le pays » parce que la population haïtienne n’est pas prête à accepter ces dérives, avertit-il, augurant déjà d’autres changements gouvernementaux avant la fin de l’année 2013.[emb Kft gp apr 24/01/2013 15:45]