Regard

Regard (Chronique hebdo)

Haiti : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes » ?


vendredi 30 mars 2012

Par Roody Edmé*

Spécial pour AlterPresse

Les nuits sont profondes et enténébrées. Par moments, les fusils claquent dans l’obscurité forcée. L’horloge politique est bloquée sur une question lancinante, inépuisable : De quel citoyen, Martelly est le nom ? La guerre des tranchées entre les pouvoirs a tiré sur le pays un rideau de brume.

Le pays est bloqué et « pris en otage » par les politiques comme l’écrit un confrère du Nouvelliste. L’appareil d’Etat s’enlise dans les sables mouvants d’une politique néfaste. Chaque matin, au saut du lit, on est cueilli à froid par la prochaine crise. S’il y avait chez nous l’habitude des sondages d’opinion scientifiques, on saurait au sommet de l’Etat combien l’opinion publique est fatiguée de ces crises à répétition, tandis que tous les soirs une pluie sévère, méthodique, noie de ses rafales furibondes le « peuple des tentes ». L’atmosphère devient glauque, et nul n’est besoin d’avoir l’odorat exercé pour se rendre compte que tout cela ne sent pas la rose.

Les derniers avatars de l’Etat failli se nomment : La crise de confiance, le télescopage des chefferies, la confusion généralisée. Or, on pourrait se mettre autour d’une table pour commencer à parler de l’avenir de ce pays et déboucher sur un pacte de gouvernabilité. Au lieu de traiter par-dessus la jambe les partis politiques, on pourrait les intégrer dans un processus de dialogue, sans faux semblant, pour la régénération de la patrie commune. Pour l’heure, ils sont condamnés à vider rancoeurs, frustrations et impuissance dans le seul acquis souverain des vingt cinq dernières années : la liberté de la presse.

Il y avait tant de promesses annoncées, tant d’initiatives d’investissement publics que privés dans le « pipe line » de la reconstruction. Au lieu de cela, on semble privilégié les bruits de bottes et la fureur de la « démocratie cathodique ».

A chaque fois qu’il faut passer aux choses sérieuses, « l’Etat marron » fait de la clandestinité vis-à-vis de tout un peuple. Il ne sert que de miroir aux alouettes pour permettre à tous les « Narcisses » perchés au sommet de nos institutions de se contempler.

Nos institutions deviennent des foires d’empoigne pour ces « mousquetaires » de la déraison qui veulent réinventer le temps des baïonnettes. Avec un gouvernement démissionnaire, donc sans boussole, les projets s’enchaînent dans une joyeuse bousculade, un éparpillement dont on a du mal à retrouver le fil conducteur.

Au Parlement, rien ne nous dit que la minutie mise à étudier les pièces du premier ministre désigné, nous évitera dans le futur une nouvelle « crise identitaire ». Les acteurs pris dans ce spectacle de quatre sous aux rebondissements infinis ont oublié le grand public. La bureaucratie haïtienne est comme un boa interminable qui se bouffe la queue.

L’exécutif, assiégé par des crises que parfois il provoque avec une belle insouciance, cherche à l’Est ce qu’il y a de nouveau. La récente visite du chef de l’Etat en République voisine a débouché sur des projets importants d’investissements pour Haïti. C’est à croire que les Dominicains croient beaucoup plus en l’avenir de ce pays que nous-mêmes.

C’est vrai aussi, que nos voisins ont compris que la stabilité de leur propre pays et de la région passait par une « pax haïtiana ».

Une paix haïtienne que nous appelons de tous de nos vœux, pour enfin aborder les questions stratégiques d’investissements directs de l’étranger dans notre économie, mais aussi et surtout de développement endogène et durable.

* Éducateur, éditorialiste