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Haïti : Les petites filles, les plus touchées par la violence sexo-spécifique


vendredi 23 novembre 2012

P-au-P, 23 nov. 2012 [AlterPresse] --- Le profil des victimes de violences basées sur le genre a changé et ce sont les petites filles qui sont les plus touchées, selon la Commission des femmes victimes en faveur des femmes victimes (Komisyon fanm viktim pou fanm viktim/Kofaviv).

« Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les profils des victimes changent progressivement, car ce sont les enfants qui sont le plus victimes de la violence. Ils se situent dans le groupe d’âge de 10 à 15 ans. Sur un mois, on a reçu 40 cas, dont 25 étaient des enfants », observe Marie Eramithe Delva, membre de la Kofaviv.

Depuis le 12 janvier 2010, l’organisation a travaillé avec 150 jeunes filles sur 180 qu’elle a pu répertorier. Ces jeunes filles qui ont perdu leur famille lors de la catastrophe, se livrent à la prostitution forcée pour survivre.

Marie Eramithe Delva souligne que « les jeunes sont vraiment vulnérables, surtout celles qui vivent dans les camps de fortune », des camps où la dignité humaine est malmenée par des conditions de vie exécrables.

« La seule façon de combattre cette situation, c’est de former les jeunes filles, parce que fort souvent, elles sont exploitées, victimes sans le savoir […] », renchérit Marie Eramithe Delva.

Car la violence aussi semble avoir évolué, prenant des formes insidieuses mais non moins néfastes. Des organisations de femmes pointent à l’occasion de ce 25 novembre, les chansons de « raboday » dans lesquelles les femmes sont la cible de propos malsains ou tout bonnement agressifs.

« Parfois les femmes sont victimes de violence sans le savoir, parce qu’on leur matraque l’esprit avec l’idée que leur corps peut-être utilisé à n’importe quelle fin », réagit Marie Ange Noel de l’organisation Femmes décidées (Fanm deside).

Noel reconnait que les jeunes, filles et garçons, sont particulièrement friands de ces chansons, qui cautionnent une culture de la violence contre les femmes.

« Ces chansons, il faut sans cesse le rappeler, ont pour effet de perpétuer un modèle de société où les femmes sont assimilées en permanence à des objets sexuels ; ce contre quoi les organisations de femmes haïtiennes se sont toujours battues », dénonce pour sa part la commission anti-sexiste de l’Organisation du peuple en lutte (Opl).

Les organisations de femmes prévoient de poursuivre la lutte, et ce dimanche 25 novembre plusieurs activités auront lieu pour commémorer la journée mondiale.

A Jacmel, l’organisation « Femmes décidées » marchera non seulement pour dénoncer les violences subies par les femmes mais également la conjoncture dans ville, marquée par l’insécurité.

Par ailleurs, Marie Ange Noel de Femmes décidées se montre satisfaite du travail réalisé par les organisations de femmes.

« Il y a une augmentation des cas dénoncés. Nous ne pouvons pas dire qu’il y a plus de violences, mais chaque année on observe qu’il y a plus de cas qui sont dénoncés. […] Grace à nos sensibilisations on remarque que davantage de femmes victimes qui ne voulaient pas porter plaintes le font à présent », signale Marie Ange Noel, coordonnatrice de Femmes décidées. [jep kft gp apr 23/11/2012 16 :10]