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Haïti-Santé : Plaidoyer pour la prévention et le dépistage à temps du cancer


jeudi 31 mai 2012

Par Stephen Ralph Henri

P-au-P, 30 mai 2012 [AlterPresse] --- Le cancer, cette maladie silencieuse qui ne laisse au départ la moindre trace de malaise, le moindre signe de douleur, peut être traité à cent pour cent, moyennant une détection à temps des cancérogènes, selon l’avis du docteur Jean Cantave, président de la société haïtienne d’oncologie (Shonc), interrogé par l’agence en ligne AlterPresse.

En Haïti, « le cancer du col de l’utérus et celui des seins sont respectivement la première et la seconde cause de mortalité chez la femme »

Une réalité qui est « inacceptable », s’indigne le cancérologue Jean Cantave, qui considère « la prévention et le dépistage » comme les pièces maîtresses dans la lutte contre ces cancers.

Grâce à la prévention et au dépistage, qui viennent défaire la fatalité hantant l’esprit des gens, « nous pouvons éviter le cancer (…), l’empêcher de se développer ».

« Avec la prévention, nous avons tout à gagner », ajoute le chirurgien cancérologue Jean Cantave.

Dans cette perspective de prévention, une campagne spéciale de dépistage [Ndlr : qui se tient généralement tous les ans, sous les auspices de la Shonc, à l’occasion de la fête des mères] a été réalisée, du lundi 21 au dimanche 27 mai 2012, à Belle Anse et Marigot (Sud-Est), à Fonds des Nègres (Nippes / Sud-Ouest), à Port-au-Prince et Léogane (Ouest), au Plateau central (Centre), dans l’Artibonite et au Cap-Haïtien (Nord).

Au cours de cette campagne de fin mai 2012, ont été examinées cinq mille femmes (5,000), parmi lesquelles environ 4 mille ont été dépistées.

Les causes des tumeurs au sein et au col de l’utérus

Les relations sexuelles précoces avec un col de l’utérus immature, la multiplicité de partenaires, les infections sexuellement transmissibles (Ist) non traitées, les femmes qui ont beaucoup d’enfants et le tabagisme chez les fumeuses, sont les principaux facteurs, susceptibles de provoquer le cancer du col de l’utérus.

Quant au cancer des seins, les facteurs de risque sont l’hérédité, la stérilité, les couches tardives, les diètes riches en graisse et pauvres en fibres, l’obésité et l’exposition aux ondes magnétiques.

« Si nous agissons sur ces facteurs, nous pouvons réduire le risque de développer ces types cancer », ajoute le cancérologue.

Un vaccin est aussi disponible.

Les jeunes femmes de 13 à 26 ans pourraient se le faire administrer pour éviter de contracter l’oncogène en question.

Le pap-test et la mammographie (ou une radiographie des seins) sont les noms des tests de détection des tumeurs du col et des seins..

Quant à la protubérance des seins, le médecin Jean Cantave conseille aux jeunes femmes d’apprendre à connaître leurs seins au moyen de l’autopalpation. Une visite, chez un médecin chaque 3 ans, est aussi recommandée.

Prévention et dépistage, une question de sécurité nationale

Plus qu’une simple question de santé, c’est une question de sécurité nationale, estime Dr. Cantave.

« Ce sont généralement les femmes qui ont beaucoup plus d’enfants qui meurent. Quand une femme meurt, le foyer est désintégré et les enfants, qui sont remis à leurs sorts, se livrent généralement à la délinquance », rappelle Cantave.

Dans ce combat, le grand problème reste la non disponibilité de moyens financiers.

Les médecins, qui se chargent des campagnes de prévention et de dépistage des tumeurs dans les villes de province, ne font que du bénévolat. Les matériels, qu’ils utilisent, ne sont que des dons faits par des amis vivant à l’étranger.

De leur côté, les agences pharmaceutiques offrent des échantillons de médicaments.

Un manque, surtout néfaste pour les femmes qui vivent dans les sections communales, sans la moindre connaissance de ces maladies.

L’institut haïtien d’oncologie (Idho) reçoit 300 à 400 cas de cancer chaque année et « au moins 60% de ces cancers arrivent au stade le plus avancé, à la phase de détérioration », déplore Jean Cantave.

Le plus souvent, « ces gens n’avaient pas assez d’informations ».

Prises au dépourvu, « ces patientes pensaient qu’il s’agissait de mauvais sort, de la magie ou de la malédiction », regrette le cancérologue Cantave.

Journées de dépistage du cancer de la prostate les 22 et 24 juin 2012

2 journées de dépistage du cancer de la prostate ou prostatite chez les hommes seront aussi organisées les vendredi 22 et dimanche 24 juin 2012.

Les hommes, qui dépassent la quarantaine, sont invités à passer le test “Antigène prostatique spécifique” (Psa) pour détecter ou non la présence de l’antigène dans le sang.

Le tabagisme reste, à 50%, la cause fondamentale des cancers, notamment chez l’homme.

Initiée en 1997, la société haïtienne d’oncologie est essentiellement composée de médecins visant la formation, l’éducation du grand public et du personnel médical, tandis que l’institut haïtien d’oncologie se charge de donner des soins, soit à travers le dépistage soit à travers la prise en charge des cas découverts.

Les deux institutions travaillent de concert sur la sensibilisation, l’information, l’éducation de la population en général, à travers toutes les institutions de la société. [srh rc apr 30/05/2012 16:16]