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Qu’est-ce qui explique la remontée des tendances fascistes en Europe ?


lundi 13 mai 2002

Source : Agence Latino-Américaine d’Information (ALAI)

P-au-P., 13 mai. 02 [AlterPresse] --- Fini le temps ou l’extrême droite en Europe pouvait être perçue comme un ensemble de groupuscules nostalgiques sans grande incidence sociale. Durant les 5 dernières années les néonazis ont gagné du terrain sur le plan électoral dans plusieurs pays du contient, dont l’Italie, l’Autriche, le Danemark, la Belgique et la Holande, où ils ont accédé au pouvoir, au niveau national, régional ou municipal.

Les progrès du néofacisme se sont accompagnés d’un recul considérable des socialistes et des sociaux-démocrates sur la scène politique européenne, au profit de la droite. En 1997, 13 des 15 pays de l’Union Européenne étaient gouvernés par des sociaux-démocrates. En 2002, on assiste à un renversement de la situation, 8 des 15 pays étant dirigés par la droite ou l’extrême droite : l’Espagne, l’Italie, la France, la Belgique, le Portugal, l’Autriche, l’Irlande et le Danemark.

Au Parlement Européen, la droite, représentée par le Groupe du Parti Populaire, est majoritaire depuis 1999, controlant a lui seul 232 des 626 sièges.

Il faut ajouter que quelques autres gouvernements européens qui se définissent comme appartenant à la social-démocratie, ne se différencient en rien des conservateurs. L’exemple le plus évoqué est celui du Premier Ministre travailliste anglais, Tony Blair, qui applique à la lettre la politique suivie dans les années 80 par la conservatrice Margaret Tatcher.

En général, depuis les attaques du 11 septembre a New-York et Washington, les gouvernements européens se sont repositionnés plus à droite et se sont alignés sur la politique américaine. Leurs priorités sont la lutte anti-terroriste, le contrôle des frontières et les restrictions concernant le droit d’asile.

Au deuxième tour des dernières présidentielles françaises, début mai, les Français n’avaient le choix qu’entre la droite conduite par le Président sortant, Jacques Chirac, et l’extrême droite, représentée par le leader du Front National, Jean Marie Lepen. Malgré les importantes manifestations de rejet durant l’entre-deux tours, ce dernier a réussi à séduire près de 6 millions d’électeurs, avec un discours xénophobe, autoritaire et populiste. Parmi ces électeurs, on compte de nombreux exclus et marginalisés, déçus de l’inefficacité de la gauche sociale-démocrate et la droite, au pouvoir depuis plus de 30 ans.

Il y a trois ans, le néofaciste autrichien Jà¶rg Haider du Parti de la Liberté, gagna 27% des voix aux élections législatives. En l’an 2000, suite à une alliance avec les conservateurs du parti populaire, il entra au gouvernement, conduit aujourd’hui par Wolfgang Schà¼ssel.

Ce fut l’émoi en Europe. Plusieurs gouvernements européens adoptèrent des sanctions symboliques contre le gouvernement autrichien. Mais quelques mois plus tard, ces sanctions, considérées inutiles, furent levées. Tandis que le gouvernement autrichien appliqua son programme de reformes ultra-libérales, sapant les bases de l’Etat de Bien-être que connu ce pays : privatisations et politique anti-migratoire.

C’est la politique que se préparait à appliquer également le leader xénophobe hollandais Pim Fortuym, qui a été assassiné le 6 mai dernier. En mars, il avait obtenu 34% des voix, lors des élections municipales de Rotterdam, seconde ville de la Hollande, avec une population composée en partie d’un fort pourcentage d’immigrés d’origine arabe.

En Italie, le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi maintient un discours xénophobe et anti-européen. Les principaux collègues du Premier Ministre italien sont ses associés au sein de son entreprise Forza Italia : l’ex faciste Gianfranco Fini et le raciste Umberto Bossi. Bossi prône par exemple la "supériorité de la culture occidentale" et pense qu’il faut tout simplement "bombarder" les embarcations de clandestins.

L’extrême droite a considérablement progressé également dans des pays tels que la Belgique, l’Allemagne, la Norvège, et la Suisse, où, aux législatives de 1999, l’Union Démocrate du Centre (UDC) obtint 44 des 200 sièges. Le programme de l’UDC, conduit par Christoph Blocher, est, en grande partie, similaire a celui du Front National de Le Pen en France : anti-Union Européenne, favorable a la baisse des impôts sur les grandes fortunes et la réduction de l’Etat à sa plus simple expression.

Les transformations radicales qui se sont produites en Europe durant les 10 dernières années et le contexte actuel, fait d’incertitudes, constituent des éléments essentiels qui expliquent la montée de l’extrême droite dans ce continent, suivant diverses observations.

Les citoyens de l’Europe n’ont pas toujours bien assimilé les récentes transformations, liées à la fin de la guerre froide, la globalisation néo-libérale, les profonds changements technologiques, l’intégration européenne, la disparition des monnaies nationales et la suppression des frontières.

Lors d’une séance de Chat le 6 mai dernier avec les lecteurs du quotidien espagnol El Pais digital, le Directeur du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet, a insisté sur l’incertitude comme paramètre dominant du présent contexte marqué aussi par l’insécurité économique et sociale. Les régimes au pouvoir apparaissent comme incapables de relever ces défis.

Voilà donc le terreau du néo-fascisme : quelques secteurs exclus, les chomeurs, les ouvriers, les personnes âgées, les jeunes qui ne voient pas clairement des perspectives d’avenir, croient que l’extrême droite, qui met en avant l’autorité, l’identité, la famille et le nationalisme, peut apporter la solution aux problèmes d’insécurité et de chômage.

"Ces personnes-la, a dit Ignacio Ramonet, ne sont pas des militants de l’extrême droite, mais des électeurs de l’extrême droite". Et ce qu’elles déposent dans l’urne, ce n’est rien moins qu’ "une bombe avec laquelle ils pensent exploser le système politique", a-t-il conclu. [gp 13/05/02 22:40]