Perspectives

Haïti-Droits humains : La Pohdh alarmée par les « enfants des rues » à Port-au-Prince


jeudi 14 juin 2012

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 14 juin 2012 [AlterPresse] --- Dans une réflexion titrée « Enfants de rue à Port-au-Prince : un phénomène portant atteinte aux droits Humains » à l’occasion de la journée nationale de l’enfant (le dimanche 10 juin 2012), la plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh) fait des recommandations aux autorités haïtiennes sur la situation « grave » et « assez préoccupante » de la problématique des droits des enfants.

Ces recommandations tournent autour de la prise en charge des enfants, du renforcement des institutions de protection de l’enfance, des sanctions à l’encontre des auteurs d’instrumentalisation malhonnête des enfants, de la publication et de l’application de la loi sur la paternité responsable, ainsi que du ciblage des enfants des rues comme priorité de l’éducation universelle prônée par le gouvernement.

Quid de la situation des enfants de rue ?

Les enfants des rues sont confrontés à « de terribles situations qui constituent une violation de leurs droits fondamentaux », indique la Pohdh, dans ce document-réflexion dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Voir des enfants dormir à la belle étoile, porter des habits sales et pieds nus, se nourrir dans les poubelles, essuyer les voitures, mendier, voler ou se droguer, n’a rien de surprenant dans la capitale haïtienne.

Aussi, la Pohdh estime-t-elle que même l’épithète « enfants de rue » est humiliante pour cette « catégorie de personnes méprisée et misérable » dans la société haïtienne.

Se faisant une représentation pas très flatteuse d’eux, certaines habitantes et certains habitants de la capitale traitent les enfants de rue de « kokorat » (insectes nuisibles), de « grapyay » (va-nu-pieds), de « voyous », de « bandits », et n’hésitent pas à les battre, ni les maltraiter voire les tuer.

Se questionnant alors sur les espérances de la société quant à l’avenir de ces enfants, la Pohdh se demande s’ils sont des « sauvages » à chasser à tout prix ; des « déviants et des délinquants à punir » ou « des enfants dépourvus de toute relation affective d’une mère et d’un père, qui méritent d’être pris en charge et socialisés comme tous les autres enfants ».

Bon nombre de ces enfants (filles et garçons) sont nés dans la rue, de parents démunis ou de femmes malades mentales violées par des individus sans scrupules. Il y a également une grande partie d’enfants (de nombreux cas) qui prennent soin de leurs parents.

Livrés à eux-mêmes, ce groupe d’enfants est utilisé par des individus dans la délinquance et dans « des activités malhonnêtes, comme la prostitution, le kidnapping, la mendicité, les crimes, le vol, le viol et autres ».

Des instruments et des institutions de protection de l’enfance

Il existe toute une batterie juridique internationale sur la protection de l’enfance, ne manque pas de rappeler la plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains aux autorités de la république .

La Pohdh mentionne, entre autres, « la convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, ratifiée par Haïti depuis le 23 décembre 1994 », qui vise à protéger les droits des enfants.

« Cette convention est un instrument puissant pour les enfants du monde ; elle affirme que les enfants sont des sujets de droit et non des êtres sauvages et des instruments pour des actions malhonnêtes », signale la Pohdh.

« La déclaration universelle des droits humains (Dudh) proclame que la maternité et l’enfance ont droit à une aide », souligne le document-réflexion de la Pohdh.

De surcroît, « la loi assure la protection à tous les enfants. (…) » stipule l’article 261 de la Constitution haïtienne du 28 mars 1987 encore en vigueur.

Dans ce contexte, la Pohdh énumère un ensemble d’institutions étatiques appelées à protéger et défendre les droits des enfants, comme l’institut du bien-être social et de recherches (Ibesr), la brigade de protection des mineures et mineurs (Bpm), structure de la police nationale qui « est le bras armé de l’Ibesr » et le centre d’accueil de carrefour (Cac) avec une fonction de réinsertion sociale.

Les autorités doivent donc « renforcer les Institutions travaillant dans le domaine de la protection de l’enfance et du même coup augmenter leurs capacités d’accueil pour les enfants en situation difficile ». [efd kft rc apr 14/06/2012 0:15]