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Société de l’Information :

Pourquoi Haïti devrait participer à la Réunion de Séville, les 27 et 28 avril 2002 ?


jeudi 25 avril 2002

Par Jean-Marie Raymond NOEL, Ing., Coordonnateur RDDH

Introduction

En préparation du deuxième Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays de l’Union européenne, de l’Amérique Latine et de la Caraïbe qui se tiendra à Madrid, les 17 et 18 mai 2002 et à l’occasion duquel la "Société de l’Information" devrait être un des principaux dossiers examinés, va se tenir à Séville, les 26 et 27 avril prochains, la réunion ministérielle sur la Société de l’Information.

Cette rencontre constituera un forum technique où vont être débattus, à travers des tables rondes et des conférences de presse, différentes questions relatives aux stratégies à mettre en œuvre pour le développement de la Société de l’Information dans les régions respectives. Des défis autant que les opportunités induites par les technologies de l’information seront passés en revue : le service universel, la connectivité, l’incitation à l’investissement, le cadre réglementaire, leur intégration dans les domaines de l’éducation, de la réduction des inégalités sociales, de la santé, du développement de contenus locaux, du commerce, de la gouvernance.

Les équipes ministérielles présentes auront à travailler sur une déclaration commune à verser au menu des discussions de mai entre les Chefs d’Etat et de Gouvernement. Elles auront aussi à débattre des relations passées et à venir entre l’Union Européenne d’une part, l’Amérique Latine et la Caraïbe d’autre part, en matière de Société de l’Information. Et à l’occasion, le programme de coopération intitulé "Alliance pour la Société de l’Information" ( @LIS ) sera officiellement inauguré.

Le Programme @LIS

Tel que défini lors de son lancement à Bruxelles le 6 décembre 2001, @LIS est un programme de coopération de quatre (4) ans (2002-2005) avec l’Amérique Latine qui vise à établir un dialogue et une coopération sur la définition de cadres de politique et de réglementation se rapportant à des domaines essentiels à une large diffusion de la société de l’information tels que les télécommunications, le commerce électronique, la normalisation ainsi qu’à promouvoir les synergies entre réseaux et communautés de recherche des deux régions.

Il est en quelque sorte une réponse aux considérations du premier Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement tenu en juin 1999 à Rio de Janeiro qui reconnaissait que la Société de l’Information devait jouer un rôle important dans le contexte des relations entre l’Amérique Latine et l’Union Européenne.

Le Projet @LIS envisage par ailleurs de mettre en œuvre en Amérique Latine vingt projets innovateurs visant à faire la preuve, auprès des citoyens, des avantages des applications de la Société de l’Information dans quatre domaines thématiques principaux : intégration (e-inclusion), formation, santé publique et gouvernance locale.

Un budget estimatif total de 85 millions d’euros est alloué au programme @LIS, dont environ 63,5 millions seront financés par la Commission Européenne et 21,5 millions par les pays d’Amérique Latine et les partenaires de l’Union Européenne associés au Projet.

S’il est vrai que les pays de la Caraïbe (à l’exception de Cuba) ne sont pas directement touchés par @LIS, compte tenu du fait qu’ils reçoivent un support financier de la Commission Européenne dans le cadre de la convention avec les pays ACP, il faut néanmoins relever :

i) qu’un programme similaire est en voie de préparation pour les pays caribéens

ii) que se sont inscrits pour des interventions à la réunion ministérielle de Séville de hauts cadres des pays comme la République Dominicaine (le Président de l’Institut Dominicain des Télécommunications), de Trinidad et Tobago ( le Ministre de la Science et de la Technologie), de Surinam ( le Ministre des Transports, du Commerce et du Tourisme) .

La Déclaration de Séville

La Déclaration prévoit d’attirer l’attention des Chefs d’Etat et de Gouvernement sur un ensemble de points dont notamment :

1. les opportunités et les défis associés au développement des technologies de l’information et de la communication avec

i) d’un côté, la nouvelle menace pour la cohésion sociale que constitue la fracture digitale ;

ii) de l’autre, le potentiel de ces technologies à améliorer les conditions de vie des populations, à renforcer la gouvernance, la transparence administrative et la démocratie ;

2. la place du dialogue et de la coopération pour mieux cerner la problématique de la Société de l’Information, profiter des expériences acquises et arriver à une harmonisation régionale et mondiale ;

3. l’importance essentielle d’adopter des e-stratégies ; le rôle du secteur privé et des organisations de la société civile dans le progrès technologique et le processus d’adaptation sociale et donc la nécessité d’une association - gouvernement, secteur privé et société civile - dans l’élaboration et l’application des e-stratégie ;

