Perspectives

Haïti-République Dominicaine : Mouvement de travailleurs haïtiens réclamant leur paiement de prestations légales

Indifférence des diplomates haïtiens…
jeudi 10 janvier 2013

P-au-P, 10 janv. 2013 [AlterPresse]--- Depuis le 14 décembre 2012 jusqu’à aujourd’hui (9 janvier 2013), des migrantes et migrants haïtiens se sont installés avec leurs enfants, devant le ministère du travail (situé à « La Feria » à Santo Domingo), en vue d’exiger le paiement de leurs prestations légales (reconnues par les lois de la république voisine d’Haïti)) à deux entreprises dominicaines de commercialisation de noix de coco suite à leur fermeture, dénonce une note du groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr) transmise à AlterPresse.

« Coquera du Km 5 » et « Coquera Real », entreprises de commercialisation de noix de coco appartenant à un grand propriétaire du nom de Rafael Luna Alonzo, auraient été déclarées en faillite de façon irrégulière, selon les avocats des travailleurs.

Après plusieurs semaines d’occupation du site, la situation commence à déranger les anti-Haïtiens qui pointent du doigt la détérioration de l’environnement du ministère du travail dominicain, dont l’entrée est occupée par les travailleurs haïtiens, apprend-on.

Le ministère du travail dominicain n’aurait pas respecté toutes les procédures légales et administratives de protection des ouvriers, ce qui lui donne une grave responsabilité dans cette affaire, précise la note du Garr relayant les propos du militant des droits humains, Me Carlos Sanchez,

« Ce mouvement traduit un niveau de conscience des travailleuses et travailleurs migrants haïtiens. Quoiqu’ils soient en majorité sans papiers, ces gens ont des droits et devoirs quelles que soient leurs conditions », fait remarquer la coordonnatrice du Garr, Colette Lespinasse dans une interview accordée à AlterPresse.

L’État haïtien ne veut pas s’impliquer dans ce dossier, parce qu’il ne veut pas déranger les intérêts économiques en jeu favorables à l’État et aux grands entrepreneurs dominicains, critique-t-elle.

Les diplomates haïtiens auraient, dans ce dossier, brillé par leur absence dans les différentes démarches entreprises pour une alternative humanitaire à la situation en attendant que l’aspect juridique soit résolu, indique le Garr.

Un des porte-parole du groupe de protestataires, Maximo Charles, affirme que le chef de la mission diplomatique d’Haïti, le Dr Fritz Cinéas, n’a rien fait pour eux dans le cadre de ce dossier, rapporte le journal Hoy cité par Garr.

Lors de sa dernière visite, l’ambassade haïtienne aurait invité les protestataires à quitter les lieux et retourner en Haïti sans aucune garantie, signale le journal dominicain qui cite Maximo Charles.

Cette proposition est considérée comme une injonction indécente et inacceptable par Me Sanchez, indique Hoy.

La revendication publique des travailleuses et travailleurs migrants haïtiens a suscité la solidarité de divers secteurs dominicains, notamment les églises, syndicats et organisations non gouvernementales (Ong) qui offrent leur assistance à ces travailleurs par l’octroi de repas, médicaments et autres.

Cette revendication publique des travailleuses et travailleurs migrants haïtiens, depuis environ un mois en République Dominicaine, a aussi reçu l’appui des médias dominicains, particulièrement de la presse télévisée et des quotidiens qui assurent un suivi journalier de ce dossier avec des reportages sur les lieux mêmes où fonctionnaient ces entreprises de commercialisation de noix de coco.

Certaines rédactions de journal jettent la responsabilité de cette crise directement sur les organismes officiels dominicains, précise l’organisme haïtien de défense des droits des migrants.

L’organisation binationale Fondation Zile (Fz), fondée par l’ex-ministre haïtien Edwin Paraison, maintient un contact permanent avec les parties impliquées pour essayer de trouver une alternative (hébergement et assistance humanitaire soutenue, entre autres) à ces travailleurs, en attendant qu’un tribunal se prononce sur leur cas.

Le directeur exécutif de la fondation Zile, Edwin Paraison, souhaite qu’une garantie formelle soit accordée aux compatriotes afin de prévenir tout rapatriement durant le processus légal en cours, souligne le journal Hoy.

Dans le cadre de ce dossier, une plainte a été formellement déposée par-devant le ministère public et un tribunal de San Cristobal contre les deux entreprises, selon les informations dont AlterPresse a pris connaissance. [emb kft rc apr 10/01/2013 8:40]