Perspectives

Haïti-Minustah : Un échec et de lourdes conséquences, révèle un rapport de la Pohdh


vendredi 17 février 2012

P-au-P, 17 février 2012 [AlterPresse] --- La Mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah) a échoué, indique la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh) dans un rapport rendu public le 15 février 2012 et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Le document de 24 pages rassemble une série de plaintes recueillies auprès des victimes directes et indirectes de la mission de casques bleus. Ces plaintes font état notamment d’assassinats, de tentatives d’assassinats, de vols, viols et bastonnades.

Selon le consultant de la Pohdh, Joseph Jacséus, « la Minustah est en porte à faux avec la mission qui lui est assignée de faire respecter les droits humains ».

La Pohdh cite entre autres les cas de viol commis contre deux adolescents haïtiens l’un à Port Salut (Sud) et l’autre aux Gonaïves (Artibonite / Nord) par des soldats de la mission.

Des cas de viol contre des agents de la police haïtienne, des opérations aux lourds dommages sur les civils dans les quartiers réputés « sensibles » de la capitale, des négligences débouchant notamment sur une épidémie meurtrière, le choléra, sont à mettre au compte de la Minustah, relève la Pohdh.

Sept mille personnes sont décédées du choléra en deux ans. De plus, soixante quatorze personnes ont été tuées au cours des opérations de la Minustah entre 2004 et 2006, signale la Pohdh citant une longue liste de victimes.

Selon le rapport, la situation sécuritaire du pays s’est dégradée de 2004 à 2011, surtout dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince.

Certaines régions de la capitale ont été plongées dans un effroi ponctué d’exécutions sommaires en pleine rue, d’enlèvements quotidiens débouchant sur des meurtres gratuits en dépit du versement de la rançon exigée par les ravisseurs.

Le secrétaire exécutif de la Pohdh, Antonal Mortimé, indique que « des cas de kidnapping, de viols, de vols sont commis par des individus alors que les soldats de la Minustah se gardent d’intervenir ».

De 2006 à 2011, au moins deux mille quatre cent trente-deux (2.432) cas d’assassinats sont enregistrés dans le pays, soixante-trois (63) policiers ont été tués, quatre mille huit cent soixante-treize (4.873) cas de violences sexuelles sont aussi répertoriés.

Au moins mille trois cent sept (1.307) personnes ont été enlevées. Toutes ces actions ont été commises malgré la présence des forces onusiennes dans le pays, souligne la Pohdh.

« La Minustah était venue pour garantir la paix et la sécurité, faire respecter les droits humains en Haïti, la Minustah a trahi sa mission », conclut Mortimé.

Une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a bouclé ce 16 février une visite d’évaluation de 3 jours en Haïti, se montre favorable à un renouvellement du mandat de la Minustah.

« D’aucuns souhaitent le départ de la Minustah. En dépit des problèmes, la MINUSTAH apporte une grande contribution à l’amélioration de la situation du pays » : telle est la conclusion de la diplomate américaine Suzan Rice qui a dirigé la délégation.

« Les hommes et les femmes de la Minustah font un travail important dans des conditions difficiles », justifie-t-elle.

Elle reconnait toutefois que certains membres la Minustah ont eu des comportements allant a l’encontre des « idéaux fondamentaux » ayant conduit à la création de la mission.

« Nous prenons très au sérieux les cas d’abus sexuels et de violences » perpétrés par les casques bleus, souligne la diplomate qui demande la poursuite des investigations afin que les accusés soient traduits en justice.

« Nous continuons de suivre la situation de très près », assure-t-elle. [jep kft gp apr 17/02/2012 12:00]