Perspectives

Haïti-Séisme-3 ans : Le choléra « sous contrôle » ?


vendredi 11 janvier 2013

Par Gotson Pierre

P-au-P., 11 janv. 2013 [AlterPresse] --- Au moment où Haïti commémore le 3e anniversaire du terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, elle n’a pas à gérer uniquement le dossier de la reconstruction, qui reste encore intact, mais également celui du choléra qui a causé, en deux ans, de nombreux morts.

Le ministère de la santé publique chiffre à 630,000 le nombre de personnes infectées, dont 350,000 ont été hospitalisées et 7,824 sont décédées depuis l’apparition de la maladie en octobre 2010 à l’est du pays.

Le docteur Donald François, qui coordonne pour le gouvernement le comité pluri-sectoriel de lutte contre l’épidémie, estime que la maladie est « sous contrôle ».

Pour le moment, indique-t-il à AlterPresse, le ministère de la santé a commencé à mettre en œuvre le plan récemment lancé par les Nations-Unies pour éradiquer la maladie en Haïti.

Ce plan, lancé en décembre 2012, concerne non seulement Haïti, mais aussi la République Dominicaine. Il prend en compte, entre autres, le monitoring de l’épidémie, l’assainissement, l’accès à eau potable pour les populations et une campagne de sensibilisation appropriée.

En visite en Haïti à l’occasion des 3 ans du séisme, le secrétaire général adjoint de l’organisation des Nations Unies (Onu) pour les opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, n’a pas voulu répondre sur la responsabilité ou non des Nations Unies dans la propagation du choléra en Haïti.

Des études ont démontré qu’un contingent de la mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah) est à l’origine de l’épidémie.

Des secteurs sociaux et politiques haïtiens ainsi que des organismes internationaux ne cessent point de demander à l’Onu de dédommager les victimes.

En novembre 2011, une plainte officielle est déposée à New York contre l’Onu par 5 mille victimes, réclamant des compensations de 50 mille à 100 mille dollars (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui).

« L’épidémie est un fait, il faut lui faire face », s’est limité à affirmer Hervé Ladsous qui a relevé que les Nations Unies ont consacré 120 millions de dollars à des actions médicales d’urgence et à des actions d’assainissement d’eau.

Il précise aussi que l’initiative pour l’éradication du choléra en Haïti et la République Dominicaine mobilisera des fonds de l’ordre de 2,2 milliards de dollars durant les dix prochaines années.

Du côté des organismes humanitaires internationaux, AlterPresse apprend que la mobilisation sera maintenue sur le choléra en 2013. Pour certaines organisations, l’évolution des actions devrait aller de la réponse directe vers l’appui aux institutions de santé.

La question de l’intégration de la réponse dans le système de santé haïtien (prévention et traitement) avait été mise sur le tapis en avril 2011, lorsque le premier grand pic était en train de régresser.

A ce moment là, les organisations non gouvernementales (Ong) avaient commencé à réduire le volume de leurs interventions directes et remis les centres de traitement de choléra (Ctc) et les unités de traitement de choléra (Utc) aux autorités sanitaires.

« Le choléra, c’est une affaire de tous, mais surtout (comme pour toutes les questions de santé) du ministère de la santé », a souligné la source d’AlterPresse.

L’intégration du traitement du choléra, dans les services offerts par le système de santé, n’est pas facile, explique la source, mais elle est possible si les ressources financières suffisantes sont mobilisées surtout pour soutenir, de manière continue, les ressources humaines nécessaires.

Il est illusoire de penser qu’on peut assurer la prise en charge du choléra sans des ressources humaines qui s’ajoutent au personnel déjà sur place dans les structures de santé, estime-t-elle.

Honnêtement, dit-elle, « je pense que des progrès existent en termes de meilleure capacité et réactivité des autorités sanitaires. Mais ces progrès ne doivent pas cacher une réalité, faite encore de salaires payés avec des mois de retards, d’entraves administratives énormes, de manque de responsabilité de la part de certaines autorités sanitaires et des difficultés chroniques dans l’anticipation et la planification ».

Des spécialistes font valoir que le principe, c’est de maintenir une forte mobilité des équipes de veille épidémiologique pour l’identification des foyers d’infection et de développer des capacités d’intervention dans les périodes pluvieuses qui sont plus à risque.

Selon eux, l’accès à l’assainissement et à l’eau potable demeure une priorité. [gp apr 11/01/2013 16:00]