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Des inondations cycliques frappent les communautés capoises les plus vulnérables


lundi 26 janvier 2004

Article rédigé par Oxfam-Haiti

Soumis à AlterPresse le 23 janvier 2004

Dans la nuit du 21 au 22 décembre 2003, une vingtaine de quartiers populaires situés en contrebas du Cap-Haïtien, la deuxième ville d’Haïti, ont été inondés. Des éboulements et effondrements de maisons dans les parties hautes ont causé la mort de quatre personnes. L’estimation rapide réalisée le 22 décembre 2003 a montré que 33,829 personnes ont dû être évacuées, dont 13,000 ont été déplacées dans des abris temporaires. Plus de 140,000 personnes ont été affectées, mais n’ont pas évacué les zones inondées.

Cette inondation est survenue après une semaine de fortes averses qui s’est abattue sur la ville du Cap-Haïtien entre le 14 et le 21 décembre 2003. Les pluies intermittentes ont causé le débordement des ravins et la crue des rivières, notamment celle du Haut du Cap en bordure de laquelle sont érigés plusieurs quartiers populaires.

Cette nouvelle catastrophe est venue aggraver les conditions de vie déjà très précaires des populations de ces quartiers, dont la plupart ne s’étaient pas encore remises de l’inondation de l’année 2000.

Trois semaines après, des eaux stagnantes aux couleurs verdâtres ou noirâtres croupissent toujours autour de nombreuses maisons, tandis que des familles ne peuvent pas encore regagner leur demeure. L’eau pour la boisson et pour les autres besoins (lessive, toilette, cuisson des aliments) fait défaut ou est complètement polluée.

Intervention d’Oxfam et d’ECHO

Face à cette réalité, plusieurs organismes humanitaires ont apporté des réponses à l’urgence qui s’est présentée. Dès le lendemain de l’inondation, Oxfam et OGKPS (Organisation Groupement Communautaire de la Paroisse du Sacré-Cœur) ont aidé des Comités de Protection Civile à évacuer les victimes et à évaluer les dégâts. Une évaluation rapide a été faite en compagnie d’un représentant de la Direction de la Protection Civile(DPC) et des autorités locales. Des institutions publiques et des organisations internationales ont été alertées du drame enregistré dans ces quartiers. Des réunions de coordination avec plusieurs institutions humanitaires ont été tenues.

Sur la base des informations obtenues, Oxfam a élaboré un programme d’urgence axé sur l’eau et l’assainissement. Ce programme vise la protection, l’amélioration de la santé et le bien-être de 18,000 personnes dans vingt quartiers sinistrés. Il prévoit, entre autres, la distribution d’eau potable et de filtres à eau, le nettoyage des puits, des latrines et des canaux de drainage, l’évacuation des eaux stagnantes, la distribution de certains matériels pour l’hygiène du corps et pour la lessive, la distribution de matériels scolaires, l’appui aux femmes pour remplacer les stocks de petits commerces.

Le programme a débuté le 27 décembre 2003 avec la distribution de l’eau potable avec la collaboration d’institutions étatiques, nationales et internationales telles la Direction de la Protection Civile, le Ministère de la Santé Publique et de la Population, le Ministère des Travaux Publics, la CARITAS, la Croix Rouge et les préparatifs pour la distribution des autres matériels de soins d’hygiène. L’évacuation des eaux stagnantes, le nettoyage des puits et des latrines et le curage des ravins doivent débuter à la fin du mois de janvier 2004. Ce processus s’accompagnera également de séances de formation et de sensibilisation sur la promotion des mesures d’hygiène, la chloration et le stockage de l’eau à la maison, l’utilisation des filtres à eau, la prévention et le traitement de la diarrhée.

Cette intervention, chiffrée à 280,000 euros, est financée par ECHO, l’Office d’Aide Humanitaire de la Commission européenne.

ECHO, présent depuis plusieurs années en Haïti, a pour objectif de sauver et de préserver des vies humaines, de prévenir ou d’alléger les souffrances et de sauvegarder la dignité des populations des pays tiers pendant et après les catastrophes naturelles ou crises engendrées par les êtres humains. Il agit par le biais de programmes et de projets financés par la Communauté Européenne, lesquels sont préparés et mis en œuvre par des organisations humanitaires internationales et non gouvernementales.

Oxfam et son partenaire haïtien OGKPS, qui conduisent actuellement le programme de l’eau potable et de l’assainissement, sont présents au Cap-Haïtien depuis plusieurs années. Suite aux inondations de l’année 2000, ces deux organisations avaient entamé, avec les habitants de ces quartiers, un processus de réflexion et de formation sur la gestion des risques et des désastres.

Les comités de Protection Civile formés dans le cadre de ce partenariat étaient dans leur phase de formation et de structuration, quand survint la catastrophe dans la nuit du 21 au 22 décembre 2003. Leur présence a permis une organisation plus structurée et plus méthodique des secours, ainsi qu’une sensibilisation des habitants sur la nécessité de se mettre ensemble pour faire face à ces dangers qui les menacent régulièrement.

Le Cap-Haïtien, ville coloniale et historique du Nord d’Haïti, vit aujourd’hui dans une situation de haute vulnérabilité à chaque saison pluvieuse, en raison des constructions érigées sans respect des normes d’urbanisme et de la topographie de la zone. Ce mouvement d’expansion, qui crée chaque jour de nouveaux quartiers, est dû à l’exode rural massif vers la ville.

Dans le but de répondre à la demande de logement, pour implanter de nouveaux emplacements, certains habitants procèdent au remblayage systématique du lit de la rivière du Haut du Cap et à la destruction des mangroves. D’autres construisent directement sur les ravins, obstruant ainsi le drainage naturel des eaux provenant des montagnes. En période de pluie, toutes ces eaux trouvent difficilement leurs chemins et envahissent les maisons qu’elles rencontrent sur leur passage.

Ces quartiers où vivent de nombreux chômeurs, des artisans, des marchandes, parmi elles beaucoup de femmes cheffes de famille, font face à des problèmes d’insalubrité, de manque d’eau et d’absence des services de base. Chaque inondation entraîne pour la ville et ses habitants d’énormes pertes en vies humaines et en biens matériels.

L’Oxfam souhaite que les troubles politiques actuels ne fassent pas oublier ces femmes et ces hommes qui vivent une situation de crise en permanence. La vulnérabilité des plus pauvres doit faire partie de l’agenda national. Elle doit aussi alimenter les réflexions en cours actuellement dans le pays. Le projet d’urgence apportera une solution de court terme, il faudra s’attaquer aux causes de la pauvreté et mettre en place des programmes de développements faisant appel aux ressources de l’Etat, du secteur privé et de la communauté internationale pour éliminer ces conditions de vie inacceptables.