Perspectives

Impasse ?

Haiti-Reconstruction : Le travail de la Fondation Prince Charles sous les feux de la critique


vendredi 17 juin 2011

Enquête – Deuxième partie

Dans le cadre du partenariat médiatique « Ayiti Kale Je »*, dont AlterPresse fait partie

P-au-P., 17 juin 2011 [Ayiti Kale Je/AlterPresse] --- Tout le monde n’est pas satisfait du plan de reconstruction du centre-ville basé sur la proposition de la Fondation Prince Charles / Duany-Plater-Zyberk (DPZ) et soutenu par le Ministre des Finances Ronald Baudin ainsi que le Conseil de Facilitation pour la Reconstruction du Centre-ville.

Dès que la déclaration d’utilité publique a été rendue publique, les propriétaires ont protesté à travers les médias et mis en circulation une pétition déplorant l’acte d’expropriation de leurs biens.

Dans un texte publié dans Le Nouvelliste en novembre dernier, ils ont demandé au gouvernement de ne pas créer un « petit oasis » au cœur de Port-au-Prince en ignorant « les urgences de la zone métropolitaine dans son ensemble ».

D’autres, qui sont mentionnés dans cet éditorial, ont demandé plus de transparence sur la façon dont la Fondation et DPZ avaient été choisis.

AKJ a demandé à la Fondation de répondre à des questions, ce qu’elle a accepté. Cependant quand Joanna Hindley, la responsable de la communication, a vu les questions – dont certaines étaient liées au contrat, aux consultations et au choix de DPZ – elle a répondu qu’elle ne serait pas en mesure de « répondre à toutes les questions en raison de la clause de confidentialité du contrat » et après elle a cessé tout contact avec les journalistes.

Le plan de la Fondation se fonde sur des « villages urbains » pour gens de la « classe moyenne » – ce qui pourrait être des condos avec leurs parcs, eau et électricité privées, selon Hank Dittmar, directeur général de la Fondation, cité dans le Washington Post daté du 13 mars et repris par la presse un peu partout aux Etats-Unis.

Dans la même publication, Andres Duany (Le “D” de la DPZ) a déclaré que le plan d’ensemble permettrait aux gens de Port-au-Prince de « circonvenir… l’incompétence notoire de la municipalité » de Port-au-Prince.

Les commentaires de Duany ont irrité au plus haut point le « premier citoyen » de la ville qui doutait déjà de la proposition de la Fondation/DPZ.

« La municipalité de Port-au-Prince a suspendu toutes les relations avec la Fondation il y a de cela 2 mois », selon les propos du Maire Jean Yves Jason dans une entrevue par courriel le mois dernier.

S’exprimant lors de la réunion du 19 mai avec les propriétaires, le maire a noté qu’il était fatigué de la domination étrangère dans le processus de reconstruction.

« J’ai cessé de faire le compte de tous les forums et de toutes les conférences internationales sur Haïti et en particulier ceux sur la reconstruction », a-t-il indiqué.

« Quelle a été l’implication réelle des Haïtiens, et surtout des citoyens haïtiens dans ce processus ? Ils disent toujours qu’Haïti est présente par l’intermédiaire des représentants du gouvernement. Peut-être ? Mais quelle est la proportion des acteurs haïtiens, en comparaison avec les autres ? a-t-il poursuivi ».

Un Plan haïtien

Même avant ses différends avec le plan de la Fondation, Jason avait demandé à un cabinet d’architectes, Groupe Trame de Pétion-Ville et un groupe associé, Centre Haïtien de Recherche en Aménagement et Développement (CHRAD), de commencer à travailler sur un plan du centre-ville qui ferait éventuellement partie d’un « Schéma de Cohérence Territoriale » (SCOT).

Selon Jason et le président du CHRAD, Jean Lucien Ligondé, les travaux effectués à date sont gratuits. (Toutefois, le Groupe Trame est dans la course pour le contrat de $11 millions de dollars US pour la construction du nouveau complexe de la Mairie de Port-au-Prince selon Jason et Le Nouvelliste).

Lors de la réunion du 19 mai, Jason a dit aux propriétaires que le plan de la Fondation avait de nombreuses lacunes, comme indiqué dans l’évaluation du Groupe TRAME/CHRAD obtenu par AKJ.

Entre autres critiques, « la proposition d’aménagement a été élaborée… sans que rien ne laisse supposer qu’il y a eu une enquête de terrain et ne peut en aucune façon être considérée comme une base de réflexion voire d’aménagement… pour le centre-ville de la capitale », signale le document.

En revanche, Trame et CHRAD affirment que leur plan est basé sur des centaines de pages de rapports de diagnostic (sociologiques, économiques, drainage) qui prennent en compte des réunions participatives.

Au cours de la réunion du 19 mai, la Directrice du Groupe Trame, Elisabeth Coicou a montré des diapositives et a parlé de leur proposition qui garantirait la « mixité » des logements (bas et moyens revenus), zones d’aménagement touristiques (quartiers d’artistes), et une revalorisation du bord de mer.

S’adressant à AKJ à la fin mai, Ligondé du CHRAD a déclaré que son salaire et celui de ses collègues provenaient d’autres projets ou via TRAME, qui avait travaillé inlassablement sur la proposition relative a Port-au-Prince, parce que « nous voulons montrer qu’il y a des Haïtiens capables de réfléchir sur la reconstruction du pays ».

Trame/CHRAD et la Municipalité ont demandé aux participants à la réunion du 19 mai – représentants des plus grandes entreprises d’Haïti et des familles de l’élite, qui ont dominé le pays pendant des décennies – de former des commissions qui considéreraient 5 défis associés au plan des propriétaires fonciers, la sécurité, le financement, le zonage et le déplacement du port commercial loin dans le nord du centre-ville.

Coicou a expliqué a Ayiti Kale Je : « Nous voulons qu’ils participent : quelle est votre vision, comment voyez-vous la nouvelle capitale ? »

Mais il y a d’autres visions en cours de planification. Et qui a le droit de participer ? [akj apr 17/06/2011 15 :00]

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* « Ayiti Kale Je » (http://www.ayitikaleje.org/) est une initiative de partenariat médiatique en vue d’assurer des investigations journalistiques sur la reconstruction d’Haïti suite au séisme dévastateur qui a frappé le pays et fait 300.000 morts et autant de blessés.

Le Groupe Médialternatif est un des partenaires de cette initiative, à travers son agence multimédia AlterPresse (http://www.alterpresse.org/), avec la Société pour l’Animation de la Communication Sociale (SAKS - http://www.saks-haiti.org/). Deux réseaux participent également : le Réseau des Femmes Animatrices des Radios Communautaires Haïtiennes (REFRAKA) et l’Association des Médias Communautaires Haïtiens (AMEKA), qui est composé de stations de radios communautaires à travers le pays.