4. la protection des réseaux et de l’information ; les mesures de coercition contre les contenus illégaux et les actions malhonnêtes telles la diffusion de virus ;

5. la constitution d’une Société de l’Information démocratique et intégratrice ; le rôle d’ un cadre réglementaire adapté en vue d’un accès plus égalitaire ;

6. la reconnaissance du programme @LIS comme un instrument de dialogue et de coopération stable pour le développement durable de la Société de l’Information en Amérique Latine ; l’intérêt des pays caribéens pour un programme similaire prenant en compte les particularités de la région ;

7. le Sommet Mondial de la Société de l’Information en 2003 ; la mobilisation du secteur académique, de la société civile, des acteurs des gouvernements, des organisations multilatérales, pour un débat plus large, décentralisé et une meilleure planification de l’événement ;

8. l’appel en faveur de la mise en œuvre effective de la Société de l’Information dans chacune des régions de l’Union Européenne, de l’Amérique Latine, de la Caraïbe, pour une vision globale partagée servant de base à une Société du Savoir, au bénéfice de tous les citoyens.

Haïti et la Société de l’Information

Dans un pays où les besoins urgents de la population haïtienne en matière d’éducation, de santé, de transport en commun, d’emploi, de communication attendent d’être satisfaits, où les approches traditionnelles dans ces domaines respectifs ont démontré leurs limites, et avec une population relativement jeune, beaucoup de regards convergent aujourd’hui vers les technologies de l’information comme moyen à explorer en vue d’améliorer les conditions de vie des citoyens.

Cette situation donne lieu à la production d’une réflexion intense sur la question de l’utilisation des technologies de l’information à des fins de développement. Sur ce dernier plan, Haïti n’est nullement en retard. Le récent Sommet de l’Internet haïtien en décembre 2001 en a donné la preuve. Des présentations de haute facture ont été faites sur les capacités actuelles du pays à rentrer dans l’ère de l’information. Des difficultés liées à l’exploitation et à l’intégration des TIC ont été inventoriées et des approches correctives proposées.

Il convient en outre de relever , de façon non exhaustive, un certain nombre d’initiatives allant dans le sens de la Société de l’Information :

- les programmes de formation spécialisée en Réseaux et Base de données (MBDS/Faculté des Sciences) et de formation de techniciens en Réseaux (Académie CISCO/PNUD, Faculté des Sciences)

- une campagne de sensibilisation soutenue (INFOTEL/Group Croissance)

- quelques projets d’utilisation des TIC (télécentres/Learnlink, USAID ; Centres de ressources pédagogiques/Ministère de l’Education Nationale ; Passeport Lisible par Machine/Ministère de l’Intérieur)

- un environnement de commerce électronique (e-banking ; galeries marchandes virtuelles)
- la gestion effective prochaine du domaine .ht (RDDH, Faculté des Sciences)

- et même un Réseau de promotion de l’utilisation des technologies de l’information (RDDH/PNUD) regroupant des institutions des secteurs académique, privé, public et associatif.

Tous ces aspects positifs sont hélas amoindris par un ensemble de carences objectives dont la persistance éloigne, chaque jour davantage, le pays de la Société de l’Information :

i) absence d’une politique nationale de l’information. Les initiatives ou projets d’utilisation des technologies de l’information, signalés plus haut, se font au niveau institutionnel, en l’absence d’un cadre global et ne s’inscrivent pas toujours dans une logique de durabilité ;

ii) le cadre réglementaire tel qu’il est (seule référence officielle : décret du 12 octobre 1977 sur les télécommunications) est inadapté ;

iii) aucun programme officiel d’incitation

i. à la formation de ressources humaines

ii. à la vulgarisation des technologies de l’information

iv) absence de prise de position des autorités sur la question. Le flou institutionnel engendré par ce non-positionnement est de loin plus néfaste au bon développement de ces technologies que les contraintes liées aux déficiences des réseaux de téléphonie et d’électricité.

Conclusion

Il est utile de rappeler, à ce niveau, qu’il ne s’agit pas d’opposer le développement des technologies de l’information à un agenda social, économique ou culturel du gouvernement. Ce serait, dans ce cas, considérer celles-là comme une fin et non comme un moyen et ainsi passer à côté de l’objectif promu par le PNUD et nombre d’analystes du développement, à savoir : mettre les technologies de l’information au service du développement humain. Les questions qu’il faudrait alors se poser en Haïti sont :

1) comment utiliser ces technologies pour améliorer les conditions de vie des citoyens ?

2) et comment faire pour élargir l’accès de ces technologies à toutes les couches de la population ?

La Réunion de Séville serait une bonne occasion pour insister sur ces aspects et déjà indiquer à l’encre forte les attentes d’Haïti, en matière de coopération dans le domaine.