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Lettre ouverte de la Fondation Eko Vwa Jean Dominique au Premier Ministre Yvon Neptune


mardi 2 avril 2002

Le 2 avril 2002

Monsieur Yvon Neptune
Premier Ministre

Le 3 avril 2002, tout ce qu’Haïti compte de militants de la démocratie et de défenseurs des droits humains
et de vrais amis dans le monde, marqueront le second anniversaire de l’assassinat de Jean Dominique et de
Jean-Claude Louissaint. La commémoration d’une disparition est toujours entâchée de tristesse, mais
celle-ci sera marquée en outre d’un profond sentiment de dégoût et de colère devant cet exemple
particulièrement révoltant de déni de justice, dans un pays qui en compte malheureusement de si nombreux.

Notre déception est d’autant plus grande que cette grave insulte à la revendication de justice du peuple
haïtien, est directement imputable à une équipe politique arrivée au pouvoir au nom précisément de
cette revendication. A quelques rares exceptions près, les membres de cette équipe que vous dirigez avec le
Président Aristide, ont par indifférence ou même activement, multiplié les obstacles à la quête de
vérité et de justice dans cette sombre affaire.

Vous voilà aujourd’hui à la tête du Gouvernement de la République après avoir pendant presque deux ans
présidé le Parlement. Nous espérons qu’à ce nouveau poste, vous démontrerez plus d’efficacité et surtout
plus de fidélité aux principes que vous défendiez comme militant de la démocratie.

Au moment où vous débutez votre mandat, nous tenons, sans illusions mais avec détermination, à vous
souligner vos obligations fondamentales et vos responsabilités particulières en ce qui concerne le
dossier du 3 avril 2000.

Vous êtes chef du gouvernement, à ce titre la Constitution vous fait obligation d’assurer conjointement avec le Chef de l’Etat, la bonne marche des institutions nationales, spécialement en ce qui concerne la justice, la sécurité publique et la garantie des libertés citoyennes. De même, vous contrôlez à travers vos ministres, la totalité des ressources financières, matérielles et humaines de l’Etat. Il vous revient donc de doter le pouvoir
judiciaire des moyens indispensables à l’accomplissement de sa mission. Vous avez donc le choix de respecter le prescrit constitutionnel de l’indépendance du judiciaire ou d’en faire une sinistre farce, comme l’Exécutif l’a trop souvent fait au cours de notre histoire.

Vous présidez le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), il est donc de votre devoir d’exiger
de la Force Publique qu’elle remplisse sa mission avec efficacité et impartialité. Comme nous l’avons fait
avec le Chef de l’Etat, nous vous demandons expressément de faire exécuter les mandats d’amener
émis depuis des mois contre Richard Salomon et Frank Joseph, dans le cadre de l’enquête sur le double
assassinat du 3 avril 2000. Nous nous étonnons encore que des avis de recherche, avec photo de ces fugitifs
de la justice, ne figurent pas dans tous les commissariats du pays et qu’aucun appel au public n’ait été lancé sur les médias d’Etat pour faciliter leur arrestation. De même, nous estimons urgent la publication des enquêtes sur les morts suspectes de Wilner Lalanne et Panel Rénélus, deux témoins-clés, détenus par cette police que vous dirigez aujourd’hui.

Vous êtes, Monsieur le Premier Ministre, un des dirigeants-clés de Lafanmi Lavalas, parti qui détient le contrôle absolu du Parlement. Il vous appartient donc d’obtenir des membres de ce parti, qu’ils appliquent pour la levée de l’immunité des parlementaires mis en cause dans des affaires criminelles, la même discipline qui a permis votre confirmation avec une célérité exemplaire et pratiquement sans débat.

Voilà , Monsieur le Premier Ministre, l’essentiel de nos revendications. Nous les formulons, sans illusion,
mais avec une détermination, qui, nous vous en donnons l’assurance, ne connaîtra pas de trève. Nous sommes
profondément convaincus, en effet, que du cas emblématique de Jean Dominique et de Jean-Claude Louissaint, dépend la survie même de cette démocratie, pour laquelle le peuple haïtien a si cher payé et qui se trouve aujourd’hui bien compromise.

Patrick Elie pour la FONDATION EKO VWA JEAN DOMINIQUE