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Un condamné par contumace pour crimes se livre à la police


jeudi 22 avril 2004

P-au-P., 22 avr. 04 [AlterPresse] --- Louis Jodel Chamblain se constitue prisonnier. Cet ex « rebelle » est un ancien paramilitaire condamné par contumace pour des crimes commis durant la dictature militaire de l’ancien général Raoul Cédras (1991-1994)

Chamblain paraissait très ému et arrivait difficilement à contenir ses larmes en annonçant cette nouvelle à la presse ce 22 avril.

Louis Jodel Chamblain était accompagné à l’occasion de deux de ses collègues du « Front du Nord », l’ex commandant Guy Philippe et l’ancien responsable politique du Front, Winter Etienne.

« Je fais confiance à la justice de mon pays », a déclaré l’ancien numéro deux du Front Révolutionnaire Haïtien pour le Progrès (FRHAP), une organisation paramilitaire épinglée par diverses organisations de droits humains pour des atrocités commises pendant la période du coup d’Etat militaire (1991-1994).

Interrogé par les journalistes après l’entrée de Louis Jodel Chamblain au
commissariat de Pétion Ville (périphérie Est) où il s’est livré, le ministre de la justice,
Bernard Gousse a indiqué que la justice va faire son travail dans le respect du code d’instruction criminel, tout en invitant d’autres personnes en contravention avec la loi à faire de même.

Chamblain a été condamné à deux reprises par contumace par la justice haïtienne pour sa participation au massacre de Raboteau (Gonaives, 1994) et a l’assassinat du militant politique et homme d’affaires Antoine Izmery.

Selon son avocat, Stanley Gaston, la décision par contumace ne tiendra plus, vu que son client s’est rendu disponible pour la justice avant que le délai de quinze ans requis en pareil cas ne soit arrivé à échéance. « Un nouveau procès aura à se tenir. Et nous sommes confiants.. », a ajouté Me. Gaston.

Aux côtés de ses collègues, Louis Jodel Chamblain, ancien sergent des anciennes forces armées d’Haïti, a conduit des opérations armées au début de février dernier, au fort d’un processus politique et social de répudiation de l’ancien régime lavalas.

Totalement impopulaire, et soumis à de fortes pressions internationales, le régime d’Aristide a vite été dérouté par cette prise d’arme. Le tyran a du démissionner et prendre le chemin de l’exil le 29 février.

Un autre membre du Front, Jean Pierre dit Jean Tatoune, condamné également à la prison à perpétuité par la justice pour sa participation présumée à un massacre à Raboteau, quartier populaire des Gonaïves (Nord) en 1994, a aussi déclaré être prêt à se rendre à 
la justice pour un nouveau procès.

Chamblain a été amené a prendre la décision de se rendre, après des dénonciations persistantes d’organisations de défense de droits humains au niveau national et international. Selon ces organisations la justice ne pouvait pas rester les bras croisés face à des violateurs de droits humains qui ont été condamnés et qui n’avaient pas purgé leur peine.

Le secteur des droits humains a accueilli favorablement le geste de Chamblain en souhaitant qu’il inspire d’autres. C’est « un acte de sagesse », a dit Jean-Claude Bajeux du Centre Oecuménique des Droits Humains. Renan Hedouville du Comité des Avocats pour le Respect des Libertés (CARLI) s’est montré « prudent ». Pierre Espérance de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR) a mis en garde contre une « comédie de justice ». [vs gp apr 22/04/2004 20:00]