A travers Haiti

Haïti-État civil : Les laissés pour compte au Plateau Central


jeudi 5 avril 2012

Correspondance Ronel Odatte

Hinche, 5 avril 2012 [AlterPresse] --- « Je n’ai pas de certificat de naissance, je ne sais pas du tout comment faire pour l’obtenir. Mes parents, non plus, n’ont aucune pièce d’identité ».

C’est là le cri de Jésula Exius, une fillette de 13 ans, originaire de Matelgate (première section communale de Thomassique). Troisième (3 e) enfant d’une famille de 9 personnes, elle n’a aucun papier d’identité.

Dans les zones frontalières du Plateau Central (Est/Nord-Est), ceci pourrait ressembler au cri de bon nombre d’enfants sans papiers. On les retrouve dans les champs, munis de leurs outils, travaillant la terre, ou comme dans le centre ville de Thomassique et Hinche, "restavèk" (domestiques) et anonymes.

L’absence de pièces d’identité fait l’affaire de certaines personnes qui ont pris ces enfants à leur service et qui utilisent ce fait pour ne pas payer leurs études, selon les informations recueillies par AlterPresse.

Dans les sections communales de Cerca-la-Source, dont La Miel, on retrouve aussi des cas de jeunes âgés de 16 à 17 ans qui n’ont aucun document d’identité.

« Je suis né sous le régime de François Duvalier » (1957-1971), indique Fanius Jean, un travailleur paysan qui habite la zone de Thomassique.

Jean, qui n’a jamais eu d’acte de naissance, explique qu’il lui est impossible de se souvenir de la date et de l’année de sa naissance.

Mais son cas est loin d’être une exception.

Dans la section de Lociane (Thomassique) les paysans, qui en ont le moyen, disent payer 50 gourdes pour obtenir d’un « démarcheur » un acte de naissance, souvent non enregistré.

En Haïti, les pièces d’identité jouent un rôle fondamental, pour l’éducation d’abord, parce qu’il faut au moins un acte de naissance pour être accepté dans une école, et pour remplir certains devoirs citoyens, comme le vote par exemple.

« Il est inconcevable de voir tous ces enfants qui vivent comme s’ils étaient des apatrides », dénonce le pasteur Jeantel Alberus, qui dirige une église à
Thomassique.

Tout en pointant l’irresponsabilité de l’État haïtien, Alberus souligne les difficultés auxquelles fait face le bureau d’État civil de Thomassique.

L’absence de pièce d’identité permet à des jeunes délinquants de changer de noms, s’inquiète, pour sa part, Altéas Bertelus, originaire de Cerca-la-Source.

Une seule personne peut avoir à sa disposition plusieurs identités ajoute Bertelus.

En 2008, on comptait 185 bureaux d’état civil dans le pays, dont 81.1% situés dans les villes et 1.6% dans les sections communales. [ro kft gp apr 05/04/2012 16:30]