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Haïti-Rép. Dominicaine / Hommage : La lumière de la militante Sonia Pierre continue de briller


vendredi 7 décembre 2012

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 07 déc. 2012 [AlterPresse] --- « Sonia, ta lumière continuera de briller même quand tu n’es pas là. Le travail continuera. Tu étais une lumière qui brillait sur l’ile […], malgré les pressions, malgré les problèmes », véhicule la troupe musicale « Dahomey » en hommage à la militante des droits humains, Sonia Pierre, à l’occasion du premier anniversaire (le 4 décembre 2012) de sa mort.
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Des chansons, des expositions de photos de la militante, accompagnées de textes vantant ses initiatives et efforts, en faveur notamment des descendantes et descendants d’Haïtiennes et d’Haïtiens en République Dominicaine, ont été au menu d’une cérémonie d’hommage, à la militante Sonia Pierre (1963 – 4 décembre 2011) déroulée le jeudi 6 décembre 2012 au siège social du groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr) et à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Un an après la mort de Sonia Pierre, nous voulons nous souvenir d’elle, lui rendre un hommage et faire savoir [à toutes et à tous] que la lutte continuera », avance la coordonnatrice du Garr, Colette Lespinasse.

La situation des Dominicaines et Dominicains d’ascendance haïtienne est très difficile, rappelle Lespinasse, soulignant qu’en plus de l’inaccessibilité de ces personnes à des papiers d’identification, il y en a maintenant à qui sont ravis, par l’État dominicain, les documents d’identification dont ils disposaient.

Le Garr dénonce la poursuite d’une campagne de dénationalisation des Dominicaines et Dominicains d’origine haïtienne en République dominicaine.

Sonia Pierre, durant son existence, a combattu, avec détermination, la discrimination, le racisme à leur encontre, et plaidé en faveur de la reconnaissance des droits de ces personnes.
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« Sonia Pierre n’est pas morte », affirme la militante Colette Lespinasse, appelant l’ensemble des organismes de droits humains à s’unir pour continuer la bataille.

De son côté, la coordonnatrice générale en Haïti du mouvement des femmes dominico-haïtiennes (Mudha), Marcia Baez Hernandez, souhaite la mise en place, en République Dominicaine, de lois plus justes, afin de créer une société plus libre, solidaire et respectueuse du droit à la nationalité des Dominicaines et Dominicains.

Dans une rencontre, tenue le 4 décembre 2012 en République Dominicaine, plus de cinq cents (500) femmes et hommes ont élevé la voix pour dénoncer la discrimination dont souffrent les Dominicaines et Dominicains d’origine haïtienne, informe la dirigeante de Mudha.

A l’issue de cette rencontre, les participantes et participants ont exigé l’annulation de la Résolution 12/07 de la Constitution dominicaine, qui empêche les Dominicaines et Dominicains d’ascendance haïtienne d’avoir des documents d’identification.

Adoptée en 2007, la résolution 12/07 est appliquée par la Junte centrale électorale (Jce) dominicaine.

Au moins 1,584 Dominicaines et Dominicains sont dénationalisés par l’application de la Résolution 12/07 de la Constitution dominicaine qui empêche les Dominicaines et Dominicains d’ascendance haïtienne d’avoir des documents d’identification, confirment les résultats d’une enquête conduite en 2011par le service jésuite aux réfugiés et migrants (Sjrm).

Sonia Pierre, la militante des droits humains

Dans son combat, la légendaire Sonia Pierre a embrassé la cause des Dominicaines et Dominicains d’ascendance haïtienne qui n’ont pas accès, notamment, à l’éducation, aux soins de santé, à l’emploi, parce qu’elles et parce qu’ils n’ont pas d’actes de naissance ni de papiers d’identité.

La militante a mené un long combat en faveur de ces Dominicaines et Dominicains, marginalisés pour l’obtention de leurs documents d’identification.

Issue elle-même des bateyes, où vivent les travailleurs de canne embauchés par les usines sucrières de la République Dominicaine, Sonia Pierre a aussi lutté contre les mauvaises conditions de vie des Haïtiennes et Haïtiens dans les bateyes.

Les parents de Sonia Pierre sont des Haïtiens, originaires de Marigot (Sud-est d’Haïti) parmi les cohortes de gens amenés au fil des années en territoire voisin d’Haïti, suite à des contrats passés entre les Etats haïtien et dominicain pour l’embauchage de main-d’œuvre haïtienne pour les usines.

Fière, Sonia n’a jamais nié ni renié ses origines haïtiennes.

De très tôt, elle s’est révélée une ardente défenseure des droits de cette couche de travailleuses et travailleurs marginalisés. Déjà, à quatorze (14) ans, elle fut arrêtée pour avoir aidé un groupe de coupeurs de canne à se révolter.

Sonia a été un témoin privilégié de la vie, dans les bateyes, de ces gens, infortunés et victimes des mauvaises conditions de vie et de toutes formes de discrimination, d’abus, de violences et de misère.

Toute sa vie, elle a mené une lutte acharnée en faveur des droits des femmes et des enfants considérés, selon elle, comme les catégories les plus affectées.

En 1993, elle décida de fonder le mouvement des femmes dominico-haïtiennes (Mudha) en vue de faire la promotion des femmes en République Dominicaine.

Après le tremblement de terre du 12 Janvier 2010, Sonia Pierre a mobilisé les membres de son organisation Mudha, pour venir en Haïti et apporter leur concours aux personnes affectées, principalement les femmes et enfants à Martissant, Carrefour et Léogane (au sud de la capitale).

L’avocate et militante dominicaine de droits humains, d’ascendance haïtienne, Sonia Pierre, est décédée d’un infarctus le dimanche 4 décembre 2011, à l’âge de 48 ans, dans un hôpital à Villa Altagracia (Nord de la République Dominicaine).[emb rc apr 07/12/2012 2 :50]