Perspectives

Histoire : Pleins feux sur la vie du fondateur d’Haïti, Jean-Jacques Dessalines


mercredi 26 septembre 2012

par Edner Fils Décime

P-au-P, 26 sept. 2012 [AlterPresse] --- Chants, danses, symphonies de rythmes haïtiens se sont alliés, d’une complicité peu commune, pour célébrer les 254 ans du fondateur de la nation haïtienne, Jean-Jacques Dessalines, dans les jardins de la fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines (Ff) le jeudi 20 septembre 2012 à Tabarre (municipalité au nord-est de la capitale), a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Ambiance festive à la racine... Décoration, décor et habillements à dominante noire et rouge, couleurs préférées de l’empereur et du premier drapeau d’Haïti...

Tout semble s’accorder pour immortaliser, pour une douzième fois à la Ff, l’anniversaire de ce viveur, bambocheur, fin danseur, mais forgeur de liberté simultanément.

Des universitaires, des artistes de renom : peintres, chanteurs, musiciens, diseurs, des Haïtiennes et Haïtiens de tout âge ont apporté leur pierre pour faire « pleins feux sur la vie du fondateur de la nation ayitienne ».

Le danseur-chanteur-houngan, Erol Josué, de renommée internationale ; l’exceptionnel chanteur James Germain ; la délicieuse Tamara Suffren ; le talentueux sanba Bob Dorvilus ; le fougueux diseur Jean-Claude Dominique Chéry, la sublime troupe de danse de carabinier de Cornillon / Grand Bois, ont performé généreusement sous les applaudissements d’un public sélect et admiratif.

C’est dans une communion solennelle, consciente, sous le regard satisfait de « celui qui a tout sacrifié afin que naisse Ayiti » que les participantes et participants ont partagé « un gâteau, accompagné d’un clairin d’honneur ».

Dans sa proclamation de général en chef au peuple d’Haïti aux Gonaïves, le 1er janvier 1804, Dessalines déclara « (…) rappelle-toi que j’ai tout sacrifié pour voler à ta défense, parents, enfants, fortune, et que je ne suis riche que de ta liberté (…) ».

Dessalines…le danseur

Le carabinier était une danse inventée par Dessalines.

« Ce fut la danse préférée de l’empereur, celle qui le mettait en transe », souligne éloquemment Jean Fouchard, dans son livre « la meringue : danse nationale d’Haïti ».

Dans son troisième tome « Histoire d’Haïti », Thomas Madiou raconte l’une des prouesses de Dessalines dans une fête de nuit, offerte par Henri Christophe le 25 juillet 1805 à l’occasion de la Saint-Jacques.

« L’empereur, qui aimait la danse avec passion, s’y livrait avec une sorte de délire ; il tenait la main gauche dans son gilet et sautait sur un pied. (…).Tout à coup, l’Empereur fit un saut et s’étendit presque par terre, aux genoux de sa danseuse. Dessalines, dont les yeux étincelaient, était ivre de plaisir », décrit Madiou.

Ce jeudi 20 septembre 2012, la troupe de Cornillon / Grand Bois a fait revivre ou découvrir cette danse, qui tend à se perdre dans le pays.

Célébrer l’anniversaire du fondateur

La professeure Bayyinah Bello, fer de lance de la fondation Ff qui célèbre depuis tantôt 12 ans le « rekòt kafe » (anniversaire en français), croit qu’il faut « encourager les Haïtiennes et Haïtiens à célébrer la vie des fondateurs [en particulier Dessalines] pour qu’Ayiti vive. »

Déjà, dans la note annonciatrice de la semaine d’activités du 13 au 20 septembre 2012, mettant l’empereur sous les feux des projecteurs, la fondation Ff s’est donnée pour mission d’« aider les Ayitiens à se remémorer les grands principes, sur lesquels la grande victoire de 1803 avait été accomplie ».

L’évènement a parcouru plusieurs villes de province, dont la première capitale d’Haïti, Dessalines, de nom colonial Marchand.

Bello ne veut pas parler de satisfaction, car « épousant la pensée dessalinienne, la guerrière ou le guerrier ne s’assoit sur ses lauriers qu’une fois la victoire remportée dans son intégralité ».

Aussi faut-il s’attaquer à l’histoire qu’on enseigne à « l’école dite haïtienne », car ce n’est pas la sienne.

« Notre véritable histoire contient la force, dont nous avons besoin pour progresser », argue-t-elle.

Pour Jean-Claude Dominique Chéry, il n’y a pas à sortir de là, Dessalines est « le bras, le mât, l’âme, l’esprit du drapeau haïtien. Il est le drapeau de la conscience haïtienne ».

« C’est un privilège pour moi danseur, chanteur et houngan de surcroît, de mettre tout mon être dans la célébration de la naissance du père-fondateur », estime Erol Josué, qui a réussi un duo formidable aux côtés du fameux James Germain,

Dessalines et son œuvre

Un dirigeant, qui déclare le 1er janvier 1804 « nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes », n’a-t-il pas tracé la route de l’autodétermination et de l’autonomie pour le peuple haïtien ?

Dans ce même discours, il évoque la libre individualité comme rapport dialectique entre l’individuel et le collectif.

« En combattant pour votre liberté, j’ai travaillé à mon propre bonheur » a-t-il dit.

En adoptant le titre d’Empereur, dans la proclamation du 15 février 1804 faite à Dessalines (la ville), il fait un pari sur la jeunesse.

« Je n’aurai jamais égard à l’ancienneté, quand les qualités requises pour bien gouverner ne se retrouvent pas dans le sujet ; souvent la tête, qui recèle le feu bouillant de la jeunesse, contribue plus efficacement au bonheur de son pays, (…) » estima-t-il, dans une proclamation du 15 février 1804.

Dessalines, qui était très « moderne », n’a aucunement voulu instituer un pouvoir héréditaire. Il pensait déjà aux élections.

En témoigne l’article 23 de la constitution impériale du 20 mai 1805 qui stipula « la couronne est élective, et non héréditaire ».

« Il est révoltant de constater toute l’énergie consacrée pour gommer son nom de l’histoire », regrette un jeune étudiant de la faculté d’ethnologie participant à la fête de l’empereur, le 20 septembre 2012, à la fondation Félicité.

Dessalines ou Jacques 1er ne figure pas dans les dictionnaires. Chez Larousse de poche (destiné aux jeunes), en particulier.

La seule fois, qu’il est évoqué, est pour parler d’Haïti, pays devenu indépendant par un « esclave noir devenu empereur ».

Dessalines ne s’attendait-il pas à ce crime historique en déclarant le 1er janvier 1804 « que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l’esclavage, et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu’en maudissant le jour qui m’a vu naitre » ? [efd kft rc apr 27/09/2012 15:20]