La Caraibe en un coup d’oeil

République Dominicaine : Journalisme dominicain en crise


jeudi 8 avril 2004

Santo Domingo, 8 avr. 04 [AlterPresse] --- La presse dominicaine traverse aujourd’hui des moments extrêmement difficiles. Il n’y a pas eu dans l’histoire de la nation de temps plus difficile que celui que vit actuellement les journalistes dominicains, en termes d’emplois et de garanties pour réaliser le travail d’information à travers le pays.

300 journalistes dominicains ont été licenciés à cause de la faillite des entreprises de presse qui les embauchaient et la fermeture de 8 médias. Des centaines d’autres travailleurs de la presse (chauffeurs, cameramen, photographes, etc.) ont aussi été remerciés. Ce qui démontre que la presse dominicaine, entant que pourvoyeuse d’emplois est en crise.

L’année 2003 a été catastrophique pour le secteur de la presse locale avec la disparition des quotidiens Ultima Hora (dernière heure) El Financiero (le financier) el Expreso (l’express) et la revue Rumbo. Une autre revue, Ahora (Maintenant), a cessé de paraître en 2004.

Auparavant, les quotidiens La Noticia (la nouvelle), la Naciòn (la nation) et El Siglo (le siècle) avaient suspendu leurs parutions.

La situation actuelle, dominée par le taux élevé de chômage parmi les journalistes et les photographes de presse ainsi que l’insuffisance accrue de postes de travail, est préoccupante. L’absence d’offre d’emplois y compris pour les journalistes qualifiés a motivé plusieurs professionnels de médias à opérer une mutation vers d’autres secteurs.

On compte aussi par dizaines les journalistes et photographes dominicains qui, pour survivre, ont du émigrer aux Etats-Unis et pour une minorité vers le Canada et l’Europe. Ayant eu la chance d’être en possession d’un visa, ils ont été parmi les plus privilégiés.

Récemment le journaliste Héctor Luzòn, président du Collège Dominicain des Journalistes (CDP), se plaignait des difficultés que connaissent ses confrères et consoeurs et exprimait la préoccupation de la corporation vis-à -vis de l’impossibilité pour les journalistes de compter aujourd’hui sur leur travail pour subvenir aux besoins de leur famille.

Néanmoins, la protestation de Luzòn, ne s’est pas traduite en action par le Collège Dominicain des Journalistes pour exiger des medias de communication de meilleures conditions salariales et de travail pour les journalistes. En plus de la protection des sources, du droit à l’information, etc..

Luzón signalait aussi que les licenciements de professionnels de la presse se produisent tant dans les journaux que dans les stations de radios et télévision et ajoutait que les journalistes qui maintiennent leur emploi touchent des salaires qui, dans la majorité des cas ne leur permettent pas de mener une vie digne, les poussant ainsi au cumul d’emplois ce qui diminue leur qualité de vie.

5 avril jour national du journaliste

La situation dépeinte antérieurement, montre l’ampleur de la situation de crise que vivent le journalisme et les journalistes dominicains, qui célébraient leur fête (jour national) le 5 avril. Mais le pire n’est pas seulement le manque d’emploi sûr, rentable et fiable pour les journalistes dominicains sinon que pendant ces 4 années de gouvernement, la liberté de la presse, la liberté d’expression dans le pays ont connu une détérioration remarquable.

Journalistes et communicateurs sociaux ont reçu des menaces d’emprisonnement pour avoir refusé de révéler leurs sources, parce qu’ils ont dénoncé la corruption de fonctionnaires du gouvernement social démocrate, du Parti Révolutionnaire Dominicain et de personnalités de l’entourage du Président Hipòlito Mejia.

On peut citer en exemple les cas des journalistes Julio Martà­nez Pozo Y Marino Zapete, qui ont été jugé après des accusations de diffamation, d’injures et calomnie contre l’image du Président Mejia.

Des dizaines de journalistes et photographes du quotidien Listin Diario, doyen de la presse dominicaine, travaillent dans des conditions extrêmes. Ce journal est contrôlé par le gouvernement de Mejia depuis la faillite de la Banque Intercontinental qui était son propriétaire.

Plusieurs secteurs dénoncent une modification de la ligne du journal en faveur du gouvernement. Les journalistes rencontrent des difficultés dans l’accomplissement de leur fonction.

Dans des conditions similaires travaillent des journalistes de dizaines de stations de radios, propriétés de Baninter, où les reporteurs, de même qu’au Listin Diario, ne reçoivent pas leur salaire à temps et sont l’objet de pression. Les informations qui affectent l’image du gouvernement sont limitées ou censurées.

Alors qu’on célébrait le 5 avril le jour de la presse en République Dominicaine, les assassins du journaliste Orlando Martinez tentaient de sortir de prison. Le général retraité Joaquà­n Antonio Pou Castro, Mariano Cabrera Durán et Alfredo Lluberes Ricart ont présenté un recours à la cour d’appel de Santo Domingo.

Le président du CDP, Héctor Luzón, qui avait convoqué un sit in devant le Palais de Justice a qualifié la tentative des assassins de Martinez de « gifle » à la presse dominicaine et à Orlando Martinez.

Orlando Martines, Directeur de la revue « Ahora » (à présent fermée), a été abattu par balles le 17 mars 1975 dans les environs de l’Université Autonome de Santo Domingo (UASD).

Pou Castro, Cabrera Durán et Lluberes Ricart, ont intenté ce recours devant la plus haute instance judiciaire dominicaine sur la base que leur emprisonnement serait irrégulier. Ils ont allégué qu’il y a eu prescription et qu’ils ont été amnistiés durant le gouvernement de Antonio Guzmán. [jls gp apr 08/04/2004 12:00]